Accusée d’avoir livré son compagnon à ses meurtriers, elle passe 2 ans en prison avant d’être innocentée

Une nuit d’été 2013, un homme sort acheter de la bière avec son gendre. Il ne rentrera jamais chez lui. Retrouvé mort le lendemain, poignardé sept fois, dépouillé de tout. Sa compagne, elle, va payer le prix fort pour un crime qu’elle n’a jamais commis : plus de deux ans derrière les barreaux avant que la vérité n’éclate au grand jour.
Une nuit ordinaire qui vire au cauchemar
Vendredi 5 juillet 2013, quartier de Lomas de Moreno, en Argentine. Fabián Héctor Martínez retire de l’argent à un distributeur automatique en pleine nuit. Rien d’alarmant, une routine banale avant un week-end comme un autre.
Il rentre chez sa fille, ressort vers 4 heures du matin avec son gendre pour acheter des bières. Le genre de sortie improvisée qui ne devrait rien avoir de dramatique, comme dans certaines affaires classées trop vite.
Mais Martínez croise des jeunes en chemin. Il décide de continuer la soirée avec eux, monte dans sa propre voiture. Ce sera la dernière image de lui vivant. Son corps est découvert le lendemain, jeté dans la rue, sept coups de couteau, sans chaussures ni papiers.
Les agresseurs ont tout emporté : la voiture, l’argent, le téléphone, la veste, les baskets. Un vol qui a mal tourné, ou pire, un guet-apens. Très vite, les regards se tournent vers sa compagne d’alors, Patricia Miriam Larroza.
Un témoin, dont l’identité reste protégée, affirme qu’elle aurait livré son compagnon à ses agresseurs. Une accusation suffisante pour faire basculer sa vie entière, un peu comme ces affaires qui reposent parfois sur un seul détail resté longtemps mystérieux.
Deux ans de prison sur la base d’un témoignage truqué
En août 2013, la justice ordonne la détention de Patricia Larroza. La fiscalía N° 3 de Moreno transforme rapidement cette arrestation en détention préventive. Elle est accusée d’homicide aggravé, l’une des qualifications les plus lourdes du droit argentin.
Larroza clame son innocence, mais reste enfermée. Les mois passent, puis les années. Elle arrive finalement au procès toujours détenue, deux ans après les faits, sans qu’aucun élément solide n’ait jamais réellement confirmé sa culpabilité.
Et là, coup de théâtre. Le procureur du procès retire lui-même les charges contre elle. En octobre 2015, le Tribunal Oral en lo Criminal N° 4 de Mercedes prononce son acquittement total.
La raison de ce retournement est glaçante : le fameux témoin qui l’accusait faisait partie d’une organisation spécialisée dans le montage de fausses affaires pénales. Une fabrique à faux témoignages, purement et simplement, un mécanisme qui rappelle à quel point la manipulation peut prendre des formes insoupçonnées.
Les juges pointent aussi l’absence totale de vérification des dires de ce témoin. Aucune mesure minimale n’a été prise pour corroborer ses accusations avant d’enfermer une femme pendant deux ans. Quant aux véritables auteurs du meurtre de Fabián Martínez, ils n’ont jamais été identifiés. L’enquête, elle, s’était concentrée sur la mauvaise personne.

Une indemnisation record après treize ans de combat
Une fois libre, comme d’autres victimes de dysfonctionnements institutionnels, Patricia Larroza ne s’arrête pas là. Elle engage une action en dommages et intérêts contre l’État argentin. Son dossier remonte jusqu’à la Cámara de Apelación en lo Civil y Comercial de Mercedes.
La Sala I de cette cour examine l’ensemble de la procédure et tire une conclusion sans appel : sa détention préventive a largement dépassé un délai raisonnable, et reposait sur des bases juridiques bancales dès le départ.
Treize ans après le drame, la justice tranche enfin. La province de Buenos Aires est condamnée à indemniser Patricia Larroza à hauteur de 126 800 000 pesos argentins, plus intérêts. Une somme colossale qui reconnaît, en creux, l’ampleur de l’erreur judiciaire subie.
Ce montant se décompose en plusieurs postes de préjudice : la privation de liberté injustifiée, l’atteinte à sa réputation, le préjudice moral accumulé pendant ces deux années d’enfermement pour un crime qu’elle n’avait jamais commis. Une réparation financière qui ne pourra jamais vraiment effacer, mais qui tente au moins de compenser.
Le cas relance aussi le débat sur la fiabilité des témoins anonymes dans les procédures pénales, et sur les organisations criminelles capables de fabriquer des accusations de toutes pièces pour manipuler la justice.
Deux ans de liberté volée, treize ans d’attente, et un chiffre qui ne répare jamais vraiment le temps perdu. L’histoire de Patricia Larroza rappelle une vérité inconfortable : la justice peut se tromper, parfois lourdement, sur la seule foi d’un mensonge bien construit. Combien d’autres dossiers reposent aujourd’hui sur des témoignages jamais vérifiés ?