Il rachète pour 10 dollars des tickets abandonnés, gagne 12,8 millions… et se fait licencier

Un comptoir de supérette, quelques tickets de loterie oubliés là par une cliente pressée, et un gérant qui les rachète pour dix petits dollars. Rien d’exceptionnel, jusqu’à ce que les numéros tombent le soir même. Ce que Robert Gawlitza a découvert le lendemain va bouleverser sa vie professionnelle, et pas dans le bon sens.
Un ticket oublié qui change tout
L’histoire commence le 24 novembre 2025, dans un Circle K de Scottsdale, dans la banlieue de Phoenix. Une cliente demande 85 dollars de tickets pour le tirage du soir de The Pick, le jeu phare de la loterie de l’Arizona. Elle n’a que 60 dollars sur elle.
Vingt-cinq tickets, impossibles à annuler une fois imprimés, restent alors près de la caisse. Une situation banale dans n’importe quel commerce, comme le vivent au quotidien les employés de la grande distribution, à l’image de cette ex-employée de Lidl qui décrivait des cadences épuisantes.
Le soir même, les numéros 3, 13, 14, 15, 19 et 26 sortent. Le jackpot atteint 12,8 millions de dollars, une dizaine de millions d’euros, le quatrième plus gros lot de l’histoire du jeu. Un montant qui ferait rêver n’importe quel salarié inquiet, comme ceux touchés par la suppression de 550 postes annoncée récemment chez Lidl France.
Le rachat qui a tout déclenché
Le lendemain matin, Robert Gawlitza apprend que le ticket gagnant est sorti dans son propre magasin. Il fouille les tickets abandonnés, trouve le bon, pointe sa sortie, retire son uniforme. Puis il rachète les tickets pour dix dollars auprès d’une collègue et signe le dos du billet.
Selon son avocat, l’opération a bien été encaissée par une employée en service, ticket de caisse à l’appui. Sa version : une règle interne non écrite obligeait les salariés à racheter de leur poche les tickets imprimés par erreur, une pratique confirmée par six attestations d’employés et anciens employés. Un sacrifice quotidien qui rappelle celui de ce père ayant travaillé 20 ans pour offrir des études à ses enfants.
Circle K, de son côté, a saisi la justice en février 2026, sans réclamer directement le magot. L’enseigne demande simplement au juge de trancher : le ticket a-t-il été vendu valablement, et à qui appartient-il vraiment ? Une question qui pèse lourd pour des familles déjà fragilisées financièrement, à l’image de celles évoquées dans le récit d’une mère au chômage depuis 2006.

Licencié après vingt ans de maison
Le rêve de fortune instantanée a viré au cauchemar administratif. Fin janvier 2026, avant même le dépôt de la plainte, Circle K licencie Robert Gawlitza après une vingtaine d’années de service. Motif invoqué : il aurait violé la politique du magasin en achetant le ticket alors qu’il était encore techniquement en service.
Son avocat, Josh Kolsrud, soutient que l’entreprise n’a changé de discours qu’en découvrant l’ampleur du montant en jeu. L’ancien gérant réclame désormais un procès devant jury, la restitution du ticket et des dommages et intérêts pour son licenciement. Il a prévu de partager le gain à parts égales avec la collègue qui avait imprimé les tickets, si la justice tranche en sa faveur.
Restait un obstacle de taille : en Arizona, un gain doit être réclamé sous 180 jours, ce qui plaçait la date limite au 23 mai 2026. Le juge Joseph Kreamer a accordé un délai supplémentaire de 180 jours, jugeant que le tribunal était loin d’avoir déterminé le gagnant légitime. Une incertitude qui pèse aussi lourd que celle des salariés dans des métiers mal rémunérés, où chaque euro compte double.
Le ticket, lui, dort dans un coffre au siège de l’enseigne. L’argent patiente sur un compte rémunéré géré par l’État d’Arizona.
Trouver les bons numéros n’était visiblement que la partie facile de l’histoire. Reste à savoir si un tribunal validera un jour ce rachat de dix dollars qui aurait dû changer une vie, et qui l’a plutôt brisée professionnellement.