Belgique : un père persuadé que son voisin agressait son fils tabasse l’homme et est condamné à 17 ans de prison

Un père persuadé que son fils de six ans était victime d’un pédocriminel. Un voisin invité chez lui sous un faux prétexte. Et une vidéo de 42 secondes postée sur les réseaux sociaux, où l’on voit l’homme rouer de coups sa victime au sol.
L’affaire Grégory Lenoci a secoué la Belgique cet été, avant que le tribunal correctionnel de Namur ne rende son verdict ce jeudi 20 août. Ce que révèlent les échanges du prévenu avec sa psychologue, la veille des faits, donne le vertige.
Un père convaincu que son fils était en danger
Tout commence le 24 juillet 2025. Grégory Lenoci soupçonne son voisin, désigné sous le nom de Marc P., d’avoir abusé sexuellement de son beau-fils de six ans. Plutôt que de laisser la justice suivre son cours, il décide de le confronter lui-même, chez lui, en l’invitant sous un prétexte quelconque. La rencontre bascule violemment quand le voisin évoque, selon les propos du prévenu rapportés par Le Soir, un « jeu secret » qu’il partagerait avec l’enfant.
Ce déclic suffit à faire perdre tout contrôle à Grégory Lenoci. Mais l’engrenage avait débuté bien avant. La veille des faits, il s’était rendu au commissariat pour déposer une plainte formelle contre son voisin. Le lendemain, c’est sa propre psychologue qui alerte le parquet de Namur, inquiète d’un passage à l’acte imminent de son patient.
Le prévenu lui aurait confié qu’il savait « qu’il allait prendre entre 20 et 25 ans pour ce qu’il allait faire mais qu’il devait défendre son enfant ». Une phrase glaçante, suivie d’une autre plus explicite encore : « Il ne ressortira pas vivant de chez moi ». Face à cette alerte, des inspecteurs de police se rendent chez lui. Il leur assure qu’il a « trop à perdre » pour agir.
Une vidéo postée en direct pendant l’agression
Une heure après cette visite policière, Grégory Lenoci publie pourtant une vidéo de 42 secondes sur les réseaux sociaux. On y voit l’homme porter des coups de pied à sa victime, selon le récit de la chaîne 7sur7. La diffusion de ces images déclenche trois appels d’urgence à la police, alertée par des internautes horrifiés.
Quand les secours arrivent au domicile du prévenu, Marc P. est retrouvé inanimé, gisant sur le sol. Un an plus tard, la victime demeure dans un état grave : elle souffre d’une aphasie et d’une hémiplégie du côté droit. Des séquelles qui ne partiront jamais, quelle que soit l’issue judiciaire.
« Marc P. a pris une peine à perpétuité, bien plus lourde que celle que la justice lui aurait infligée si on avait pu le juger. Monsieur Lenoci lui a donné cette peine après l’avoir jugé tout seul », a résumé la procureure du Roi en juin, insistant sur l’extrême violence des faits reprochés au prévenu.

Une plainte antérieure qui n’a jamais été exploitée
Deux mois après le réquisitoire, les juges rendent leur verdict : 17 ans de prison assortis de dix ans de mise à la disposition du juge d’application des peines. Le tribunal a retenu la préméditation, malgré la plaidoirie de l’avocat de la défense, Maître Etienne Gras, qui réclamait une requalification en tentative d’homicide et l’acquittement pur et simple de son client.
L’avocat a soulevé un détail troublant durant l’audience : une plainte pour agression sexuelle sur une petite fille avait été déposée contre Marc P. dès juin 2025, un mois avant l’agression.
« Si à ce moment-là, la police avait fait une perquisition chez Marc P., elle aurait découvert dans son téléphone des photos de la petite fille. Mais cela n’a été fait que le 26 août », a-t-il déploré devant les juges, pointant une faille dans la procédure.
« Le système judiciaire a failli mon client », a martelé le conseil. « Nul ne peut se faire justice soi-même », a balayé de son côté la substitute du procureur du Roi.
Le tribunal a insisté sur la personnalité instable du prévenu et sur un risque de récidive jugé réel : son casier judiciaire comptait déjà plusieurs condamnations pour coups et blessures volontaires, dont cinq ans de prison avec sursis probatoire en 2021 et deux années fermes plus récemment.
L’avocat de Grégory Lenoci a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel de cette décision.
Au civil, le condamné devra aussi verser 10 000 euros à sa victime, toujours hospitalisée un an après les faits. Une histoire qui pose une question dérangeante : jusqu’où peut mener la conviction, même sincère, qu’on protège son enfant ?