« Elle a été tuée » : Harshita, 24 ans, avait fui son mari en pleurs, la police n’a rien fait

Une jeune femme de 24 ans, brillante, adorée de sa famille, quitte l’Inde pour un mariage arrangé prometteur en Angleterre. Deux ans plus tard, son corps est retrouvé dans le coffre d’une voiture abandonnée à Londres. Entre les deux, il y a une nuit d’août où elle a couru seule dans les rues, en larmes, au téléphone avec son père. Ce que sa famille a découvert ensuite dépasse tout ce qu’ils pouvaient imaginer.
Une élève modèle qui rêvait d’une vie meilleure
Harshita Brella n’avait jamais commis le moindre faux pas. Excellente élève, formée pour devenir enseignante, elle donnait bénévolement des cours à 18 enfants défavorisés pendant son temps libre à Delhi. Sa sœur Sonia Dabas la décrit comme quelqu’un qui fuyait le moindre conflit, une jeune femme au « childlike innocence », rougissant dès qu’on haussait la voix près d’elle.
Quand l’opportunité d’un mariage arrangé avec un homme étudiant en Angleterre s’est présentée, Harshita a sauté sur l’occasion. Elle n’avait jamais voyagé seule, même dans un autre État indien. Mais l’Angleterre représentait l’aventure, la promesse d’une vie meilleure pour elle et pour ses parents. Comme dans bien des destins bouleversés par une décision en apparence anodine, ce choix allait tout changer.
Le mariage a été organisé par une connaissance. La famille de Pankaj Lamba, alors étudiant en gestion à l’université du Hertfordshire, vantait son éducation et ses perspectives. Après une brève rencontre à l’aéroport, le couple s’est marié à Delhi en mars 2024, lors d’une cérémonie fastueuse.
Son père Satbir Singh, chauffeur de profession, a fièrement accompagné sa fille à l’autel. Personne ne se doutait de ce qui l’attendait à des milliers de kilomètres, un peu comme ces histoires où la vérité surgit bien après qu’il soit trop tard.
La nuit où tout a basculé, à 5h30 du matin
Le 20 août 2024, le téléphone de Satbir Singh sonne à 5h30, heure indienne. C’est Harshita, en sanglots. Elle vient de fuir le domicile qu’elle partageait avec son mari à Corby, dans le Northamptonshire, après ce que sa famille décrit comme une agression violente.
« Je l’entendais courir, elle pleurait sans arrêt », se souvient son père. Il lui dit de rester en ligne, de continuer à courir, puis de contacter la police. Ce soir-là, Harshita a enfin brisé le silence qu’elle gardait depuis son arrivée en avril. Elle a tout raconté : violences, agression sexuelle, contrôle coercitif, abus financier.
Son mari, dit-elle, se faisait appeler « le roi » du foyer. Elle devait l’attendre pour lui ouvrir la portière de sa voiture, comme un chauffeur. Chaque euro qu’elle dépensait devait être justifié, malgré une promotion rapide qui avait fait d’elle le principal revenu du foyer. Elle n’avait même pas le droit d’acheter un rasoir sans autorisation.
L’élément déclencheur de cette nuit-là ? Un simple tee-shirt noir et blanc, le premier achat qu’elle s’était offert depuis son arrivée en Angleterre. Furieux, son mari l’aurait frappée. Enceinte à ce moment-là, elle a fait une fausse couche quelques jours plus tard, pesant alors moins de 45 kilos.

La police alertée, la famille trahie
Après cette nuit d’août, Harshita a porté plainte auprès de la police du Northamptonshire. Lamba a été arrêté en septembre, libéré sous caution avec interdiction de contact, puis soumis à une ordonnance de protection contre les violences domestiques valable 28 jours. Sa famille pensait enfin qu’elle était en sécurité.
Elle ne l’était pas. Le 10 novembre 2024, Harshita est étranglée à Corby. Des images de vidéosurveillance la montrent marchant avec Lamba près d’un lac ce soir-là.
Son corps est retrouvé quatre jours plus tard, dans le coffre d’une Vauxhall Corsa grise abandonnée à Ilford, à plus de 160 kilomètres de là. Lamba, lui, a pris l’avion pour Mumbai le lendemain du meurtre, de retour dans sa ville natale près de Delhi avant même la découverte du corps.
Vingt-et-un mois plus tard, il court toujours, malgré un mandat international. L’Independent Office for Police Conduct a jugé que quatre policiers avaient des comptes à rendre sur leur gestion de l’affaire, dont deux pour faute grave.
La famille, exclue d’une audience disciplinaire en mai dernier, a aussi découvert que Lamba entretenait une liaison avec une femme rencontrée dans un spa, à qui il aurait envoyé l’argent durement gagné par Harshita, un peu à la manière de ces affaires où la vérité met des années à remonter à la surface.
En Inde, il aurait tenu un commerce et retiré de l’argent en banque sans être inquiété, avant de disparaître sans laisser de trace avec sa maîtresse.
« Elle est venue ici pleine de rêves et d’espoir, et voilà ce qu’est devenue sa vie », répète sa sœur Sonia, hantée par le dernier message d’Harshita : « Regarde comment je suis venue ici et regarde ce que je suis devenue. » Un cri silencieux, resté sans réponse jusqu’à sa mort.
Sa famille continue aujourd’hui de réclamer justice, des deux côtés de la frontière, pour une jeune femme dont les rêves n’ont jamais eu la chance de se réaliser.