« Elle m’a traitée de menteuse et de p*te » : à 16 ans, sa propre mère l’a humiliée devant le tribunal

Une salle d’audience, une adolescente de 16 ans qui témoigne contre l’homme qui l’a violée pendant des années. Et au milieu de son récit, une voix s’élève pour la traiter de menteuse. Cette voix, c’est celle de sa mère.
Cette scène a réellement eu lieu, et elle a marqué à vie Jaz Ampaw-Farr, aujourd’hui âgée de 55 ans. Son histoire, elle la raconte aujourd’hui dans un livre bouleversant. Ce qu’elle y révèle sur son enfance dépasse l’entendement, mais la fin de cette histoire n’a rien à voir avec ce que l’on pourrait croire.
Une enfance volée par la violence et le silence
Née en 1970 à Nottingham d’une mère blanche et d’un père jamais identifié, Jaz est d’abord élevée par ses grands-parents maternels. Sa mère, elle, ne supporte pas sa présence : « Mon premier souvenir d’elle, c’est d’être secouée », confie Jaz. Enfant métisse dans une région presque exclusivement blanche, elle subit déjà le racisme dans la rue, à une époque où le National Front gagne du terrain.
Tout bascule à ses 6 ans. Son grand-père meurt subitement, et sa grand-mère, dépassée, la renvoie vivre chez sa mère, en couple avec un homme qui deviendra son bourreau. Les coups pleuvent, les cigarettes brûlent la peau, et bientôt commence l’horreur : son beau-père s’introduit dans sa chambre la nuit pour abuser d’elle, pendant que son petit frère se cache sous ses couvertures, terrifié.
Pire encore, cet homme l’utilise comme monnaie d’échange dans les pubs où il joue aux fléchettes, la proposant à des inconnus quand il perd son pari. Comme certains dangers invisibles qui touchent les enfants, cette maltraitance reste longtemps ignorée de tous, jusqu’à ce qu’un enseignant remarque un œil au beurre noir.
C’est le début d’un long combat, semblable à celui que raconte ce dossier judiciaire sidérant récemment révélé, pour faire reconnaître ce qu’elle vivait vraiment.
Trahie par la justice, trahie par sa mère
Placée en famille d’accueil dès ses 8 ans, Jaz vit des allers-retours incessants, les services sociaux tentant de « préserver la cellule familiale » malgré les violences répétées. À 11 ans, en visionnant une vidéo d’éducation sexuelle à l’école, elle comprend enfin ce que son beau-père lui faisait subir. « Je suis allée aux toilettes et j’ai vomi », se souvient-elle.
Quand elle ose enfin en parler, les notes des services sociaux, qu’elle consultera bien plus tard, sont glaçantes : parce qu’elle est métisse et son beau-père blanc, on la juge « encline au mensonge ». Ce n’est qu’à ses 15 ans qu’une assistante sociale la croit enfin et alerte la police. Son beau-père finira par avouer, sans qu’elle sache pourquoi.
Mais le pire reste à venir. Lors d’une audience destinée à statuer sur la sécurité de ses jeunes frères et sœurs, l’avocat de ses parents la dépeint comme une enfant précoce ayant provoqué l’attention des adultes.
Et dans la salle, sa propre mère se lève, tenant la main de son mari, et hurle qu’elle est « une menteuse et une p*te ». La sentence tombe ensuite : une peine avec sursis pour le beau-père, aucun jour de prison.

Le pouvoir d’un seul adulte qui refuse d’abandonner
Ce qui a sauvé Jaz, c’est l’école, seul endroit où elle se sentait en sécurité. À 7 ans déjà, une enseignante lui avait dit qu’elle ferait une formidable enseignante plus tard. « Elle a planté un pieu dans le sol de mon futur inconnu », écrit-elle.
Cette phrase, prononcée par une inconnue bienveillante, l’a portée pendant des années, un peu comme ces petits gestes transmis par les anciens dont on ne mesure la valeur que bien plus tard.
À 17 ans, vivant seule avec un maigre budget de 15 livres par semaine, elle rate ses examens. Un professeur lui conseille alors d’appeler personnellement chaque université du pays jusqu’à obtenir une place. Elle décroche finalement un poste en formation d’enseignante, puis devient professeure pendant dix ans.
Sa rencontre avec Ed, lors d’un rendez-vous organisé par un magazine, change tout. Mariés depuis 24 ans, ils ont trois enfants dont l’enfance n’a rien à voir avec la sienne. Elle a choisi de pardonner à sa mère et son beau-père, sans jamais reprendre contact, « pour moi, pas pour eux ».
La mort tragique de son frère Paul, d’une overdose en 2012, l’a poussée à transformer sa douleur en mission : elle donne aujourd’hui des conférences à travers le monde, écoutées par plus d’un million de personnes, sur ce pouvoir qu’a chaque adulte de sauver un enfant, comme tant d’histoires bouleversantes le rappellent aussi.
« Vous ne savez jamais l’impact que vous pouvez avoir sur un enfant », répète Jaz. Une conversation, un geste, un enseignant qui refuse d’abandonner : parfois, ça suffit à tout changer. Et vous, vous souvenez-vous d’un adulte qui a compté plus que les autres dans votre enfance ?