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« On ne va pas s’arrêter là » : filmées à leur insu sous la douche, des joueuses de rugby quittent leur club

Publié par Cassandre le 12 Sep 2026 à 9:17
Vestiaire de rugby vide avec maillot féminin plié

Elles portaient le maillot du Sporting Club Salonnais depuis des années, parfois depuis l’enfance. Certaines pensaient y finir leur carrière amateur. Aujourd’hui, elles ne joueront plus une seule mêlée sous ces couleurs. Ce que ces joueuses de rugby ont découvert en février dernier va bien au-delà d’un simple différend sportif.

Une vidéo tournée à leur insu, l’onde de choc de février

Tout commence par une rumeur qui circule dans les vestiaires du club, à Salon-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône. Des joueuses apprennent, par d’autres membres du club, qu’une vidéo d’elles nues sous la douche circule. Les images auraient été prises à leur insu par des membres de l’équipe masculine.

La sidération laisse rapidement place à la colère. Les victimes dénoncent immédiatement les faits en interne, convaincues que le club va réagir vite et fort. Une accusation aussi intrusive touche directement à l’intimité des femmes, dans un milieu sportif où elles doivent déjà composer avec un regard souvent hostile.

Mais les semaines passent, puis les mois. Rien ne bouge. Certaines joueuses racontent même avoir reçu des consignes explicites pour ne pas porter plainte, un silence institutionnel qui rappelle d’autres affaires où des victimes se sentent abandonnées par les structures censées les protéger.

Sept mois de silence, puis la décision unanime de partir

Sept mois. C’est le temps qu’il aura fallu pour que les joueuses comprennent qu’aucune réponse ne viendrait du Sporting Club Salonnais. Face à cette inaction jugée insupportable, elles prennent alors une décision radicale et collective : quitter le club, toutes ensemble.

La conséquence est immédiate et brutale pour l’institution. Sans joueuses, la section féminine du club ferme purement et simplement pour la saison 2026-2027 qui s’annonce. Un basculement qui rappelle à quel point le manque de soutien après un traumatisme peut avoir des répercussions durables sur des victimes.

Sous couvert d’anonymat, l’une des joueuses confie sa désillusion auprès d’Ici Provence : « On n’a pas le droit de jouer notre passion là où on habite parce que c’est trop risqué. Ce n’est pas juste, c’est triste. » Une phrase qui résume à elle seule le gâchis sportif et humain de cette affaire, dans un sport qui, comme d’autres disciplines, voit parfois des trajectoires basculer brutalement.

Douches vides d'un club de rugby amateur

Une enquête toujours ouverte et un club qui se dit solidaire

Une règle trop souvent méconnue veut que ce genre de plainte prenne du temps à instruire, mais les victimes ont fini par obtenir gain de cause sur ce point précis : une enquête a bel et bien été ouverte fin mars par le procureur de la République, et elle est toujours en cours pour identifier les auteurs des images.

Le collectif « Salon Féministe » s’est également mobilisé aux côtés des joueuses. Anne Manuceau, membre du collectif, ne mâche pas ses mots : « Le club n’a pas eu un mot pour les filles, rien ! Mais on ne va pas s’arrêter là. » Une promesse de vigilance qui rappelle d’autres épisodes où le sentiment de trahison pousse des victimes à ne rien lâcher.

Face à cet exode massif et à la fermeture de sa section féminine, le Sporting Club Salonnais a réagi par une déclaration transmise à Ici Provence, assurant son « soutien inconditionnel aux joueuses dont il partage les préoccupations et l’exigence de vérité ». Le club n’exclut pas de se constituer partie civile si les auteurs de la vidéo sont formellement identifiés — une identification que l’enquête en cours doit désormais permettre.

Un club vidé de ses joueuses, une enquête toujours sans nom sur les auteurs, et des femmes qui ont préféré partir plutôt que se taire : voilà ce que sept mois de silence peuvent produire. Reste à savoir si l’identification des responsables suffira un jour à leur redonner envie de rechausser les crampons.

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