« J’éternue et des vers vivants sortent de mon nez » : cette femme contaminée par un parasite du mouton
Une douleur au milieu du visage, qui empire semaine après semaine. Puis des quintes de toux. Et enfin, l’horreur : des vers qui sortent du nez à chaque éternuement.
C’est le calvaire qu’a vécu une femme de 58 ans, rapporté dans un bulletin des Centers for Disease Control and Prevention, l’agence de santé américaine. Son histoire, aussi répugnante que fascinante, vient d’être documentée par des médecins grecs.

Une douleur banale qui cache tout autre chose
Tout commence sur une île grecque, où la quinquagénaire travaille en extérieur. Elle ressent d’abord une simple douleur au centre du visage, sans y prêter plus attention que ça.
Mais le mal s’intensifie. Quelques semaines plus tard, elle tousse énormément. Et surtout, elle constate quelque chose d’impossible à ignorer : de petits êtres vivants sortent de son nez quand elle éternue.
Ce symptôme, aussi rare qu’effrayant, la pousse enfin à consulter. Direction un service ORL, où les médecins découvrent une situation qu’ils n’auraient jamais imaginée.
Ce que les chirurgiens ont trouvé dans ses sinus
L’extraction chirurgicale révèle 10 larves et une pupe, nichées dans les sinus maxillaires, situés de part et d’autre du nez. Une pupe, c’est le stade intermédiaire entre la larve et le ver adulte.
Les médecins examinent chaque spécimen. Une larve jaune pâle mesure 15 millimètres, une autre brun clair atteint 20 millimètres. La pupe, elle, est noire et ridée, contenant encore des restes de chrysalide.

Pour identifier ces créatures vermiformes, l’équipe médicale procède à une analyse ADN. Le verdict tombe : il s’agit de larves de la mouche du mouton, Oestrus ovis.
Ce parasite infeste normalement les fosses nasales des moutons et des chèvres. Or la patiente travaillait justement à proximité d’un champ où paissaient des moutons. Le lien de contamination devient évident.
Un diagnostic rare pour une infection encore plus rare
Les médecins posent alors leur diagnostic : une myiase nasale à Oestrus ovis avec nymphose. La myiase désigne toute infection parasitaire provoquée par des larves de mouches.
L’extraction chirurgicale ne suffit pas à elle seule. Les médecins prescrivent en complément des décongestionnants nasaux. Cette double approche finit par venir à bout de l’infection.
Mais ce cas intrigue les scientifiques bien au-delà du simple traitement. Car cette contamination sort totalement de l’ordinaire, à deux niveaux précis.
Pourquoi ce cas dérange les scientifiques
Habituellement, les humains contaminés par Oestrus ovis développent une infection oculaire. Les mouches déposent leurs larves dans le sac conjonctival, entre la paupière et le globe oculaire.
De très rares cas concernaient les narines, la bouche ou les conduits auditifs. Mais une infection aussi développée dans les sinus reste inédite dans la littérature scientifique.
Le vrai mystère se situe ailleurs : le stade de développement des larves. Les scientifiques pensaient qu’Oestrus ovis ne pouvait pas survivre longtemps chez l’humain, atteignant tout juste le premier stade larvaire.

« Mais récemment, des larves plus âgées, notamment L2 et L3, ont été identifiées », précisent les auteurs du rapport. La nymphose survient normalement après le stade L3, quand la larve devient un jeune adulte.
Une déviation anatomique qui a tout changé
La patiente présentait une déviation importante de la cloison nasale. Associée à une charge larvaire élevée, cette particularité aurait empêché les larves de ressortir naturellement du nez.
Résultat : elles ont eu tout le temps nécessaire pour atteindre le stade L3, un développement jamais observé dans un environnement aussi confiné.
Les médecins restent pourtant stupéfaits sur un point précis : les sinus ne sont pas un environnement propice à la nymphose. « La nymphose des larves d’O. ovis chez un mammifère est considérée comme biologiquement improbable », notent-ils dans leur rapport.
C’est pourtant exactement ce qui s’est produit chez cette femme. Les chercheurs évoquent deux pistes : des facteurs anatomiques encore non identifiés, ou une adaptation évolutive de cette espèce de mouche, capable de boucler son cycle de vie directement chez l’humain.
Un cas unique qui rappelle, une fois de plus, que le corps humain réserve encore bien des surprises aux scientifiques, même dans les recoins les plus inattendus.