« Le Rat » derrière les barreaux : comment ce proxénète a piégé des dominatrices BDSM à Paris

Un surnom qui sonne comme une menace, un donjon de 400 m2 rêvé en plein Paris, et derrière tout ça, des femmes piégées. Jeudi 3 septembre 2026, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son verdict contre Sahbi B., alias « Le Rat ». L’homme a nié jusqu’au bout. Ce que le procès a révélé sur son emprise dépasse largement le simple fait divers.
Un procès sous tension au tribunal de Paris
Le procès s’est tenu de mardi à jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris. Sahbi B. y a réfuté les accusations à travers de longues tirades, niant tout système organisé. Le tribunal en a jugé autrement, comme dans d’autres affaires où les dénégations n’ont pas suffi à convaincre.
À l’issue de l’audience, « Le Rat » a écopé de six ans de prison avec maintien en détention. Une amende de 50 000 euros a été prononcée à son encontre, assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec ses victimes.
Les faits reprochés s’étalent entre 2018 et 2024. Comme dans d’autres dossiers longs à instruire, il aura fallu du temps avant que la vérité n’éclate au grand jour. Suivez-nous pour suivre l’actualité judiciaire de ce type de dossier.
Le mécanisme d’emprise derrière le « temple du BDSM »
Selon l’accusation, Sahbi B. aurait manipulé plusieurs jeunes femmes en leur faisant miroiter des sommes importantes. L’objectif : les pousser à se lancer dans le travail du sexe, spécifiquement dans des prestations de dominatrices BDSM.
Ces prestations étaient proposées à de riches clients pour un tarif de 900 euros. Un chiffre qui donne la mesure du système mis en place, loin de l’improvisation.
Les plaignantes ont décrit devant les juges un climat d’emprise et de menace permanent. « Le Rat » n’aurait pas hésité, selon leurs déclarations, à empêcher certaines d’entre elles de quitter le logement, une situation qui rappelle les mécaniques de contrôle évoquées dans d’autres dossiers de plaintes récents.
En 2023, le proxénète voyait plus grand encore. Il s’était lancé dans un projet de « temple du BDSM » de 400 m2, au cœur de la cité Falguière, dans le 15e arrondissement de Paris, avec loyer à 5 000 euros mensuels, une stratégie digne d’un vrai montage entrepreneurial, comme peuvent en révéler certaines arnaques organisées et bien huilées.

Le frère complice et le richissime bailleur aussi condamnés
Comme souvent dans ce type d’affaire, l’entourage proche du principal prévenu n’a pas échappé à la justice. Le frère de Sahbi B. jouait un rôle de « médiateur » entre « Le Rat » et les travailleuses du sexe.
Pendant l’audience, Sahbi a répété qu’il avait « utilisé » son petit frère, une défense qui n’a pas empêché la condamnation. Ce dernier écope de trois ans de prison, dont deux avec sursis, la partie ferme pouvant être purgée sous bracelet électronique. Une amende de 20 000 euros a également été prononcée.
C’est finalement l’une des victimes qui a permis à toute l’affaire d’éclater. En mars 2024, elle est parvenue à quitter le logement et à contacter la police dans le 8e arrondissement de Paris. La brigade de répression du proxénétisme de la préfecture de Police a ensuite mené l’enquête.
Le projet de « temple du BDSM » avait aussi séduit un client richissime, Gad T., qui avait contribué au financement du loft transformé en donjon. Le projet a vite périclité, mais Gad T. a lui aussi été condamné jeudi pour mise à disposition d’un local destiné à la prostitution, écopant de 18 mois de prison avec sursis. Plus d’infos sur ce type d’affaires via Mon Actu.
Derrière un surnom qui fait froid dans le dos se cachait un système méthodique, presque entrepreneurial, bâti sur la peur. Ce verdict rappelle que l’emprise ne se limite jamais à un seul coupable : elle s’organise, se finance, et implique parfois plus de monde qu’on ne l’imagine.