« Punition, punition ! » : à 18 ans, Lukas meurt après une soirée d’intégration à l’UTC

Une soirée d’intégration, des défis filmés au téléphone, et un jeune homme de 18 ans qui ne rentre jamais vraiment chez lui.
Lukas Banyai, étudiant à l’Université de technologie de Compiègne (UTC), est mort dans la nuit du 23 août 2026 après avoir participé à une soirée organisée en marge de sa rentrée en deuxième année.
Un mois plus tard, des vidéos consultées par la presse et une plainte déposée par ses parents éclairent enfin les circonstances glaçantes de ce drame.
Une rentrée qui devait être une fête, avant le drame à l’UTC
Tout commence le 23 août 2026, quelques jours avant la reprise des cours. Lukas Banyai, originaire de Villejuif, dans le Val-de-Marne, s’apprête à entamer sa deuxième année dans cette école d’ingénieurs réputée qu’est l’UTC. Très investi dans la vie associative de son établissement, il est invité à une soirée de pré-intégration organisée à l’extérieur du campus, comme cela se pratique chaque rentrée.
Ce type de rassemblement, courant chez les jeunes Français qui intègrent une grande école, mêle traditionnellement jeux collectifs et consommation d’alcool. Mais selon les informations recueillies, deux équipes d’étudiants s’y livrent à des défis filmés au téléphone, sur fond de surconsommation d’alcool assumée par tous.
Lukas doit notamment boire une canette de bière cul sec devant les autres participants. Il n’y parvient pas. Autour de lui, des voix scandent alors : « Punition, punition ! » Ce que cette punition contenait exactement, personne ne l’a encore expliqué publiquement dans le détail.
Mais les vidéos qui ont commencé à circuler donnent une idée glaçante de la suite de la soirée. Selon la mère de Lukas, la soirée était présentée comme une simple fête d’accueil, sans lien officiel avec l’école. Ses parents affirment n’avoir jamais imaginé que de telles pratiques persistaient dans un établissement aussi réputé que l’UTC.
Des vidéos qui accablent, une plainte qui tombe
Sur une autre séquence consultée par Franceinfo, Lukas doit avaler un liquide impossible à identifier. Son père, Lazlo Banyai, a visionné plusieurs de ces vidéos et n’en revient toujours pas du niveau de dégradation mis en scène. « On a vu qu’il a dû manger des choses dégoûtantes », a-t-il confié à Franceinfo.
Sa mère, Cinzia, a également retrouvé une vidéo de préparation de la soirée où des organisateurs plaisantaient sur le contenu à faire ingérer aux nouveaux venus. Ce genre de plainte pour mise en danger reste rare tant les familles hésitent à s’exposer médiatiquement après un tel drame. Cinzia et Lazlo Banyai, eux, ont fait le choix inverse.
Ils ont déposé plainte contre X pour bizutage, homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Leur avocate, Valérie Bloch, est aussi membre du comité national contre le bizutage, une association qui documente ce type d’affaires depuis des décennies. « On veut savoir ce qui lui est arrivé, que sa mort serve au moins à quelque chose. Qu’on arrête ces soirées de bizutage ! », a résumé le père de Lukas.
Pour la mère, aucun doute possible : cette soirée était bel et bien un bizutage déguisé, malgré son apparence festive. « Mon fils venait d’avoir 18 ans, il avait un an d’avance, il intègre une école qui est prestigieuse, jamais je n’aurais imaginé qu’il y avait de telles pratiques », a-t-elle ajouté. Elle estime que son fils s’est plié aux défis pour ne pas décevoir ses nouveaux camarades.

La nuit où tout a basculé, heure par heure
L’enquête ouverte par le parquet de Compiègne permet aujourd’hui de reconstituer précisément le déroulé fatal de cette soirée. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la fête s’est achevée relativement tôt, vers 22 heures. Lukas a d’abord été raccompagné, conscient, jusqu’à son studio par des camarades.
C’est dans les heures qui suivent que son état s’est brutalement dégradé. Inquiet, il a lui-même alerté le Samu à cause de son mauvais état de santé. Les secours l’ont transporté à l’hôpital de Compiègne, où il est décédé dans la nuit, quelques heures seulement après avoir quitté la soirée.
Une autopsie et des analyses toxicologiques ont été ordonnées pour déterminer la cause exacte de sa mort. Les enquêteurs cherchent notamment à savoir si une surconsommation d’alcool, associée à l’ingestion d’autres substances comme du piment, dénoncée par ses parents, a pu jouer un rôle décisif dans ce décès brutal.
C’est précisément là que se joue toute la réponse judiciaire attendue par la famille : établir si Lukas a bien subi des brimades et des incitations à l’excès qui ont directement conduit à son décès. L’hôpital de Compiègne, de son côté, a indiqué ne pas être en mesure de communiquer sur une prise en charge individuelle, tout en assurant se tenir à disposition de la justice.
De son côté, l’UTC affirme ne pas avoir eu connaissance de cette soirée du 23 août, organisée hors de l’établissement entre étudiants majeurs. L’école assure être restée en contact avec la famille tout au long de la procédure. Elle rappelle aussi avoir été l’une des premières écoles françaises à interdire officiellement le bizutage, en vertu de la loi de 1998 portée par Ségolène Royal.
Ce que ce drame change déjà à Compiègne
Depuis la mort de Lukas, les activités d’intégration de l’UTC ont été réduites au strict minimum. Une cellule psychologique a été mise en place pour accompagner les étudiants les plus touchés par ce drame, qui a profondément marqué tout le campus en cette rentrée 2026.
Les auditions des témoins présents ce soir-là ont débuté au commissariat de Compiègne, sous la houlette des policiers du service local de police judiciaire. Plusieurs organisateurs de la soirée devraient être entendus dans les prochaines semaines, le temps que les analyses toxicologiques livrent leurs premiers résultats.
Ce type de drame évitable relance systématiquement le même débat : celui d’une tolérance de fait envers des pratiques pourtant interdites depuis près de trente ans. Comme le rappelle régulièrement le comité national contre le bizutage, les sanctions pénales existent, six mois de prison et 7 500 euros d’amende, mais restent rarement appliquées faute de plaintes déposées par les familles.
D’autres affaires récentes illustrent cette persistance, souvent dénoncée comme une négligence collective que personne ne veut vraiment regarder en face avant qu’un accident grave ne survienne. À Compiègne, l’enjeu de l’enquête reste entier : déterminer si les brimades, les défis et l’alcool à outrance constituent bien le fil qui relie la fête du 23 août à la mort de Lukas, quelques heures plus tard seulement.
Un an à peine après avoir eu 18 ans, Lukas Banyai est mort pour une soirée censée l’accueillir dans son école. L’enquête du parquet de Compiègne dira si le mot bizutage doit désormais devenir un chef d’accusation retenu par la justice.
En attendant d’autres réponses, cette autre affaire qui mêle rumeur et accusation montre à quel point une plainte peut bouleverser une vie du jour au lendemain.
Et si les traditions étudiantes vous semblent immuables, ce lieu que des générations de Français ont connu a lui aussi radicalement changé sans que personne ne s’en aperçoive vraiment.