« C’était volontaire » : cette otage du Hamas révèle comment des médecins lui ont brisé la cheville à 90 degrés

Le 7 octobre 2023, Maya Regev vivait « les quatre meilleures heures » de sa vie au festival Nova. Quelques minutes plus tard, elle courait pour sa survie sous les tirs, une balle logée dans la jambe. Ce qu’elle a enduré ensuite, pendant 50 jours de captivité à Gaza, dépasse l’entendement : des médecins qui, selon elle, ont délibérément mal soigné ses blessures.
Une fête qui vire au cauchemar en quelques minutes
À 6h29 du matin, la musique s’arrête net. Des missiles fusent au-dessus du festival, des tirs claquent au loin. Maya Regev, alors âgée de 21 ans, se met à courir avec son frère Itay, 18 ans, et leur ami Omer Shem Tov, 20 ans.
« Je me souviens avoir couru pendant que les gens à côté de moi tombaient, touchés par balles. Je ne pouvais même pas m’arrêter pour les aider », confie-t-elle au Daily Mail. Plus de deux heures de course effrénée à travers les champs, jusqu’à ce qu’un ami, Ori Danino, fasse demi-tour en voiture pour les récupérer.
Ce geste de courage lui coûtera la vie : Ori sera lui aussi enlevé, puis retrouvé mort dans un tunnel en septembre 2024. Ce chaos meurtrier n’est pas sans rappeler d’autres épisodes glaçants documentés depuis, à mesure que les tensions internationales continuent d’alimenter l’actualité mondiale. Neuf terroristes armés surgissent d’un pick-up et ouvrent le feu alors que Maya est au téléphone avec son père.
« Il a tout entendu. Il m’a entendue crier que j’étais touchée, que je l’aimais. Je lui disais au revoir », raconte-t-elle. L’enregistrement de cet appel, diffusé plus tard par ses parents en larmes, la hante encore aujourd’hui. Elle doit fermer les yeux à chaque fois qu’elle l’entend.
La cheville tordue à 90 degrés, « volontairement »
Emmenée de force à Gaza, Maya découvre l’ampleur de ses blessures : une balle a arraché un peu de muscle à son mollet droit, une autre a fracassé l’os de sa jambe gauche sur près de six centimètres. « Mon pied tenait littéralement par des filaments de chair », décrit-elle.
Pendant huit jours, la plaie reste non traitée, infectée, à vif. Ses ravisseurs finissent par la conduire à l’hôpital Al-Shifa, au nord de Gaza, où des médecins extraient enfin la balle. Mais le geste qui suit va marquer Maya à jamais : « Ils ont reconnecté mon pied presque à 90 degrés vers la gauche, et ma jambe est devenue beaucoup plus courte. »
Interrogée sur l’intention derrière ce geste, elle est catégorique : « Bien sûr que c’était volontaire. Il n’avait pas besoin de le faire. » Elle décrit aussi un médecin qui l’a soulevée brutalement par son fixateur externe en hurlant, et des soignants qui ont incisé sa peau inutilement avant d’y verser de l’alcool, du chlore et du vinaigre.
Ce type de récit fait écho à d’autres témoignages glaçants recueillis depuis, notamment un rapport détaillant des preuves inattendues dans des affaires tout aussi bouleversantes. « Je porte encore les cicatrices de ces coupures », confie Maya, qui garde en mémoire chaque seconde de cette souffrance imposée sans raison médicale.

Des notes cachées et un retour à la vie payé au prix fort
Pendant plus de 40 jours d’hospitalisation forcée, Maya trouve un fil de survie improbable : des notes glissées en cachette à son frère Itay, détenu dans un autre appartement du même immeuble. « Sois forte, mange ce que tu as, on rentrera bientôt », s’écrivaient-ils. Elle garde encore ces bouts de papier aujourd’hui.
Ses ravisseurs la nourrissent à peine, un peu de riz et un minuscule morceau de poulet une fois par jour, partagé avec une enseignante arabe chargée de la surveiller. « Même s’ils avaient tout ce qu’ils voulaient manger, elle prenait ma nourriture », se souvient Maya, incapable de bouger pour atteindre elle-même son plateau.
Le 25 novembre 2023, un terroriste lui jette de nouveaux vêtements : elle rentre enfin chez elle, dans le cadre d’un accord de trêve. Mais la joie se mêle à la culpabilité : Itay et Omer restent, eux, prisonniers « de cet enfer ». Omer ne sera libéré qu’après 505 jours de captivité, en grande partie dans l’obscurité et l’isolement.
Remise aux mains de la Croix-Rouge à Rafah, Maya sourit pour la première fois depuis des semaines. Les images de ses retrouvailles avec ses parents et son frère, diffusées dans le monde entier, montrent une jeune femme submergée par les sanglots.
Son calvaire ne s’arrête pourtant pas là : infections osseuses graves, champignon dans l’os, plus d’un an d’hospitalisation et dix opérations l’attendent encore. Son histoire est aujourd’hui racontée dans le cadre de l’exposition immersive Nova à Londres, aux côtés d’autres survivants qui témoignent des atrocités du 7 octobre.
Sur les 413 personnes tuées ce jour-là au festival, 44 avaient été enlevées vers Gaza, un chiffre qui donne une idée de l’ampleur du drame vécu par toute une génération.
« La captivité m’a changée à jamais », résume Maya, qui a miraculeusement retrouvé l’usage de ses jambes, sans pouvoir courir de nouveau. Elle qui se disait « naïve » avant le 7 octobre a rencontré, dit-elle, « le mal pur, face à face ». L’exposition Nova se tient à Shoreditch, à Londres, jusqu’au 15 juillet.