« Il mérite une chance de vivre » : une mère porteuse refuse l’avortement exigé par les parents biologiques

Une grossesse qui devait rapprocher deux familles est devenue le théâtre d’une bataille judiciaire glaçante. McKenna West, infirmière américaine et mère porteuse, s’était engagée à porter l’enfant d’un couple qu’elle décrivait comme un « match parfait ». Mais à la 20e semaine, un diagnostic a tout fait basculer.
Le bébé, qu’elle a prénommé Gabriel, souffre d’une grave malformation cardiaque. Les parents biologiques ont alors exigé qu’elle avorte, dans un délai extrêmement court. Ce qu’elle a découvert ensuite sur une possible opération allait la pousser à leur tenir tête.
Un diagnostic qui change tout à la 20e semaine
Tout avait pourtant bien commencé. McKenna West s’était inscrite en février 2025 au programme de l’agence Worldwide Surrogacy Specialists, avec l’idée d’aider un couple à fonder une famille tout en arrondissant ses revenus. La grossesse, obtenue par FIV, se déroulait sans le moindre signe alarmant.
C’est lors de l’échographie du cinquième mois que le couperet est tombé. Le médecin a détecté une absence de flux sanguin dans la partie gauche du cœur du fœtus, un signe évocateur du syndrome du cœur gauche hypoplasique, une malformation rare et sévère.
« Tout allait bien jusque-là. Il n’y avait eu aucun signe, tous les tests génétiques étaient normaux », a raconté McKenna West à l’organisation Live Action. Le choc a été immédiat, partagé lors d’un appel vidéo avec les futurs parents, présents à distance.
C’est dans la foulée de ce diagnostic que le couple, désigné sous les initiales A.B. et C.D. dans les documents juridiques, lui a annoncé sa décision : elle devait avorter, et vite. Un choix que la jeune femme a immédiatement du mal à accepter, sans pour autant s’y opposer tout de suite.
Une opération existe, mais les parents biologiques persistent
Le couple lui a demandé de se rendre à Seattle, aucun médecin d’Alaska n’acceptant de pratiquer un avortement à ce stade de 22 semaines de grossesse. Mais avant de s’y résigner, McKenna West a fait ses propres recherches, comme le rapportent les documents consultés par Live Action.
Elle a alors trouvé un hôpital au Texas, réputé pour son fort taux de réussite dans le traitement de cette même malformation cardiaque après la naissance. Une opération existe donc bel et bien pour donner une chance à Gabriel. Mais malgré cette découverte, le couple a maintenu sa demande d’interruption de grossesse.
« Elle a lutté avec un profond tourment intérieur à l’idée que des médecins allaient injecter au cœur de [Gabriel] une solution destinée à l’arrêter », précisent les documents cités par l’organisation. Une phrase qui résume l’ampleur du dilemme moral vécu par la mère porteuse.
« Je ne voulais pas que la vie de ce bébé soit écourtée », a-t-elle confié. Un choix qui a immédiatement fait basculer la relation avec le couple dans un conflit ouvert, avec des conséquences financières bien réelles pour elle.
Une bataille judiciaire et une naissance imminente
Le terme approche désormais à grands pas, avec un accouchement prévu le 2 septembre, à 36 semaines de grossesse. À ce stade, un avortement est devenu médicalement impossible, ce qui n’a pas empêché les deux parties de s’engager dans une bataille judiciaire féroce.

Le contrat brisé et le combat pour Gabriel
Le couple accuse McKenna West d’avoir violé les termes de leur contrat de gestation pour autrui. Selon le site de l’agence Worldwide Surrogacy Specialists, elle devait toucher entre 55 000 et 70 000 dollars pour ses services. Mais ces paiements auraient cessé, et les parents biologiques réclameraient désormais le remboursement des sommes déjà versées, ainsi que des dommages et intérêts.
Une procédure a également été déposée en Californie pour exiger que l’accouchement s’y déroule. De son côté, McKenna West a engagé une demande de garde de l’enfant, avec un objectif clair : lui obtenir l’opération qui pourrait lui sauver la vie.
Elle a d’ailleurs conditionné son déplacement en Californie pour la naissance à l’acceptation, par les parents biologiques, de cette intervention chirurgicale. « Il n’y a de garantie avec rien. Mais il mérite une chance de vivre en dehors de mon ventre. Mon but, c’est qu’il ait cette opération », a-t-elle martelé.
Ce dossier ravive un débat plus large sur les droits respectifs des parents biologiques et des mères porteuses face à un diagnostic prénatal grave. En France, la législation encadrant la santé maternelle et les grossesses reste très différente du système américain, où les contrats de gestation pour autrui sont légaux dans plusieurs États et régis par des accords privés parfois flous.
Une bataille légale et humaine qui se joue désormais à quelques semaines de la naissance de Gabriel, avec un enjeu simple mais vital : lui offrir, ou non, la possibilité d’un cœur qui bat normalement.
Entre un contrat rompu et un enfant à naître, McKenna West a choisi son camp : celui de la vie de Gabriel, quoi qu’il lui en coûte financièrement. Son combat judiciaire, encore en cours, pourrait redéfinir les limites de ce qu’une mère porteuse peut décider seule face à un diagnostic bouleversant.