Irlande : une Américaine héritière tuée par son fiancé, une faille à 10 livres au cœur de sa fuite

Jamey Carney répétait à qui voulait l’entendre que s’installer en Irlande était « la meilleure décision » de sa vie. Cette Américaine de 43 ans avait tout quitté pour Killarney, ville pittoresque du comté de Kerry, avec sa fille alors âgée de 8 ans.
Cinq ans plus tard, elle y était devenue une figure familière, engagée et généreuse. Une nouvelle vie qui s’est brutalement arrêtée le 7 juillet, quand sa fille de 13 ans a découvert son corps caché sous une couette.
Une Américaine tombée amoureuse de ses racines irlandaises
Jamey Carney avait grandi à Armonk, dans l’État de New York, mais ses grands-parents paternels étaient irlandais. Elle passait ses vacances à Killarney et en était tombée amoureuse.
En 2021, elle a quitté son travail dans l’assurance et l’immobilier pour s’installer définitivement dans cette ville connue pour ses lacs, ses montagnes et ses calèches touristiques.
Une proche témoigne : « Killarney est un endroit très cosmopolite. Elle se sentait irlando-américaine et se sentait chez elle ici. » Son cousin, Ryan Fox, évoque aussi une femme fragilisée, « à la recherche de l’amour au mauvais endroit ».
Un héritage d’un million de dollars qui change tout
Onze mois avant sa mort, Jamey Carney hérite d’environ un million de dollars après le décès de son père aux États-Unis. Cette somme lui permet de quitter sa modeste maison de deux chambres pour un logement bien plus grand et prestigieux.
En septembre, elle emménage dans une propriété fermée, décrite comme un bien « de luxe » offrant des prestations « exceptionnelles ». Elle pose fièrement sur les réseaux sociaux, les clés à la main.
C’est dans cette maison, nichée dans une impasse baptisée Homeland, que sa fille retrouvera son corps quelques mois plus tard.
La rencontre avec un demandeur d’asile jordanien
Militante engagée pour la cause palestinienne, Jamey Carney rencontre Ahmad Al-Saqar lors de manifestations pro-Palestine à Killarney. Il a 15 ans de moins qu’elle et vit dans un foyer pour demandeurs d’asile, presque en face du commissariat.
Sur les réseaux sociaux, il la présente régulièrement comme « ma fiancée et ma princesse ». En avril, une vidéo TikTok les montre au bord d’un lac, elle exhibant une bague scintillante.
Des connaissances affirment qu’ils auraient même célébré une cérémonie de mariage islamique à la mosquée de Killarney, une information que le lieu de culte refuse de confirmer.

Quelques jours avant sa mort, il commente une photo d’elle : « ma belle famille ». Il lui écrit aussi : « je t’aime tellement ». La famille de Jamey, elle, s’inquiète déjà de la tournure de cette relation.
La fuite express vers la Jordanie
Une autopsie établit que Jamey Carney est morte étouffée, probablement après avoir été frappée à plusieurs reprises avec le couvercle d’une chasse d’eau. Une enquête pour meurtre est ouverte.
Les enquêteurs identifient rapidement Ahmad Al-Saqar comme « personne d’intérêt ». Des caméras de surveillance le montrent prenant un bus à 4h30 du matin le 7 juillet, direction Dublin, puis un taxi pour l’aéroport.
Il embarque à 10h40 pour Istanbul, avec un aller simple. De là, il aurait rejoint la Jordanie, son pays d’origine, juste avant qu’Interpol ne soit alertée.
Il est finalement arrêté par les autorités jordaniennes et reste détenu depuis, sans qu’aucune charge n’ait encore été formellement retenue contre lui en Irlande.
Une faille migratoire britannique au cœur de l’affaire
Comment un demandeur d’asile jordanien a-t-il pu entrer aussi facilement en Irlande ? La réponse tient à un dispositif d’immigration britannique de courte durée, permettant aux Jordaniens de rejoindre le Royaume-Uni via un simple visa en ligne à 10 livres.
Depuis l’Irlande du Nord, il ne restait qu’à traverser la frontière vers Dublin, où Al-Saqar a demandé l’asile en juin 2024. Sa première demande est refusée, mais il obtient en appel une protection subsidiaire.
Cette décision lui permet de récupérer son passeport, celui-là même qui lui servira à fuir le pays avant que l’alerte internationale ne soit lancée. Contrairement au Royaume-Uni, l’Irlande autorise les demandeurs d’asile à travailler après six mois : Al-Saqar aurait ainsi travaillé sur des chantiers.
La Jordanie peut-elle le juger elle-même ?
L’Irlande et la Jordanie n’ont pas de traité d’extradition. Des officiers de la Garda se sont rendus sur place pour tenter d’obtenir un accord « de gentleman » avec les autorités jordaniennes.
Fait notable : la Jordanie pourrait aussi poursuivre elle-même Ahmad Al-Saqar pour ce meurtre, même s’il a eu lieu en Irlande. Il peut légalement être détenu jusqu’à 18 mois avant tout procès.
Sa famille, décrite comme respectable et éduquée, dément toute culpabilité et réclame la présomption d’innocence, dénonçant une campagne de « mépris et de moquerie » en ligne.
Une vague de haine qui dépasse le fait divers
La mort de Jamey Carney a rapidement été récupérée par des comptes d’extrême droite, qui l’accusent d’avoir « cherché » son sort à cause de ses positions politiques et de son choix de partenaire.
Une amie américaine, Zheila Ommani, dénonce cette instrumentalisation : « La façon dont votre mort est utilisée pour pousser un discours totalement contraire à la façon dont vous avez vécu me brise encore plus le cœur. »
Le Premier ministre irlandais Micheál Martin a lui-même condamné ces commentaires, réclamant une tolérance zéro de la part des plateformes. Un collectif pro-Palestine rappelle par ailleurs que Jamey Carney est la huitième victime de féminicide recensée en Irlande cette année, dépassant déjà le total de 2025.

Une ville sous le choc, une fille orpheline
Plus de 200 personnes ont assisté aux funérailles de Jamey Carney en la cathédrale Sainte-Marie de Killarney, munies de tournesols, sa fleur préférée. Le curé de la paroisse l’a décrite comme un « rayon de soleil », « lumineuse et pleine de vie ».
Sa sœur et sa mère sont venues des États-Unis pour soutenir Michaela, 13 ans, qui souhaiterait rester vivre en Irlande. Un habitant résume le choc local : « C’est un endroit très paisible, tout le monde est amical. Personne n’arrivait à y croire. »
L’enquête de la Garda se poursuit, tandis que le sort judiciaire d’Ahmad Al-Saqar reste suspendu entre deux pays sans accord d’extradition.