Un faux assistant comptable, une fausse attestation, un RIB : 153 565,90 € de fonds publics détournés à Nice

Un courriel, une attestation falsifiée, un nouveau RIB : il n’en a pas fallu davantage pour que plus de 153 000 € d’argent public prennent la mauvaise direction à Nice. Selon Nice-Matin, la somme était destinée à une entreprise chargée de travaux sur un parking de la ville. Reste à comprendre comment la machine s’est laissé duper, et surtout qui a sonné l’alarme.
Un parking, des espaces verts et 153 565,90 € en jeu
Tout commence par un chantier presque banal. Une entreprise basée à Fréjus, dans le Var, a été engagée pour aménager les espaces verts d’un parking de Nice. Le donneur d’ordre est Parcs d’Azur, l’établissement chargé de la gestion des parkings métropolitains.
Dans ce genre de marché, tout repose sur une chaîne administrative bien huilée : des travaux réalisés, une facture déposée, un service de la commande publique qui vérifie, puis un paiement. Chaque maillon fait confiance au précédent, et c’est précisément ce qui rend la mécanique fragile quand un document circule sans être recoupé.
Le montant en cause a de quoi faire tiquer : 153 565,90 €, soit plus de 150 000 € de fonds publics. Il ne s’agit pas d’un petit détournement discret étalé dans le temps, mais d’un seul virement, d’un seul coup.
Autre détail qui pèse lourd : selon le récit rapporté par Nice-Matin, les précédentes factures de l’entreprise avaient, elles, été réglées sans encombre sur son compte habituel. Rien, dans l’historique, ne signalait donc un problème. C’est ce qui a rendu le piège si discret.
Pour comprendre ce piège, il faut remonter de quelques semaines, au moment où un inconnu a écrit au service de la commande publique. Et on verra que ce n’est pas la fausse identité qui a fait le plus de dégâts. D’ailleurs, ce type de fraude est celui qui avait déjà coûté 96 400 euros à un notaire condamné pour avoir laissé circuler un RIB par mail.
Le courriel qui a fait basculer le service de la commande publique
Quelques semaines avant le virement, le fraudeur présumé prend contact par courriel avec le service de la commande publique de Parcs d’Azur. Il se présente comme un assistant comptable de l’entreprise de Fréjus. Un rôle crédible, presque invisible : celui qu’on ne remet pas en question quand il demande une formalité administrative.
Il ne vient pas les mains vides. Selon les éléments rapportés, il transmet une attestation falsifiée, établie au nom du directeur général de l’entreprise, ainsi qu’un nouveau relevé d’identité bancaire. Le document officiel sert de caution, le RIB de destination.
On touche là au cœur de ce qu’on appelle, de manière générale, la fraude au changement de coordonnées bancaires. Le principe est simple : plutôt que de voler l’argent en piratant un système, on convainc quelqu’un de le verser lui-même au mauvais endroit. Aucun mot de passe forcé, aucune faille informatique spectaculaire.
Cette méthode n’a rien d’une invention locale. Des profils d’usurpateurs bien plus audacieux ont déjà visé les professions du chiffre et du droit, comme ce « geek » de 25 ans qui se faisait passer pour des procureurs et des policiers afin de piéger notaires et entreprises. Même ressort : une identité d’autorité, et un interlocuteur qui n’ose pas douter.
À Nice, la suite est connue. Le changement de coordonnées a été accepté, alors même que l’entreprise avait été payée jusque-là sur son compte habituel. Puis la facture de 153 565,90 € est partie, non pas vers Fréjus, mais vers le compte frauduleux.
L’argent était parti. Mais la fraude, elle, n’avait pas encore tenu plus de quelques heures. Car quelqu’un, à Bercy, avait vu quelque chose.
Le jour même du virement, l’alerte venue de Bercy

La fraude a été découverte le 19 mai 2026, le jour même du versement. Ce n’est ni l’entreprise lésée ni le service de la commande publique qui a flairé l’anomalie en premier : c’est une alerte transmise par Bercy au Trésor public de Nice, d’après Nice-Matin.
Voilà le détail qui change la lecture de l’affaire. Le système a laissé passer la demande de changement de RIB, mais un contrôle en aval a tiré la sonnette d’alarme dans la foulée. Entre l’ordre de paiement et la prise de conscience, il ne s’est écoulé qu’une poignée d’heures.
Reste la question que tout le monde se pose : pourquoi cette alerte n’est-elle pas arrivée avant le virement ? La source ne donne pas de réponse précise sur ce point, et il serait hasardeux d’en inventer une. C’est justement l’un des objets de l’enquête administrative lancée ensuite.
Dans la foulée du signalement, la direction de l’entreprise de Fréjus a été sollicitée. Elle a confirmé que l’individu à l’origine de la demande ne travaillait pas pour la société. Le faux assistant comptable n’existait donc que dans le courriel.
C’est ce point qui scelle l’affaire : la fausse attestation au nom du directeur général n’avait aucune valeur, mais elle a suffi à franchir le premier barrage. L’alerte de Bercy a, elle, permis de transformer une fraude qui aurait pu rester invisible pendant des semaines en incident identifié le jour même. Les prochaines étapes, plainte, enquête, démarches auprès des banques, disent combien il reste de choses à tirer au clair.
Plainte, enquête administrative, banques : ce qui se joue maintenant
Dès le lendemain, le 20 mai, Parcs d’Azur a déposé plainte pour escroquerie. L’auteur reste, à ce stade, un fraudeur présumé : aucune identification ni interpellation n’est mentionnée dans les éléments rapportés par Nice-Matin.
En parallèle, la Métropole Nice Côte d’Azur a lancé une enquête administrative. Son objectif est double : comprendre les circonstances exactes de la fraude et établir d’éventuelles responsabilités internes. Autrement dit, savoir qui a validé quoi, et sur la base de quelles vérifications.
Le volet le plus concret concerne l’argent. Une procédure est engagée auprès des établissements bancaires pour tenter de récupérer les fonds. La source ne dit pas si cette récupération est acquise, partielle ou compromise : il faudra surveiller ce que révéleront les semaines à venir.
Cette affaire rappelle une règle de bon sens que les particuliers connaissent bien : on ne valide jamais un changement de coordonnées bancaires sur la seule foi d’un courriel. C’est le même réflexe qui protège ceux qui reçoivent un appel où l’on leur demande de confirmer une opération, comme dans ces cas où trois mots au téléphone trahissent un faux conseiller bancaire.
Les victimes ne sont d’ailleurs pas toujours des institutions. Un couple de retraités, par exemple, a perdu bien plus d’un million d’euros dans une arnaque aux faux policiers à Lainville-en-Vexin. Seule l’échelle change : le mécanisme reste fondé sur la confiance accordée à une fausse autorité.
À Nice, la question n’est donc pas seulement de retrouver 153 565,90 €, mais de savoir quel filet de vérification aurait pu retenir le virement avant qu’il parte.
Le fraudeur présumé a joué sur trois documents et sur un seul point faible : un changement de RIB accepté trop vite. Reste à savoir si l’argent public reviendra dans les caisses.
Et si ce genre de piège vous fait réfléchir à vos propres habitudes, la légende du code bancaire tapé à l’envers que 100 000 Français ont partagée sans vérifier vous réserve une surprise. Et celle d’un retraité qui a découvert 3 000 véhicules immatriculés à son nom vaut aussi le détour.