« Tout a basculé en un instant » : il offre un parfum trouvé par hasard, sa compagne meurt empoisonnée

Un geste tendre, presque banal. Charlie Rowley aimait récupérer des objets abandonnés pour leur offrir une seconde vie. Ce jour-là, il tombe sur un flacon de parfum de luxe encore emballé et décide de l’offrir à sa compagne. Ce qu’il ignore alors va transformer leur histoire d’amour en cauchemar mondial.
Un cadeau trouvé par hasard dans un conteneur
À la fin du mois de juin 2018, à Amesbury, dans le sud de l’Angleterre, Charlie Rowley fouille comme souvent les conteneurs de dons. Téléviseurs, petits équipements, objets du quotidien : il aime dénicher ce que d’autres ont laissé de côté. Ce jour précis, il espère surtout trouver une bague pour demander sa compagne, Dawn Sturgess, en mariage.
Faute de bijou, il repart avec autre chose : une petite boîte contenant ce qui ressemble à un flacon de parfum Nina Ricci neuf, encore scellé. Un cadeau de circonstance, se dit-il, en attendant mieux. Rien, à cet instant, ne laisse deviner l’ampleur du danger qu’il vient de ramasser sans le savoir.
Cette histoire résonne avec d’autres affaires troublantes où le hasard joue un rôle central. Comme si le destin s’amusait parfois à placer des vies ordinaires sur la trajectoire d’événements bien plus sombres, à la manière de certains événements imprévisibles qui bouleversent tout sur leur passage.
Le poison capable de tuer 10 000 personnes
Le 28 juin, deux jours après sa découverte, Charlie offre le flacon à Dawn. Elle est ravie. Mais un détail intrigue son compagnon : l’embout du vaporisateur n’est pas fixé, il doit l’installer lui-même. Le liquide, lui, a une texture huileuse et une odeur presque inexistante.
Dawn en vaporise sur son poignet. Quelques instants plus tard, tout bascule. « Elle a dit se sentir bizarre. Elle s’est plainte d’un mal de tête… puis elle a perdu connaissance », racontera Charlie dans un documentaire de CNN. Il la retrouve inanimée dans la baignoire et tente désespérément de la ranimer.
Le flacon contenait en réalité du Novitchok, un agent neurotoxique développé à l’époque soviétique. Selon Neil Basu, ancien responsable de la police antiterroriste britannique, la quantité présente dans cette petite bouteille aurait pu tuer jusqu’à 10 000 personnes. Un chiffre qui donne le vertige face à ce cadeau d’apparence si banale, un peu comme ces menaces invisibles qui pèsent parfois sur l’humanité sans qu’on s’en doute, ou ces armes redoutables développées loin des regards.

Une affaire d’espionnage russe qui refait surface
Ce que Charlie ignorait, c’est qu’à une douzaine de kilomètres de là, la ville de Salisbury avait déjà vécu un drame similaire trois mois plus tôt. En mars 2018, Sergueï Skripal, ancien agent double, et sa fille Yulia avaient été retrouvés inconscients sur un banc public, empoisonnés eux aussi au Novitchok. Une affaire qui avait déclenché une crise diplomatique majeure entre Londres et Moscou, les enquêteurs britanniques accusant deux agents russes que le Kremlin a toujours niés.
Dawn Sturgess, elle, meurt dix jours après son exposition au poison. Elle avait 44 ans. Charlie, lui, tombe dans le coma et se réveille des semaines plus tard, incapable de se souvenir clairement des événements. Un médecin doit lui annoncer que sa compagne n’a pas survécu. « J’étais sous le choc, car c’était justement la bouteille que j’avais offerte à Dawn », confie-t-il, encore rongé par la culpabilité des années après.
Son corps porte toujours les séquelles : un accident vasculaire cérébral, des troubles de l’équilibre et de la vision, la perte partielle de l’usage de son bras gauche. Une question demeure sans réponse huit ans plus tard : comment une telle arme a-t-elle pu finir accessible dans un simple conteneur public ? Les agents soupçonnés n’ont jamais été arrêtés.
Un cadeau d’amour transformé en arme de guerre chimique, une vie brisée en quelques secondes seulement. Charlie Rowley porte aujourd’hui le poids d’une tragédie qu’il n’a jamais voulue, ni comprise. Reste une certitude glaçante : dans cette affaire, le hasard a frôlé la catastrophe absolue.