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« Rencontrer Jésus » : il poussait ses fidèles à mourir de faim au Kenya, le gourou écope de 200 ans de prison

Publié par Cassandre Jolivet le 07 Nov 2026 à 17:00
Forêt de bush kényane vue du ciel dans la brume

Il est arrivé au tribunal le sourire en coin, l’air indifférent. Quelques heures plus tard, Paul Mackenzie entendait une sentence hors norme, trois ans après la découverte des fosses de la forêt de Shakahola, au Kenya. Ce gourou autoproclamé écope de 200 ans de prison. Mais comment une peine pareille se calcule-t-elle, et pourquoi le dossier est-il loin d’être refermé ?

Un ancien chauffeur de taxi, un ranch de 325 hectares et une promesse mortelle

Selon Le Parisien, Paul Mackenzie était un pasteur autoproclamé, ancien chauffeur de taxi, à la tête d’une secte évangélique apocalyptique. Son message tenait en une phrase glaçante : mourir de faim pour « rencontrer Jésus ».

Au fil du procès, les témoins ont décrit un mouvement qui rejetait l’école classique, qualifiée de « satanique ». La médecine moderne et les hôpitaux, eux, étaient présentés comme des instruments du diable. Dans ce monde-là, impossible de se soigner.

Les adeptes devaient couper les ponts avec la société et s’installer dans un ranch de 325 hectares, au cœur de la forêt de Shakahola, une vaste zone de « bush » de la côte kényane. Un endroit isolé, loin des regards, où le gourou pouvait régner sans témoin.

Le système avait même un nom, d’après les témoignages : une « hiérarchie de la mort ». Les jeûnes étaient dirigés par Paul Mackenzie, et l’ordre ne laissait rien au hasard. Les enfants d’abord, puis les adolescents, les femmes, et enfin les hommes.

Tout s’est arrêté en avril 2023. Un groupe de défense des droits humains a alerté les autorités, des fidèles ont été secourus et le gourou a été arrêté. Mais ce que les enquêteurs allaient trouver sur place dépassait ce que quiconque imaginait.

Sourire en coin à l’audience, puis 100 ans par victime : le calcul de la juge

L’opération policière a mis au jour des fosses communes peu profondes. La découverte de dizaines et de dizaines de corps sans vie a fait la une de l’actualité mondiale. Les images ont fait le tour de la planète.

Les morgues locales ont fini par être débordées par la quantité de dépouilles. Les fouilles ont même dû être suspendues le temps de faire face. Une illustration brutale de l’ampleur du drame.

Trois ans plus tard, ce vendredi 6 novembre, le tribunal rend enfin son verdict. Paul Mackenzie arrive le matin, l’air indifférent, sourire en coin, avec les 28 complices jugés à ses côtés. Le contraste avec les familles endeuillées est saisissant.

La lecture de la sentence a duré des heures. La juge Diana Kavedza Mochache a déclaré le gourou coupable du meurtre de 190 enfants et d’un adulte. Une longue énumération, victime après victime, dans un silence que l’on imagine pesant.

Puis vient le calcul. La magistrate a prononcé 100 ans d’emprisonnement pour chacune des 183 victimes mortes affamées. Elle a infligé une peine équivalente pour huit autres personnes ayant péri par « homicide direct ».

Sauf que 100 ans multipliés par 191, ce n’est pas 200. Ces peines doivent, selon la juge, être purgées simultanément pour « aboutir à une peine totale de 200 ans d’emprisonnement ». Voilà la clé du chiffre. Mais que devient le reste de la bande ?

Marteau de juge posé sur un pupitre de tribunal vide

Complices, appel et peine de mort : ce que la sentence ne dit pas

Paul Mackenzie n’est pas le seul à écoper. Sur les 28 coaccusés, 26 ont été condamnés à des peines comprises entre 100 et 160 années de prison. Deux autres s’en tirent avec 10 ans d’emprisonnement.

Rien n’est pourtant définitif. L’avocat de la défense avait indiqué que ses clients allaient faire appel. La procédure pourrait donc se prolonger, sans que l’on sache à ce stade ce que les juges d’appel décideront.

Autre détail qui change la lecture de ces 200 ans : le parquet avait réclamé en début de semaine la peine capitale. Cette disposition est inscrite dans la loi kényane. Mais la dernière exécution dans le pays remonte à 1987.

Ce choix de la prison plutôt que de la corde n’a pas fait l’unanimité chez les proches. Francis Wanje, enseignant à la retraite de 62 ans, a perdu deux petits-enfants dans la tragédie. Il espérait la condamnation à mort du gourou.

« Rien ne peut apaiser la douleur », confiait-il avant l’énoncé des peines. Une phrase simple, qui résume ce que ce verdict ne pourra jamais réparer.

Et le verdict de vendredi ne clôt pas tout : Paul Mackenzie fait aussi face, dans des affaires distinctes, à des accusations d’« homicide involontaire » et de « terrorisme ». Le dernier chapitre reste donc à écrire.

Pourquoi l’affaire de Shakahola n’est pas close

Le chiffre de 190 enfants, aussi terrible soit-il, ne dit pas tout. La Commission nationale kényane pour les droits humains a estimé en 2024 le bilan à 429 morts. Certaines victimes n’ont toujours pas été identifiées.

Autrement dit, des familles ne savent peut-être toujours pas ce qu’il est advenu de leurs proches. Le verdict apporte une réponse judiciaire, pas forcément une réponse intime. Pour elles, le deuil reste suspendu.

Autre rebondissement, plus récent encore. En janvier dernier, Paul Mackenzie a été de nouveau mis en accusation après la découverte de 52 autres corps dans un village voisin. Les faits seraient donc encore plus étendus que ce que le tribunal vient de juger.

Cette nouvelle affaire s’ajoute aux procédures distinctes déjà ouvertes contre lui. Les autorités kényanes n’ont donc pas fini d’instruire. Et chaque nouvelle découverte relance la même question : jusqu’où allait le système ?

À surveiller dans les prochains mois : les appels annoncés par la défense de plusieurs condamnés, et le sort des accusations de terrorisme visant le gourou. Ce sont elles qui diront si les 200 ans de vendredi sont vraiment le dernier mot.

Reste cette image, celle d’un homme qui souriait en entrant au tribunal. Le verdict, lui, n’a pas eu besoin de sourire : 200 ans, c’est la réponse de la justice à ceux qui promettaient le paradis par la faim.

Et si l’école a toujours été sacrée pour vous, la vraie raison des rayures du zèbre, pas celle qu’on vous a apprise en classe, pourrait bien vous faire douter d’autres certitudes. Et dans un tout autre registre, l’arme fatale des apiculteurs contre le frelon asiatique, qui caquette peut-être déjà dans votre jardin, vaut le détour.

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