Sarthe : un père de 48 ans condamné à 30 mois de prison pour avoir agressé sa fille de 13 ans, filmée sous chantage Snapchat

Un père jugé pour avoir agressé sa propre fille de 13 ans. Une scène tournée non pas par un témoin, mais par la victime elle-même, sous la contrainte. Derrière cette vidéo, un mystérieux maître chanteur qui sévissait depuis des mois sur Snapchat, et que la justice n’a pour l’instant pas identifié.
Un chantage qui dure depuis des semaines sur Snapchat
Tout commence loin du tribunal du Mans, dans les messages privés d’un compte Snapchat. Un individu se présentant sous le pseudonyme « Alex » contacte l’adolescente de 13 ans, domiciliée à La Flèche, en Sarthe. Il lui promet des abonnés, de la visibilité, une popularité facile sur les réseaux.
Le piège se referme vite. L’homme réclame d’abord des photos intimes. Puis il exige davantage : des preuves toujours plus compromettantes, sous peine de tout diffuser en ligne. Ce type de manipulation via les écrans touche de plus en plus d’adolescents isolés, souvent sans qu’aucun adulte ne s’en aperçoive.
C’est dans ce climat de terreur numérique que l’ordre tombe, glaçant : filmer son propre père en train de l’agresser sexuellement, pour prouver quelque chose au maître chanteur. La jeune fille obéit, tétanisée. La scène se déroule le 23 juillet 2026, dans l’intimité du domicile familial.
Le père alcoolisé, une famille fragilisée par un deuil
Devant le tribunal du Mans, mi-septembre 2026, l’homme de 48 ans comparaît, grand, mince, les cheveux grisonnants. Il exprime des regrets face aux juges, sans nier les faits qui lui sont reprochés.
En audition, il évoque le décès de la mère de ses enfants, survenu trois ans plus tôt. Un vide, dit-il, qui a nourri chez lui « une faiblesse de célibataire ». Il reconnaît aussi qu’il était alcoolisé ce soir-là, un état confirmé par sa fille elle-même lors de son audition.
« Par contre, le matin, il ne boit pas », précise-t-elle aux enquêteurs. Sur l’agression, ses mots restent simples et bouleversants : « Je n’arrivais plus à bouger ni à parler. » Elle ajoute vouloir malgré tout continuer à voir son père, « même si c’est médiatisé ».
Ce type d’affaires, où l’emprise numérique se mêle à un drame familial, illustre les dérives que les autorités tentent de mieux encadrer sur les plateformes en ligne. Le fils du prévenu avait pourtant alerté son père qu’une personne exigeait des photos de sa sœur, sans que cela suffise à éviter le pire.

« Rien du tout » : la réponse glaçante du père à la barre
Face à une assesseure qui lui demande ce qui, dans sa tête, lui a permis de commettre un tel geste, le prévenu répond en deux mots : « Rien du tout. » Une phrase qui résume, selon l’avocate de la partie civile, toute la mécanique de l’inceste : « C’est vous qui avez posé sa main sur ses parties intimes. »
La procureure ne cherche pas à minimiser les faits. « Dans ce dossier, on a des faits extrêmement inquiétants », déclare-t-elle avant d’ajouter : « L’adulte, c’est bien lui. » Un père, insiste-t-elle, aurait dû réagir immédiatement en découvrant le chantage subi par sa fille, et non participer à sa mise en scène. Cette affaire rappelle d’autres dossiers familiaux où le silence a longtemps couvert des drames intimes.
Le ministère public requiert une peine mixte de 3 ans de prison, dont un an ferme aménageable, assortie d’une inscription au FIJAIS. Le tribunal tranche finalement pour 30 mois de prison, dont 12 mois ferme sous bracelet électronique. L’homme perd également l’autorité parentale et se retrouve inscrit au fichier national des auteurs d’infractions sexuelles.
Quant au maître chanteur « Alex », son identité reste à ce jour inconnue. L’enquête se poursuit pour tenter de le retrouver.
Une vidéo tournée sous la menace, un père jugé, un maître chanteur toujours dans l’ombre : cette affaire sarthoise expose au grand jour la brutalité silencieuse du chantage numérique sur mineurs. Combien d’autres « Alex » se cachent aujourd’hui derrière un simple pseudo Snapchat ?