« Aguicheuse », « menteuse »… Ce que le père de Jérôme Barella déclarait sur les adolescentes qui l’accusent d’inceste

L’affaire Lyhanna a mis en lumière une famille dont plusieurs membres font l’objet d’accusations de violences sexuelles. Parmi eux, Joël Barella, 71 ans, père de Jérôme Barella. Deux jeunes femmes l’accusent d’inceste, à plusieurs années d’intervalle. Et ce que les pièces des dossiers révèlent sur la manière dont leur parole a été traitée donne froid dans le dos.
Deux plaintes, deux adolescentes, et un même homme au cœur des accusations
Tout commence le 19 février 2013. Une mère se rend dans une gendarmerie de Haute-Garonne avec sa fille Prescyllia, alors âgée de 13 ans. L’adolescente accuse Joël Barella, compagnon de sa grand-mère paternelle, de lui avoir imposé des attouchements et des viols à répétition.
Les faits se seraient déroulés entre 2010 et 2013, au domicile des grands-parents comme chez le père de la jeune fille. Prescyllia affirme avoir gardé le silence pendant des années avant d’oser se confier à sa mère. Les affaires de violences sexuelles sur mineurs révèlent souvent ce même schéma : des années de silence avant une parole libérée.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. En 2018, une seconde plainte vise le même homme. Maeva, la demi-sœur de Prescyllia, affirme avoir subi des attouchements sexuels durant l’été de cette année-là. Elle n’avait que 12 ans. Deux adolescentes, deux époques différentes, et un suspect commun.
L’enquête concernant Maeva est classée sans suite en 2020 pour infraction insuffisamment caractérisée. Celle visant Prescyllia aboutit à un non-lieu en 2021, le juge estimant que les éléments recueillis ne permettaient pas d’établir la matérialité des faits. Des dysfonctionnements judiciaires qui interrogent aujourd’hui, à la lumière de l’affaire Lyhanna.
« Aguicheuse », « menteuse » : quand l’entourage retourne la parole des victimes
C’est peut-être le volet le plus glaçant de ces dossiers. Selon les pièces dévoilées par BFMTV, la parole des deux adolescentes a été systématiquement remise en cause. Pas par des inconnus. Par leur propre famille.
Le père de Prescyllia décrit sa propre fille comme une enfant « menteuse, vicieuse et charmeuse ». Sa grand-mère la qualifie d’adolescente au comportement « provocant ». Des témoignages recueillis dans l’entourage scolaire vont dans le même sens. La parole des enfants victimes se heurte encore trop souvent à ce mur de déni familial.
Joël Barella lui-même, entendu en garde à vue en septembre 2014, nie catégoriquement. Il va plus loin. Le septuagénaire décrit Prescyllia comme une adolescente « aguicheuse devant des garçons plus âgés qu’elle » et « ayant tendance à mentir ».
Seules la mère de Prescyllia et sa belle-mère soutiennent alors sa version. Cette dernière estime aujourd’hui que l’influence de Joël Barella au sein du cercle familial a pesé lourdement dans la manière dont les accusations ont été accueillies. L’affaire est devenue un dossier politique qui questionne la protection de l’enfance en France.
Une psychologue avait pourtant relevé chez Prescyllia des troubles du comportement compatibles avec ceux observés chez les victimes d’abus sexuels. Échec scolaire, agressivité, attitude provocante, tristesse, colère, automutilation. Autant de signaux qui n’ont visiblement pas suffi.

L’affaire Lyhanna rebat les cartes : une procédure rouverte, un non-lieu qui reste
La mort de Lyhanna a tout changé. Depuis que le nom Barella est au centre de l’actualité, les anciennes procédures sont scrutées à la loupe. Mardi 10 juin, le frère du suspect principal, Yannick Barella, a été mis en examen pour viol sur deux ex-conjointes, dont une mineure.
Dans la foulée, le parquet de Béziers a décidé de rouvrir la procédure concernant Maeva afin d’effectuer de nouvelles vérifications. Une décision accueillie avec soulagement par la jeune femme. La justice reprend le dossier là où elle l’avait laissé.
En revanche, la situation reste bloquée pour Prescyllia. D’après une source judiciaire, seule l’apparition d’un élément nouveau permettrait de remettre en cause le non-lieu prononcé en 2021. Le traitement judiciaire des violences sexuelles sur mineurs est plus que jamais au cœur du débat public.
Le schéma qui se dessine est tristement classique. Des victimes mineures. Un entourage qui protège l’agresseur présumé plutôt que les enfants. Des qualificatifs dégradants plaqués sur des adolescentes qui osent parler. Et une justice qui, faute de preuves matérielles suffisantes, classe ou prononce des non-lieux.
L’affaire Lyhanna a ouvert une brèche. Reste à savoir si cette brèche sera suffisante pour que toutes les voix soient enfin entendues.
Quand un homme de 71 ans qualifie une enfant de 13 ans d’« aguicheuse » pour se défendre d’accusations d’inceste, ce ne sont pas les mots d’une défense. Ce sont les mots d’un système.
Et si cette affaire nous oblige à regarder ce système en face, alors peut-être que la parole de Prescyllia et Maeva n’aura pas été vaine. La vraie question, c’est : combien d’autres Prescyllia ont été réduites au silence par les mêmes mots ?