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« J’étais pas dans un bon jour » : à 73 ans, elle roule à contresens en centre-ville et perd son permis un an

Publié par Cassandre le 07 Oct 2026 à 7:30
Retraitée au volant, visage confus et inquiet

Un samedi de juillet à Foix, plusieurs automobilistes appellent la police : une voiture grise roule dans le mauvais sens. Au volant, une retraitée de 73 ans, sans alcool ni drogue, avec un casier vierge. Que s’est-il passé dans sa tête ce jour-là ? Selon La Dépêche du Midi, la réponse est tombée devant le tribunal, avec une décision que son avocat espérait éviter.

Un demi-tour sur la RN 20, puis une ville entière en alerte

À petits pas, Arlette* s’avance vers la barre du tribunal de Foix. Selon La Dépêche du Midi, son maquillage est soigné et son regard trahit l’appréhension. Son avocat, Maître Vercelonne, se tient près d’elle, comme pour la rassurer.

À 73 ans, c’est la première fois qu’elle comparaît devant une juridiction. Pourtant, les faits qui l’amènent là n’ont rien d’anodin. Le 25 juillet, il est 13 h 15 quand plusieurs automobilistes alertent les forces de l’ordre.

Ils signalent une Nissan grise qui a fait demi-tour sur la RN 20, à l’entrée sud du tunnel de Foix, avant de repartir vers Tarascon-sur-Ariège. Sur cette route rapide, le geste a de quoi glacer les sangs.

Puis les choses s’aggravent. Un nouvel appel signale un véhicule semblable, cette fois à contresens sur les allées de Villote, puis sur le rond-point de l’Hippodrome. En plein centre-ville, un samedi, les risques sont évidents.

Pendant ce temps, la question de l’âge à partir duquel la loi pourrait un jour interdire de conduire revient régulièrement dans le débat public. Ici, le dossier ne parle pourtant pas d’âge mais d’un état de confusion précis.

Mais qui conduisait vraiment ce jour-là, et dans quel état d’esprit ? Les policiers allaient vite le comprendre.

Un rendez-vous médical fantôme et 11 000 euros en poche

Les policiers finissent par intercepter la voiture sur l’avenue de Barcelone. La conductrice a emprunté cette artère en roulant à moitié sur le trottoir. Au volant, ils trouvent une femme âgée aux propos incohérents.

Elle affirme d’abord avoir un rendez-vous médical à Saverdun. Problème : on est samedi, et le cabinet est fermé. Le trajet se transforme ensuite en voyage aux thermes d’Ussat, puis au casino de Salies-du-Salat.

Ce dernier détail pourrait expliquer les 11 000 euros qu’elle a sur elle. Devant la présidente, elle donnera deux versions. D’abord, elle voulait aller à l’hôtel après sa dispute. Puis elle dit avoir retiré l’argent après avoir entendu aux informations qu’on voulait « taper sur l’épargne des Français ».

Les tests de drogue et d’alcool sont négatifs. Son permis est valide, sa voiture assurée, son casier vierge. Alors, comment expliquer ce qui s’est passé ?

Entendue par les enquêteurs, elle évoque une dispute avec son conjoint le matin même. Son émotion aurait été aggravée par un accrochage subi par sa voiture quelques heures plus tard. Elle reconnaît le demi-tour sur la RN 20, assurant avoir « fait très attention ». Elle nie en revanche tout contresens aux allées de Villote.

La question du contrôle médical des conducteurs n’est pas loin, mais ici, c’est une autre pièce du dossier qui change la lecture des faits.

C’est l’expertise psychiatrique. Elle conclut à une abolition du discernement, avec des troubles de la mémoire et une confusion sévère au moment des faits. Autrement dit, la conductrice n’était pas en état de comprendre la portée de ses actes.

Reste à savoir ce que la justice fait d’une telle conclusion.

Voiture grise arrêtée à moitié sur le trottoir près d'un rond-point

« Madame n’est pas responsable pénalement » : l’audience bascule

Avant l’audience, les règles ont déjà été bousculées pour de nombreux conducteurs âgés. Un point de repères utile se trouve dans notre dossier sur ce qui change vraiment pour le permis après 70 ans. Mais devant la barre de Foix, personne ne parle de règle générale.

La présidente s’interroge sur l’argent liquide : « C’est quand même beaucoup d’argent, que comptiez-vous faire avec ça ? » Puis sur la mémoire. « J’étais pas dans un bon jour, je reconnais que j’étais un peu perdue », admet Arlette*, dont les souvenirs restent nébuleux.

Interrogée sur sa capacité à conduire aujourd’hui, elle répond oui. « D’habitude je suis très prudente », assure-t-elle, sous le regard peu convaincu de la cour. Son entourage lui a-t-il dit qu’elle semblait déboussolée ? « Un peu oui », répond-elle, avant de rappeler qu’elle fait encore « tout toute seule » à la maison.

La substitut du procureur est nette : « Les faits ont bien été commis, mais Madame n’est pas responsable pénalement, au vu de l’abolition de son discernement. » Elle pointe toutefois l’absence de prise de conscience de la dangerosité du comportement. Arlette* laisse échapper un petit cri offusqué.

Le parquet requiert l’annulation judiciaire du permis et l’interdiction de le repasser pendant un an. Maître Vercelonne s’y oppose. Il rappelle les états de service impeccables de sa cliente, que la justice n’avait jamais croisée avant ce jour.

Son argument principal : une procédure d’urgence est déjà engagée à la préfecture de l’Ariège. Elle comprend un contrôle médical et des heures de conduite dans une auto-école agréée. Le score d’Arlette* aurait été satisfaisant, sans mise en danger relevée. « Je vois mal pourquoi on demande cette annulation judiciaire », conclut-il.

Arlette* ajoute : « Je suis pas fière de moi, je me rends compte de ce que j’ai fait ! » Cela n’y change rien : la cour se montre prudente et suit en tout point les réquisitions. Le permis est annulé, avec interdiction de le repasser pendant un an.

Pourquoi cette décision pose une question qui dépasse l’Ariège

Le cas est singulier. Une personne jugée non responsable pénalement perd malgré tout son permis. Ce n’est pas une sanction au sens classique, c’est une mesure de sûreté, pensée pour protéger les autres usagers de la route.

Deux démarches ont donc coexisté. D’un côté, la procédure préfectorale, avec avis médical et évaluation pratique. De l’autre, la décision judiciaire, plus ferme. Selon La Dépêche du Midi, la cour n’a pas jugé la première suffisante pour écarter la seconde.

Le détail qui a pesé, d’après les débats, c’est le manque de prise de conscience relevé par le ministère public. Arlette* se dit capable de conduire, alors que l’expertise décrit une confusion sévère. Cet écart a probablement nourri la prudence des juges.

La suite dépend désormais de la situation de la retraitée. La préfecture poursuit sa procédure de son côté, et l’interdiction judiciaire court pendant un an. Il n’est pas précisé, dans le compte rendu, si un appel est envisagé.

Ce dossier rappelle surtout que la question de la validité du permis dans le temps concerne bien des familles. Et qu’un événement unique, un matin de dispute, peut suffire à tout faire basculer.

Pourtant, un autre sujet agite les conducteurs : la rumeur du macaron S pour les seniors, qui a fait bien plus de bruit que ce procès. Elle n’a presque rien à voir avec ce que décrit ce dossier ariégeois.

Ce qui frappe, c’est la dignité d’Arlette* à la barre. Elle revendique sa mémoire, son autonomie, ses années de travail. Mais un jour de juillet, un trajet hésitant a suffi à tout remettre en cause.

La justice a tranché sans juger la femme : elle a protégé la route. Une confusion de quelques heures, un permis suspendu pour un an.

Et si ce n’était pas le seul contresens qui défraie la chronique ? Sur les réseaux, ce défi TikTok qui pousse à rouler à contresens pour un like a déjà fait plusieurs morts en France. Et dans les Landes, cet automobiliste sans pare-brise qui a fui la police à travers quatre villages a fini sa course d’une manière que personne n’attendait.

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