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« J’ai été droguée par mon mari pendant 14 ans » : le rituel du thé du soir qui cachait l’horreur

Publié par Cassandre le 17 Juil 2026 à 11:13
« J'ai été droguée par mon mari pendant 14 ans » : le rituel du thé du soir qui cachait l'horreur

Un mari attentionné, une famille de quatre enfants, une vie qui ressemble à un conte de fées. C’est l’image que Zoe Watts a portée pendant 14 ans de mariage.

Derrière cette façade parfaite, son mari Ben la droguait chaque soir avec le sirop pour dormir de leur fils, avant d’abuser de son corps inconscient. Une histoire glaçante, révélée deux ans avant l’affaire Gisèle Pelicot.

Un geste tendre qui cachait un poison quotidien

Chaque soir, Ben préparait une tasse de thé pour Zoe avant le coucher. Un rituel qu’elle percevait comme une preuve d’amour, tant son mari cultivait les grands gestes romantiques.

« Il aimait ces démonstrations publiques. Il me sérénadait à l’église, réservait des rendez-vous chez le coiffeur en demandant au personnel de faire attention à moi », se souvient Zoe. « On avait l’air d’être la famille parfaite. »

Ce que Zoe ignorait : cette tasse de thé contenait du sirop somnifère destiné à leur fils, souffrant d’insomnies. Ben s’était arrangé pour « prendre en charge » ses ordonnances, détournant le médicament pour endormir sa propre femme.

Des migraines mises sur le compte du stress

Dès 2009, Zoe commence à souffrir de brouillard mental et de migraines invalidantes. Ben, plein de compassion apparente, attribue ces symptômes au stress et lui conseille de « lever le pied ».

Son médecin lui prescrit un traitement contre les migraines, sans savoir que ce n’était pas la seule substance qu’elle ingérait. « Les médicaments contre la migraine ont déjà un effet sédatif, donc ce qu’il faisait était potentiellement très dangereux », explique-t-elle aujourd’hui.

Des infections urinaires à répétition l’inquiètent aussi, sans qu’aucune explication ne soit trouvée. Zoe finit même par craindre une tumeur au cerveau et passe une IRM, terrifiée à l’idée du résultat.

La confession en pleine messe de la Saint-Valentin

En 2018, lors d’un office religieux, Ben annonce à sa femme qu’il a une « confession » à lui faire plus tard dans la journée. Rien ne pouvait préparer Zoe à ce qui allait suivre.

« C’était tellement froid », raconte-t-elle. « Il m’a dit qu’il avait eu une liaison avec mon amie pendant que j’étais enceinte de notre deuxième enfant. Et j’ai été te sédater pour avoir des rapports avec toi. Ce sont ses mots exacts. Il n’a jamais utilisé le mot drogue, ni le mot viol. »

Sonnée, Zoe choisit d’abord de se concentrer sur la trahison de l’infidélité, plus facile à appréhender que l’inavouable. « La sédation est devenue cette boîte que je n’étais pas prête à ouvrir. »

Femme sous le choc pendant un office religieux à l'église

Un mensonge tellement bien rodé qu’elle n’y croyait pas elle-même

Le couple tente même une thérapie de couple, qui tourne rapidement au fiasco. Lors d’une séance, Ben s’effondre en larmes pendant que Zoe tente d’évoquer les faits, et le thérapeute lui demande d’arrêter car son mari « ne peut visiblement pas gérer ».

Quelques semaines après la confession, Zoe fait une dépression nerveuse : perte de poids, crises d’angoisse, anxiété permanente. Sa famille pense qu’elle réagit à l’infidélité. Elle n’ose pas dire la vérité, incapable même de se l’avouer à elle-même.

Le déclic survient plusieurs mois plus tard, en se confiant à sa sœur pendant une crise de panique. C’est elle qui appelle leur mère, qui alerte immédiatement la police.

L’arrestation, un couteau, et une menace qui glace le sang

Le soir même, Ben rentre au domicile familial armé d’un couteau de type cutter. « Je ne comprendrai jamais pourquoi il a fait ça. Je pense que c’était pour m’intimider, et ça a marché parce que j’étais terrifiée », raconte Zoe, la voix brisée.

« Il m’a poursuivie en me narguant : Qu’est-ce que tu crois que je vais faire, te violer encore ? J’ai réussi à composer le 999. »

Ben est arrêté, interrogé 13 heures, puis libéré sous caution avec interdiction de contact. Mais il continue de rôder autour du domicile familial et des écoles des enfants, forçant Zoe à obtenir une ordonnance restrictive.

Un procès qui a mis quatre ans à aboutir

Il faudra attendre 2022 pour que l’affaire soit jugée à la Crown Court d’Exeter. Dix-huit mois plus tôt, le parquet avait même annoncé qu’il n’y aurait pas de poursuites, faute de preuves suffisantes. Zoe fait appel.

Pendant les cinq jours d’audience, elle découvre que Ben utilisait parfois des liens de contention pour maintenir son corps inconscient en place. « Ça m’a rendue malade. C’était un rappel que je ne saurai jamais exactement ce qu’il m’a fait. »

À la barre, Ben qualifie ses vidéos d’abus de « footage artistique » et prétend, mensongèrement, que se faire droguer était le fantasme de sa femme. Le jury n’est pas dupe : il est condamné à 11 ans de prison pour viol, agression sexuelle et administration d’une substance dans l’intention de faciliter un acte sexuel.

Deux ans avant l’affaire Pelicot, le même silence de la société

L’histoire de Zoe a éclaté deux ans avant que le monde entier ne découvre avec effroi le calvaire de Gisèle Pelicot, droguée et violée par son mari qui avait aussi livré son corps inconscient à des dizaines d’autres hommes.

« On nous éduque à craindre l’agression dans la rue, par un inconnu. On ne se méfie pas de la personne qui dort à côté de nous », résume Zoe. Un constat qui rejoint d’autres témoignages glaçants sur les violences conjugales silencieuses.

Elle reste marquée par la différence de traitement entre les deux affaires. « Le monde s’est arrêté pour son cas, pas parce que c’était son mari, mais parce qu’il y avait 50 autres hommes. Le monde ne s’est pas arrêté pour moi quand ce n’était que mon mari. »

Une campagne née de la colère et du silence

Ce constat a poussé Zoe à lancer la campagne #EndEyeCheck, en référence à cette pratique glaçante où les agresseurs soulèvent la paupière d’une victime pour vérifier qu’elle est bien inconsciente.

Son message est simple et implacable : « Il n’est pas nécessaire qu’il y ait plusieurs hommes. Juste votre mari qui fait ça suffit, et une seule fois est déjà une fois de trop. »

Zoe révèle aussi que Ben avait confié à son généraliste qu’il droguait sa femme pour avoir des rapports avec elle. Le médecin n’a jamais jugé bon de signaler ce fait comme une infraction. Un silence médical qui montre, selon elle, l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir.

Depuis qu’elle a levé son anonymat, Zoe a été contactée par des dizaines de femmes rapportant des situations similaires. Cette semaine encore, un homme de 47 ans a plaidé coupable devant un tribunal britannique pour avoir filmé des dizaines d’agressions sexuelles sur sa compagne inconsciente, pendant 11 ans.

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