Ex-ami d’enfance d’Albert II de Monaco, l’avocat Thierry Lacoste placé en garde à vue
Ils s’appelaient encore par leur prénom il y a quelques années. Aujourd’hui, l’un est derrière les portes closes de la Sûreté publique monégasque, l’autre a signé l’ordre de le poursuivre. L’histoire de Thierry Lacoste et du Prince Albert II ressemble à une amitié brisée qui finit devant les juges.

Depuis mercredi, l’avocat parisien est entendu par les enquêteurs monégasques. Il devait passer, ce jeudi soir, une seconde nuit dans les locaux de la police. Le parquet général, sollicité, refuse pour l’instant de confirmer ou d’infirmer l’information.
Un « G4 » qui a fait main basse sur la Principauté
Avant sa chute, Thierry Lacoste faisait partie des hommes les plus influents du Rocher. On le surnommait, avec trois autres proches du pouvoir, le « G4 » : l’ancien administrateur des biens de la Couronne Claude Palmero, l’ex-directeur de cabinet du Prince Laurent Anselmi, et l’ancien juge suprême Didier Linotte.
Ce quatuor a été mis à l’écart au printemps 2023. En cause : les fameux « Dossiers du Rocher », des révélations qui ont fissuré la confiance du Prince Albert II envers son entourage historique.
Tout part de l’automne 2021. Un corbeau anonyme met en ligne des centaines de documents, issus pour la plupart du piratage de la messagerie de Thierry Lacoste. Ces fuites suggèrent que les quatre hommes auraient davantage servi leurs intérêts personnels que ceux de la Principauté.
Le mystérieux dénonciateur n’a jamais été identifié. Mais les dégâts, eux, sont bien réels : Albert II a fini par bannir le quatuor de son cercle, puis par porter l’affaire devant la justice pénale.
Une plainte antérieure qui a déjà fait tomber un membre du G4
Le Souverain n’est pourtant pas le premier à avoir dégainé. Bien avant lui, le magnat de l’immobilier monégasque Patrice Pastor avait déposé plainte pour prise illégale d’intérêt, corruption, trafic d’influence et blanchiment.
Cette procédure a déjà eu une conséquence concrète : l’inculpation de Didier Linotte en juin 2025. Plus d’un an plus tard, elle vient de rattraper Thierry Lacoste à son tour, plaçant l’ancien meilleur ami du Prince dans une position délicate.
Un porte-parole de l’avocat confirme sa présence à Monaco « pour répondre à des questions dans le cadre d’une procédure ». Il dénonce toutefois une instruction « ouverte exclusivement sur la base de publications venant d’un site Internet anonyme manifestement complotiste ».
« Il est en garde à vue à cause d’un tissu de mensonges et de calomnies », affirme ce proche, évoquant « une pieuvre n’ayant pas de limites » en référence à un système qu’il qualifie de néo-mafieux. Une allusion à peine voilée à Patrice Pastor.
L’esplanade des Pêcheurs, un dossier à 136 millions d’euros
Parmi les questions qui pourraient occuper Thierry Lacoste depuis 48 heures, il y a le projet abandonné de l’esplanade des Pêcheurs, sur le port Hercule. L’État monégasque avait renoncé à cet aménagement, invoquant l’organisation du Grand Prix de F1.

Ce retrait de signature du gouvernement princier avait été jugé illégal par le Tribunal suprême, alors présidé par Didier Linotte. Résultat : une indemnité record de 136 992 000 euros accordée à son promoteur, Antonio Caroli.
Antonio Caroli est décédé en octobre dernier. Mais la sentence continue de courir, malgré une requête en rétractation introduite par l’État monégasque, une procédure inédite qui semble avoir peu de chances de prospérer.
Sauf à démontrer que le jugement était truqué. C’est précisément l’enjeu de l’instruction pénale en cours, qui s’intéresse aux éventuels liens d’affaires entre Antonio Caroli et Thierry Lacoste.
Une affaire qui rebat les cartes du pouvoir monégasque
Ce qui se joue dans les locaux de la Sûreté publique dépasse le simple cas d’un avocat parisien. C’est toute l’architecture du pouvoir monégasque des vingt dernières années qui semble vaciller.

Entre les millions en jeu, les accusations croisées et les silences officiels, l’instruction promet encore de nombreux rebondissements. Pour l’heure, Thierry Lacoste reste entendu, sans qu’aucune mise en examen n’ait été confirmée à ce stade.
Reste une certitude : l’amitié entre le Prince et son ancien confident semble bel et bien appartenir au passé.