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« Depuis 6 mois, plus personne ne me parle » : ce voisin veut faire payer le parking de son immeuble

Publié par Cassandre le 04 Sep 2026 à 9:30
Homme seul devant l'entrée d'un parking souterrain

Un parking souterrain partagé depuis quinze ans, deux immeubles, et une seule entrée. Jusqu’ici, personne n’y trouvait rien à redire à Altdorf, en Suisse. Puis un propriétaire a mis le doigt sur un détail administratif que tout le monde avait ignoré pendant plus d’une décennie, et la paix du quartier a volé en éclats. Ce qu’il réclame aujourd’hui à ses voisins va bien au-delà d’un simple différend de copropriété.

Un parking commun, une entrée unique, et un détail oublié depuis 2011

Jean-Pierre Steiger, 51 ans, a acheté son appartement en 2019 dans l’un des deux immeubles d’Altdorf. Comme la plupart des résidents, il utilisait sans problème le parking souterrain partagé, accessible par une entrée unique située sur la parcelle de son propre bâtiment. Ce genre de configuration, fréquente dans les copropriétés mitoyennes, repose généralement sur un accord tacite entre voisins.

Sauf qu’en 2022, le Suisse découvre une faille : lors de la construction des deux ensembles en 2011, aucun droit d’accès officiel n’a été inscrit au registre foncier. Autrement dit, les résidents de l’immeuble voisin empruntent chaque jour, légalement parlant, un terrain qui n’est pas le leur. Un oubli resté invisible pendant quinze ans, jusqu’à ce que quelqu’un décide de s’en saisir.

Ce type de zone grise administrative n’est pas isolé : les litiges liés à des limites de propriété mal définies reviennent régulièrement devant les tribunaux suisses comme français. Mais rarement avec une telle intensité entre deux immeubles qui cohabitaient jusque-là sans le moindre accroc.

Une réclamation financière qui a glacé tout le voisinage

Pour Jean-Pierre Steiger, la conclusion est limpide : cette absence de droit d’accès légal fait perdre de la valeur à son appartement. Il réclame donc une compensation financière aux résidents de l’immeuble d’en face, ceux-là mêmes qui traversent quotidiennement sa parcelle pour rejoindre le parking souterrain. Il a même sollicité des experts immobiliers pour chiffrer précisément ce manque à gagner.

Son raisonnement s’appuie sur une responsabilité qu’il attribue directement à l’architecte et au notaire de l’époque. « Il y a 15 ans, l’architecte a vendu des places de parking sans accès légal », tranche-t-il, s’interrogeant sur la vigilance du notaire lors de la certification de l’extrait du registre foncier. Une manière de reporter la faute sur les professionnels d’hier, tout en réclamant réparation aux voisins d’aujourd’hui.

Fait notable : les résidents de son propre immeuble pourraient, eux aussi, théoriquement prétendre à une indemnisation. Ils ont pourtant choisi de se désolidariser complètement de la démarche. Comme dans certains conflits de voisinage récurrents, la solidarité de façade s’effrite dès qu’un habitant décide de porter l’affaire seul.

Rampe d'accès d'un parking souterrain d'immeuble vide

« Rien n’est gratuit » : l’isolement total d’un homme convaincu d’avoir raison

Le prix social de cette croisade juridique est lourd. Jean-Pierre Steiger le reconnaît lui-même sans détour : « Depuis six mois, pratiquement personne ne m’adresse plus la parole. » Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur de la rupture avec l’ensemble de son voisinage, dans un immeuble où la cohabitation était pourtant restée paisible pendant quinze ans, un peu à l’image de ces tensions de voisinage qui dégénèrent parfois pour des motifs bien plus anodins.

Les autres copropriétaires, eux, ne comprennent tout simplement pas ce combat. « Tous ceux qui ont acheté un appartement savaient que le parking souterrain était là et qu’il ne disposait que d’un seul accès », rappellent-ils, jugeant qu’aucun riverain n’a intérêt à un litige aussi long et coûteux. Steiger balaye l’argument d’une formule qui claque : « Rien n’est gratuit. »

Contacté par Blick, un avocat spécialisé en droit immobilier, Me Damian Stocker, confirme que le quinquagénaire a de bonnes chances de faire reconnaître son préjudice devant un tribunal. Mais il tempère aussitôt : « On ne peut toutefois pas s’attendre à des sommes importantes. » Une procédure longue, coûteuse, et potentiellement moins rentable que les frais qu’elle engendrera — un scénario qui rappelle d’autres différends de charges entre voisins où la loi tranche parfois à l’opposé de ce qu’espérait le plaignant.

Un droit d’accès oublié depuis 2011, un homme prêt à tout pour le faire reconnaître, et un immeuble entier qui ne lui parle plus : la facture de ce silence pourrait finalement dépasser celle du parking. Reste à savoir si la justice suisse lui donnera raison — ou si ce sera, comme le redoute déjà son avocat, une victoire à Pyrrhus.

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