Un conducteur britannique se sert de ChatGPT pour contester une amende durant trois ans, et obtient gain de cause

Une amende de parking, tout le monde connaît. Et tout le monde ou presque finit par payer, juste pour ne plus y penser. Rafal Gorfal, lui, a refusé de lâcher l’affaire, pendant trois longues années. Une série de courriers, une audience en vue, et un chatbot devenu son conseiller. Reste à savoir comment tout cela s’est terminé.
Seize minutes de retard, et une facture qui n’a jamais cessé de grossir
Tout commence en août 2023, dans un parking payant de Newquay, en Angleterre. Rafal Gorfal, originaire de l’Essex, y gare sa voiture. Selon son récit, une longue file d’attente s’est formée devant l’horodateur.
Quand vient son tour, mauvaise surprise : la machine n’accepte que les espèces. Il doit alors télécharger l’application RingGo, créer un compte et payer depuis son téléphone. Tout ça prend du temps.
Deux semaines plus tard, le courrier arrive : 100 £ d’amende. Motif invoqué : le paiement n’a été effectué que seize minutes après son entrée dans le parking. Gorfal, lui, estime que ce délai vient directement de l’attente et de la mise en place du paiement mobile.
Il dépose un premier recours un mois après la réception du procès-verbal, auprès de Smart Parking Limited. Et là, le silence. Il explique à The Independent n’avoir rien reçu jusqu’en janvier 2024.
Le genre de situation qui rappelle que les petits litiges du quotidien peuvent vite tourner à l’obsession, comme ce que la loi autorise vraiment un restaurateur à facturer. Mais que s’est-il passé en janvier ?
Une lettre à 170 £, un dossier gelé, puis un an et demi sans nouvelles
En janvier 2024, la réponse tombe enfin. Ce n’est pas celle qu’il attendait : une lettre de recouvrement lui réclame cette fois 170 £. L’amende a déjà bien grossi.
Gorfal affirme avoir contesté immédiatement. Il détaille les difficultés rencontrées ce jour-là. Il estime aussi que les images des caméras du parking suffisent à montrer les démarches qu’il avait entreprises pour payer.
Pendant environ quatre mois, les échanges se poursuivent avec les sociétés de recouvrement. Puis le dossier est mis en suspens. Plus rien.
Près d’un an et demi s’écoule sans le moindre message. Dans ce genre de procédure, le temps joue souvent contre celui qui paie de sa poche : on finit par oublier, ou par abandonner. Ce n’est pas ce qu’il a fait. Et pour comprendre pourquoi les délais comptent autant, ces délais de contestation qui font perdre leurs droits à des propriétaires en donnent une idée.
Puis un courrier arrive, enfin. Il annonce une audience au tribunal, prévue en octobre 2026. Soudain, l’affaire devient très sérieuse.
Face à cette perspective, Gorfal doit préparer une défense solide. Seul. C’est là qu’un outil qu’il connaissait déjà entre en scène : ChatGPT. Et l’usage qu’il en a fait est assez précis.

Le dossier de lettres confié à ChatGPT
Ses recours précédents ne l’avaient mené nulle part. Pour son lancement judiciaire, comme tant de consommateurs qui découvrent que la loi dit parfois le contraire de ce qu’on leur réclame, il a décidé de s’appuyer sur ce qu’il avait : des papiers.
Car Gorfal avait tout gardé. Chaque lettre reçue pendant le litige était conservée. Il a transmis ces documents au chatbot pour obtenir des explications et préparer ses réponses.
Selon lui, ChatGPT l’a guidé sur les démarches à effectuer, sur les formulations à utiliser et sur la préparation de la défense finalement envoyée au tribunal. Un vrai coup de main face à un jargon administratif souvent opaque.
Il avait aussi contacté Citizens Advice, mais son aide lui avait semblé moins efficace dans cette affaire précise. C’est son témoignage, rapporté par la presse britannique : aucun avis juridique indépendant ne confirme que l’outil ait été décisif.
Le 25 septembre, quelques semaines avant l’audience, un e-mail arrive. Le dossier et l’amende sont abandonnés. Trois années de contestation prennent fin, alors que la somme avait atteint environ 300 £.
Ce que cette victoire dit (et ne dit pas) de l’IA face aux grandes entreprises
Gorfal le dit lui-même : l’argent n’était pas le vrai moteur. L’enjeu, c’était le principe. Une personne convaincue d’avoir respecté ses obligations ne devrait pas payer simplement parce qu’une grande entreprise a plus d’avocats et plus de moyens.
Il compare sa bataille à celle de « David contre Goliath ». L’image est parlante, même si la fin du dossier reste un peu mystérieuse. Selon le papier source, Smart Parking Limited n’avait pas commenté le différend au moment de la publication.
Autrement dit, on ignore pourquoi le dossier a été abandonné. Rien ne prouve que la défense préparée avec ChatGPT en soit la cause directe : c’est la lecture de l’automobiliste, pas un fait établi.
Ce qui est sûr, c’est que l’outil a servi à décoder des courriers, à structurer une réponse et à tenir sur la durée. Dans les litiges de ce genre, tenir est déjà une victoire.
Ce type de bataille de longue haleine rappelle d’autres histoires de simples citoyens face à des systèmes bien plus gros, comme ce propriétaire qui a sorti son mètre ruban face à l’avis de taxe foncière. Il faut garder ses preuves, tout dater, et ne pas se laisser épuiser.
Et le sujet touche aussi aux limites de ces outils. Quand une IA est mêlée à la justice, les débats ne sont jamais loin : la phrase choc d’un procureur américain contre ChatGPT montre l’autre face du miroir.
Trois ans pour 100 £ : le temps long a fini par payer, et le chatbot a servi de boussole. Et si le plus fort, dans ce genre de bras de fer, n’était pas celui qui a le plus d’avocats mais celui qui garde tous ses papiers ?
Si les histoires de droits bafoués vous accrochent, ce que votre patron n’a pas le droit de vous imposer pourrait bien vous faire relire votre contrat. Et si vous aimez les coups de théâtre, ce que cet acheteur a découvert dans la boîte à gants de sa Porsche vaut le détour.