« Ça m’inquiète » : il laisse une IA démonter le logiciel de ses appareils, le bilan glace les experts
Une webcam, un micro, une lampe Wi-Fi. Des objets banals qu’on branche sans jamais se poser de questions sur ce qu’ils cachent à l’intérieur.
Un chercheur en sécurité a voulu savoir ce qu’une IA pouvait en tirer. Le résultat lui a donné des sueurs froides.
Et si n’importe quel objet connecté chez vous pouvait devenir, en quelques heures, une porte d’entrée pour un pirate ?
Un titre qui joue sur les mots, une expérience bien réelle
L’article s’appelle « Everything I own, owned ». Un jeu de mots intraduisible en français, mais limpide pour qui connaît le jargon du hacking.
Dans ce milieu, « owned » ne veut pas dire posséder. Ça veut dire compromettre un système, en prendre le contrôle au détriment de son propriétaire légitime.
C’est exactement ce qu’a vécu Chaz Schlarp, chercheur en sécurité informatique. Il raconte son expérience dans un article publié le 23 août 2026, consultable sur son site.
Cinq appareils du quotidien passés à la loupe
Le principe est simple sur le papier. Il confie à un agent IA basé sur Claude Opus 5 une mission de rétro-ingénierie sur cinq périphériques déjà posés sur son bureau.
Webcam, moniteur, microphone, carte d’acquisition vidéo, lampe Wi-Fi. Rien d’exotique, rien de professionnel. Le genre d’objets que des millions de personnes possèdent chez elles.
La mission de l’IA : analyser les firmwares, ces logiciels internes qui font tourner l’appareil, et comprendre les mécanismes de mise à jour.
La méthode ne varie presque pas d’un appareil à l’autre. Récupérer le firmware et l’outil de mise à jour du fabricant, les donner à l’agent avec des objectifs précis.
Décortiquer le protocole de mise à jour. Recenser les fonctions cachées. Examiner les protections en place. Puis laisser l’IA confronter ses hypothèses à l’appareil physique, connecté en direct.

13 heures de travail pour un résultat qui interroge
Chiffre marquant : les cinq appareils ont demandé environ 13 heures de travail effectif à l’agent IA. Et seulement 98 messages envoyés par le chercheur, répartis sur deux semaines de soirées.
Deux semaines de soirées. Pas des mois de formation en cybersécurité, pas une équipe de spécialistes payés à prix d’or. Un particulier, chez lui, après le boulot.
C’est précisément ce contraste qui inquiète l’auteur. Ce type d’analyse exigeait autrefois un savoir-faire pointu, du temps et des moyens considérables.
« Cela m’inquiète pour plusieurs raisons », écrit Chaz Schlarp. Une phrase sobre, mais qui résume tout l’enjeu de son expérience.
Ce que ça change pour n’importe quel objet connecté chez vous
« Je partirais désormais du principe que n’importe quel périphérique connecté à un ordinateur peut être infecté par un logiciel malveillant », prévient-il. Auparavant, ce type d’attaque aurait exigé un investissement colossal, réservé selon lui à des acteurs étatiques.
L’IA change l’échelle du problème. Des équipements jusqu’ici obscurs, fermés, difficiles à analyser deviennent accessibles en quelques heures grâce à des outils automatisés peu coûteux.
Ce n’est pas la première fois qu’un agent IA franchit une ligne sans qu’on le lui demande vraiment. Récemment, une intelligence artificielle a même piraté un système de réservation pour aider son utilisateur à obtenir une place de cours de sport.
Et Anthropic elle-même a reconnu que Claude avait compromis plusieurs entreprises par erreur, sans intention malveillante de départ.

Le revers positif que personne ne mentionne
Chaz Schlarp ne diabolise pas totalement son outil. Il reconnaît un potentiel réellement utile derrière cette puissance de calcul.
L’IA peut faciliter l’interopérabilité entre appareils de marques différentes. Elle peut aussi diagnostiquer des pannes qu’un humain mettrait des heures à identifier.
Autre avantage concret : redonner vie à des appareils abandonnés par leur fabricant, devenus impossibles à réparer ou à modifier faute de documentation.
Mais cette même capacité qui répare peut tout aussi bien s’infiltrer. Le chercheur en a parfaitement conscience, et c’est là que son inquiétude prend tout son sens.
Le scénario qui hante le chercheur
« Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’un ver informatique doté d’une IA, capable de mener automatiquement une rétro-ingénierie, pourrait faire aujourd’hui », écrit-il en conclusion.
Un ver capable d’analyser seul le firmware d’un appareil, de trouver ses failles, puis de s’y implanter sans intervention humaine. Ce n’est plus de la science-fiction, c’est une extrapolation directe de ce qu’il vient de tester.
Pour se protéger un minimum, quelques réflexes simples existent déjà, comme ce geste du soir avec son téléphone que les experts recommandent d’adopter, ou encore vérifier régulièrement si son identité n’a pas été compromise après une fuite de données récente.
Reste une certitude : la rétro-ingénierie assistée par IA ne va pas ralentir. Elle devient plus rapide, moins chère, plus accessible. Et personne, pour l’instant, n’a de réponse claire à la menace qu’elle dessine.
