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Fleming rentre de vacances en 1928 : ce qu’il trouve dans une boîte oubliée n’était ni un échec ni un déchet

Publié par Elsa Fanjul le 20 Sep 2026 à 19:02

À retenir

  • Le 3 septembre 1928, Alexander Fleming redécouvre accidentellement la pénicilline à Londres.
  • Un médecin français, Ernest Duchesne, avait déjà décrit cet antagonisme entre moisissures et microbes dès 1897, dans une thèse restée oubliée.
  • Ce n’est qu’en 1940 que Howard Florey, Ernst Chain et Norman Heatley parviennent à produire la pénicilline en quantité suffisante pour soigner un organisme vivant.
Boîte de Petri avec moisissure et halo bactérien

Un laboratoire en désordre et une thèse oubliée depuis 1897

Avant Fleming, il y a eu Ernest Duchesne. En 1897, ce médecin français soutient une thèse intitulée « Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes ». Il y décrit déjà l’antagonisme entre la bactérie Escherichia coli et la moisissure Penicillium glaucum.

Sa découverte aurait pu bouleverser la médecine trente ans plus tôt. Mais ses travaux sombrent dans l’oubli, sans que personne n’en tire les conséquences pratiques.

Il faudra attendre un chercheur écossais, dans un laboratoire londonien réputé pour son désordre, pour que l’histoire reparte. Ce chercheur s’appelle Alexander Fleming.

Une boîte de culture délaissée révèle un halo qui ne devrait pas exister

En 1928, Fleming travaille sur le staphylocoque, une bactérie courante. Avant de partir en congé, il laisse traîner plusieurs boîtes de culture sur sa paillasse, sans plus de précaution.

À son retour, le 3 septembre 1928, une boîte a été contaminée par une moisissure du genre Penicillium. Autour de cette moisissure, un détail attire son œil : un halo clair où les colonies de staphylocoques ont tout simplement disparu.

La moisissure sécrète une substance capable de détruire les bactéries à proximité. Fleming vient de redécouvrir, sans le chercher, ce que Duchesne avait déjà observé trente ans plus tôt.

Il baptise cette substance « pénicilline », du nom du champignon Penicillium, le 7 mars 1929. Mais identifier un phénomène est une chose ; en faire un médicament en est une autre, bien plus difficile.

Fleming abandonne, deux chercheurs d’Oxford reprennent le flambeau douze ans plus tard

Flacon ancien de pénicilline sur plateau métallique

C’est là que le récit prend un tournant que peu connaissent. Fleming travaille plusieurs années à tenter de purifier son extrait de moisissure, sans y parvenir de façon exploitable.

La pénicilline qu’il obtient reste instable, difficile à isoler et produite en quantités trop faibles pour un usage médical. Le projet reste, pendant plus d’une décennie, une curiosité de laboratoire plutôt qu’un traitement.

Le vrai bond en avant se joue à Oxford, en 1940. Une équipe menée par le pharmacologue australien Howard Florey et le chimiste Ernst Chain, avec le biologiste Norman Heatley, met au point une méthode pour produire assez de pénicilline pour traiter un organisme vivant.

La formule exacte de la molécule sera ensuite déterminée grâce aux travaux de Dorothy Hodgkin et Barbara Low, à Oxford, en collaboration avec Charles William Bunn et Anne Turner-Jones. Le médicament entre en usage humain à partir de 1941.

La suite se joue en pleine Seconde Guerre mondiale. Dès 1942, l’usine Eli Lilly de Terre Haute, dans l’Indiana, produit 40 milliards d’unités de pénicilline par mois dans des réservoirs de 50 000 litres.

En 1945, le prix Nobel de physiologie ou médecine récompense conjointement Fleming, Florey et Chain. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : dès 2001, la communauté scientifique observe une résistance croissante des bactéries à cet antibiotique autrefois miracle.

Cette résistance s’est révélée réversible : la proportion de pneumocoques résistants à la pénicilline est passée de 47 % en 2001 à 22,3 % en 2014, grâce notamment aux campagnes de réduction de la consommation d’antibiotiques. Un siècle après l’oubli de Duchesne, la course entre bactéries et molécules n’est toujours pas terminée.

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