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Laïka, chienne errante de Moscou, devient la première à orbiter autour de la Terre : ce qu’on a caché sur sa fin

Publié par Elsa Fanjul le 07 Nov 2026 à 13:27

Imaginez une petite chienne qui fouille les poubelles de Moscou pour ne pas mourir de faim. Quelques semaines plus tard, elle est seule dans une capsule, au-dessus de nos têtes, à plus de 200 kilomètres d’altitude.

C’était il y a presque 70 ans, le 3 novembre 1957. Son nom a fait le tour du monde, mais la vérité sur ses derniers instants, elle, est restée enfermée pendant des décennies.

Une chienne des rues choisie pour sa patience

Elle n’avait rien d’une star. Laïka était une chienne errante, de taille moyenne, attrapée dans les rues de Moscou. Elle pesait environ six kilos et avait un caractère calme.

Les ingénieurs soviétiques avaient une logique froide : une bête des rues a déjà connu la faim, le froid et les coups. Elle supporterait mieux l’enfermement qu’un chien de concours. Une vingtaine de chiens ont ainsi été recrutés, tous des bâtards.

Laïka s’appelait d’abord Kudryavka, « petite frisée ». Son nom définitif vient d’une race de chiens de chasse russes, dont le mot signifie « aboyeuse ». Un détail charmant, pour un destin qui l’était beaucoup moins.

Et le plus étonnant, c’est la vitesse à laquelle tout s’est joué.

Un vaisseau bâclé en quatre semaines

Petite chienne errante dans une rue enneigée de Moscou

Quand Spoutnik 1 file dans le ciel, le 4 octobre 1957, le monde sidéré découvre que l’URSS a pris de l’avance. Nikita Khrouchtchev veut remettre ça pour l’anniversaire de la Révolution, un mois plus tard.

Les ingénieurs ont donc quatre semaines pour inventer un vaisseau habité. Le satellite de 83 kg qui a ouvert la course spatiale n’avait aucun passager. Là, il faut tout concevoir : l’air, la nourriture, la température.

Dans l’urgence, une chose est sacrifiée : le retour. Personne ne sait encore comment ramener un vaisseau sur Terre sans qu’il brûle. Laïka est donc embarquée pour un voyage dont tout le monde sait déjà qu’il n’aura pas de retour.

Les ingénieurs le savaient. Et la chienne, elle, avait déjà vécu des semaines de préparation éprouvantes.

Des semaines d’entraînement dans des cages minuscules

Pour l’habituer à sa future cabine, on enferme les chiens dans des cages de plus en plus étroites, parfois pendant vingt jours. Ils doivent aussi manger un gel nutritif, supporter le bruit des moteurs et les centrifugeuses qui simulent le décollage.

Les chiens perdent du poids, leur cœur s’emballe, certains cessent de manger. Laïka tient bon. Le docteur Vladimir Yazdovsky, qui la suit de près, lui trouve un tempérament idéal : calme, docile, curieuse.

La veille du départ, il l’emmène chez lui, jouer avec ses enfants. Des années plus tard, il confiera qu’il s’en voulait de l’envoyer là-haut et qu’il voulait simplement lui offrir un dernier moment de vie.

Reste à savoir ce qui s’est vraiment passé une fois la fusée partie.

3 novembre 1957 : le décollage de Spoutnik 2

Laïka est installée dans la capsule plusieurs heures avant le lancement, sous le froid du cosmodrome de Baïkonour. Des capteurs sont fixés sur son corps pour mesurer son pouls, sa respiration et sa tension.

Le décollage a lieu le 3 novembre. Au moment de l’accélération, son rythme cardiaque est trois fois plus rapide que la normale. Puis elle se calme progressivement une fois en orbite et mange même un peu de sa nourriture gélifiée.

Elle devient ainsi le premier être vivant à tourner autour de la Terre. Le monde entier retient son souffle, entre fascination et malaise. Des associations de protection animale protestent dès les premiers jours, partout en Occident.

Le communiqué officiel soviétique, lui, racontait une tout autre fin.

La version officielle : une mort douce et sereine

Vétérinaire soviétique tenant un chien dans une cage d'entraînement

Moscou annonce d’abord que Laïka va très bien. Puis elle explique qu’elle a vécu quelques jours, avant de s’endormir paisiblement grâce à une dose de poison placée dans sa nourriture. Une mort sans douleur, en somme.

On parle aussi d’un épuisement de l’oxygène au bout d’une semaine. Selon les versions, la date change, mais le récit reste le même : une fin douce, presque tendre, pour calmer l’opinion publique mondiale.

Pendant plus de quarante ans, personne ne conteste vraiment. Les archives sont fermées, les témoins se taisent, et l’URSS préfère garder ses secrets. Laïka devient un symbole, une légende, un timbre-poste.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour que la vérité éclate.

2002 : ce qu’on a appris 45 ans plus tard

En 2002, un scientifique russe, Dimitri Malachenkov, prend la parole lors d’une conférence à Houston. Il révèle que Laïka est morte quelques heures seulement après le lancement, et non au bout de plusieurs jours.

La raison ? Une surchauffe. Le système de régulation thermique de la capsule a mal fonctionné. La température à l’intérieur a grimpé à plus de 40 °C, et la chienne n’a pas survécu à la chaleur.

Autrement dit, ni poison dans la gamelle, ni asphyxie lente. Elle serait morte de stress et de chaleur, probablement entre cinq et sept heures après le départ. Tout le reste n’était qu’un récit de communication, comme l’explique cette enquête sur la vraie cause de sa mort.

Sa capsule, elle, a continué de tourner autour de la planète.

Cinq mois en orbite, puis la désintégration

Spoutnik 2 a poursuivi son chemin silencieusement, avec la dépouille de Laïka à bord. Il a bouclé environ 2 570 tours de la Terre avant de rentrer dans l’atmosphère, le 14 avril 1958, où il s’est désintégré.

Cette chute en flammes a longtemps été vue comme une sorte de cérémonie funèbre involontaire. Une étoile filante, au sens le plus littéral, comme un adieu à celle qui avait ouvert la voie aux voyages spatiaux.

Dans les années qui suivent, les chercheurs soviétiques perfectionnent leurs capsules. Les chiens Belka et Strelka reviennent vivants de l’espace en 1960. Et en avril 1961, Youri Gagarine devient le premier homme à effectuer le même voyage.

Pour Laïka, la reconnaissance, elle, est arrivée bien plus tard.

Une statue, des regrets et un héritage

Fusée soviétique sur son pas de tir à Baïkonour en 1957

En 1998, Oleg Gazenko, l’un des scientifiques qui avaient préparé le vol, a eu ces mots restés célèbres : « Plus le temps passe, plus je regrette. Nous n’aurions pas dû le faire. Nous n’avons pas appris assez de cette mission pour justifier la mort du chien. »

En 2008, une statue de Laïka a été érigée à Moscou, près du centre de recherche militaire où elle s’était entraînée. La petite chienne y apparaît debout, au sommet d’une fusée qui prend la forme d’une main tendue.

Son histoire continue de fasciner, car elle pose une question que la science n’a jamais vraiment tranchée : jusqu’où peut-on aller pour progresser ? Et que doit-on aux animaux qui ont ouvert le chemin avant nous ?

Ce fameux 3 novembre, la date de son départ, figure aussi parmi les journées marquantes de la conquête spatiale. Elle mérite d’être racontée comme ce qu’elle fut : l’histoire d’un chien errant devenu légende, et d’un secret d’État qui a tenu presque cinquante ans.

Si le sujet vous passionne, d’autres dates de la course à l’espace cachent des histoires tout aussi surprenantes.

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