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9 000 milliards : le nombre de mégots jetés chaque année dans le monde — et où ils finissent vraiment

Publié par le 10 Juin 2026 à 8:01

Tu connais probablement le geste : un dernier coup sur la cigarette, on écrase le mégot par terre, et on passe à autre chose. Sauf que ce petit cylindre de 2 centimètres est en réalité le déchet le plus répandu sur la planète. Et le chiffre derrière cette habitude est si énorme qu’il donne le vertige.

Un chiffre que même les scientifiques ont du mal à visualiser

Chaque année, environ 9 000 milliards de mégots de cigarettes sont jetés dans l’environnement à travers le monde. Pour donner un ordre d’idée, ça représente plus de 1 200 mégots par être humain vivant sur Terre, bébés compris.

Trottoir urbain jonché de milliers de mégots de cigarettes

Si tu alignais ces 9 000 milliards de filtres bout à bout, tu obtiendrais une ligne capable de faire plus de 800 fois l’aller-retour Terre-Soleil. On parle d’un objet qui pèse moins d’un gramme à l’unité, mais dont le volume cumulé défie l’imagination.

Quand on sait que l’humanité fume 11 000 milliards de cigarettes chaque année, cela signifie que plus de 80 % des mégots finissent ni dans une poubelle, ni dans un cendrier. Ils finissent simplement… par terre.

Ce déchet minuscule est en réalité le champion absolu des déchets ramassés lors des opérations de nettoyage des plages et des villes. Devant les bouteilles en plastique, devant les sacs, devant les canettes. Mais la taille ne fait pas tout : c’est surtout ce qu’il contient qui pose problème.

Le filtre d’une cigarette n’est pas ce que tu crois

La plupart des gens pensent que le filtre est en coton ou en papier. En réalité, il est composé d’acétate de cellulose, un plastique dérivé du pétrole. Ce matériau met entre 10 et 15 ans à se décomposer dans la nature, parfois davantage en milieu sec.

Mégot de cigarette usagé se décomposant dans une flaque d'eau

Pendant cette lente dégradation, chaque mégot relâche dans l’environnement jusqu’à 7 000 substances chimiques différentes. Parmi elles, du plomb, du cadmium, de l’arsenic et des goudrons. Un seul mégot peut contaminer jusqu’à 500 litres d’eau.

Des chercheurs de l’université anglaise d’Anglia Ruskin ont démontré en 2019 que la présence de mégots dans le sol réduit la germination du trèfle de 27 % et celle des graminées de 10 %. Autrement dit, un filtre jeté dans l’herbe empêche littéralement l’herbe de pousser autour de lui.

La toxicité ne s’arrête pas aux plantes. Des études menées sur des poissons d’eau douce ont montré qu’un seul mégot immergé dans un litre d’eau pendant 24 heures suffit à tuer la moitié des poissons exposés. Mais le problème ne se limite pas à la chimie.

Un pollueur invisible dans les océans

Selon l’ONG Ocean Conservancy, les mégots représentent environ un tiers de tous les déchets collectés dans les océans et sur les littoraux du monde. Lors de la journée mondiale de nettoyage des plages en 2023, plus de 2,4 millions de mégots ont été ramassés en une seule journée.

L’eau de pluie entraîne les filtres jetés sur les trottoirs vers les bouches d’égout, puis les rivières, puis la mer. À Paris, on estime que la pollution invisible liée aux mégots représente environ 350 tonnes de déchets par an, rien que pour la capitale.

Une fois dans l’océan, les filtres en acétate de cellulose se fragmentent en microplastiques. Ces particules sont ensuite ingérées par les organismes marins, des plus petits planctons jusqu’aux tortues et oiseaux de mer. Des mégots ont été retrouvés dans l’estomac de 70 % des oiseaux marins étudiés dans certaines zones du Pacifique.

Le plus troublant, c’est que les fumeurs ne sont pas les seuls responsables. L’industrie du tabac a longtemps encouragé l’idée que le filtre rendait la cigarette « moins nocive », alors que la communauté scientifique affirme que son bénéfice sanitaire est quasi nul. Reste à savoir ce que la France fait face à cette montagne invisible.

La France, championne d’Europe d’un drôle de classement

Avec environ 12 millions de fumeurs quotidiens, la France jette chaque année autour de 30 milliards de mégots dans ses rues, ses parcs et ses plages. C’est l’un des taux les plus élevés d’Europe occidentale, rapporté à la population.

Depuis 2021, les fabricants de tabac sont tenus de financer le ramassage de ces déchets dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur (REP). L’éco-organisme Alcome, créé pour l’occasion, collecte une contribution auprès des industriels pour distribuer des cendriers publics et financer des campagnes de sensibilisation.

Le montant ? Environ 80 millions d’euros par an. Ça paraît beaucoup, mais ramené au nombre de mégots jetés, cela revient à moins de 0,003 euro par filtre. Une goutte d’eau face au coût réel du nettoyage, estimé à plusieurs centaines de millions pour les collectivités.

À l’échelle mondiale, une étude publiée dans la revue Tobacco Control estime que les mégots coûtent entre 18 et 25 milliards de dollars par an en frais de nettoyage et de dépollution. Un chiffre qui rappelle les dépenses colossales de l’humanité pour gérer ses propres déchets. Pourtant, des solutions existent déjà.

Des filtres biodégradables aux amendes salées : ce qui change

Plusieurs pays ont durci leur législation. En France, jeter un mégot par terre est passible d’une amende de 135 euros depuis 2018. À Singapour, c’est 300 dollars pour la première infraction, et jusqu’à 1 000 dollars en cas de récidive.

Côté innovation, des startups françaises comme MéGO! recyclent les filtres usagés en mobilier urbain. L’entreprise bretonne transforme les mégots collectés en plaques de plastique recyclé, utilisées pour fabriquer des bancs, des tables ou des panneaux de signalisation.

L’Union européenne, de son côté, envisage d’interdire purement et simplement les filtres en acétate de cellulose d’ici 2030. Des chercheurs néo-zélandais ont développé un filtre à base d’amidon de maïs, biodégradable en quelques mois. Le problème : l’industrie du tabac freine des quatre fers, car le filtre reste un argument de vente puissant.

En attendant, les 9 000 milliards de mégots annuels continuent de s’accumuler. À ce rythme, le poids total des filtres jetés depuis l’invention de la cigarette à filtre dans les années 1950 dépasse largement les volumes de certains matériaux qu’on pensait bien plus imposants.

La prochaine fois que tu verras un mégot sur un trottoir, rappelle-toi qu’il a 8 999 999 999 999 compagnons quelque part sur la planète. Et que chacun d’entre eux met plus d’une décennie à disparaître — sans jamais vraiment disparaître. 🚬

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