La cabine d’essayage des grands magasins parisiens en 1965 vue en photos surprend tout le monde
En 1965, essayer une robe au Printemps ou aux Galeries Lafayette n’avait rien d’anodin. C’était un moment presque cérémonial, encadré par une vendeuse attitrée et un rideau de velours lourd. Soixante ans plus tard, ce rituel a disparu au profit d’un espace minimaliste, parfois même remplacé par un simple QR code sur un smartphone.
Le rituel oublié des grands magasins
Dans les années 60, la cabine d’essayage n’était pas un simple réduit avec un miroir. C’était une petite pièce capitonnée, tapissée de velours rouge ou bordeaux, avec un fauteuil pour accompagner l’attente.
Une vendeuse en tailleur noir suivait la cliente du rayon jusqu’à la cabine. Elle apportait elle-même les tailles, ajustait les épingles si besoin, donnait son avis sur la coupe.
Le libre-service commençait tout juste à s’imposer dans l’alimentaire, mais dans la mode, le service personnalisé restait la norme absolue.

Le miroir, lui, était souvent triple : un panneau central et deux volets latéraux inclinables, pour voir son reflet sous tous les angles. Un dispositif que l’on ne retrouve quasiment plus aujourd’hui, sauf dans quelques maisons de couture haut de gamme.
L’éclairage jouait aussi un rôle. Chaud, tamisé, presque flatteur, il donnait à chaque cliente l’impression d’être dans un petit théâtre privé rien que pour elle.
Ce soin apporté au détail avait un but commercial clair : transformer l’essayage en expérience mémorable, pas en simple formalité. Mais cette mise en scène allait bientôt se heurter à une réalité économique implacable.
Ce que la cabine est devenue aujourd’hui
Direction 2026. La cabine d’essayage moderne tient plutôt du cagibi fonctionnel : cloisons en stratifié blanc, rideau en tissu synthétique fin, parfois même une simple porte coulissante en plastique.
Le miroir est unique, plat, souvent positionné à l’extérieur de la cabine dans un espace commun. Fini le triptyque qui permettait d’admirer son dos ou son profil sans se contorsionner.

La vendeuse a quasiment disparu du parcours. Dans la majorité des enseignes de prêt-à-porter, la cliente choisit seule, essaie seule, et ne croise un employé qu’à la caisse.
Certaines chaînes ont même digitalisé l’expérience. Des cabines connectées avec écran tactile permettent de commander une autre taille sans sortir, livrée par un bras robotisé ou un employé discret.
D’autres enseignes, comme Zara dans plusieurs de ses flagships, testent des cabines avec miroir intelligent qui scanne l’étiquette du vêtement et propose direct des articles assortis. Le contact humain a cédé la place à l’interface tactile.
Mais alors, comment est-on passé du salon capitonné à la cabine minimaliste en quelques décennies à peine ?
Pourquoi ce basculement s’est produit
La première explication est économique. Dans les années 70 et 80, la mode s’est démocratisée à vitesse grand V avec l’arrivée de la fast fashion et des grandes chaînes comme C&A ou Kiabi.
Employer une vendeuse par cliente devenait intenable financièrement quand les volumes de vente explosaient et que les marges se resserraient sur chaque pièce vendue.
Le second facteur est la standardisation des tailles. Dans les années 60, les vêtements nécessitaient souvent des ajustements sur mesure, d’où la présence indispensable d’une professionnelle pour épingler et conseiller.
Avec l’industrialisation de la confection, les tailles se sont normalisées. Plus besoin d’un œil expert : un système S/M/L a suffi à remplacer des décennies de savoir-faire artisanal.
Enfin, il y a la révolution du rapport à la technologie et à l’e-commerce. Pourquoi soigner une cabine physique quand une part grandissante des achats de vêtements se fait en ligne, sans jamais passer par un magasin ?
Les enseignes ont donc réduit leurs coûts sur l’expérience en boutique pour investir ailleurs : logistique, livraison rapide, retours gratuits. La cabine capitonnée est devenue un luxe que le modèle économique ne justifiait plus.
Et dans 30 ans ?
Certaines marques premium tentent de relancer l’expérience d’antan avec des cabines XXL, canapés en cuir et champagne offert. Une nostalgie assumée, vendue comme un argument de standing.
Mais la tendance dominante va clairement vers plus de virtuel : essayage en réalité augmentée, avatars 3D, cabines connectées qui scannent le corps en quelques secondes. Dans trente ans, la génération actuelle racontera peut-être à ses enfants ébahis qu’on essayait encore des vêtements physiquement, derrière un rideau, avec un miroir en trois parties.