La cabine d’essayage Prisunic en 1978 : ce rideau à pois a totalement disparu des grands magasins
Il y a près de cinquante ans, essayer un pull chez Prisunic tenait presque du rituel social. Un rideau à pois, une vendeuse qui comptait les articles, une lumière blafarde et une odeur de tissu neuf mélangée à celle de la cire pour le sol. Aujourd’hui, la même scène a été remplacée par des cabines connectées, des miroirs interactifs et des applications qui scannent ta taille avant même que tu n’entres.
Avant : le rideau à pois et la vendeuse qui comptait tout
Dans les Prisunic des années 70, la cabine d’essayage n’était jamais un espace anonyme. Une vendeuse en blouse remettait un petit jeton en plastique numéroté correspondant au nombre de vêtements empruntés. Impossible de ressortir avec un article de plus sans qu’elle ne le remarque immédiatement.
Le rideau, souvent à pois ou à motifs géométriques typiques de l’époque, ne fermait jamais complètement. Un espace de quelques centimètres laissait deviner les silhouettes, ce qui n’inquiétait personne à l’époque.
Le sol était en linoléum, parfois fendillé par endroits. Un petit tabouret en bois occupait un coin de la cabine, souvent bancal après des années d’usage intensif par des générations de clientes.

L’éclairage venait d’un unique néon au plafond, produisant cette lumière verdâtre qui rendait absolument tout le monde blafard dans le miroir. Personne ne s’y attardait plus que nécessaire.
Le miroir lui-même était souvent piqué, légèrement déformant sur les bords. On s’y regardait vite, on décidait vite, on ressortait vite montrer le vêtement à sa mère ou à sa copine restée dehors.
Ce système reposait sur la confiance et la surveillance humaine directe. Aucune technologie, aucun capteur, juste un jeton en plastique et l’œil aiguisé d’une vendeuse expérimentée. Ce monde a pourtant fini par disparaître en quelques décennies à peine.
Après : miroirs connectés et cabines individuelles high-tech
En 2026, l’expérience d’essayage a totalement changé de visage dans les grandes enseignes françaises. Chez Zara, Uniqlo ou certaines boutiques haut de gamme, des cabines aux teintes tendance 2026 intègrent des miroirs intelligents capables de suggérer d’autres tailles ou coloris.
Certains miroirs utilisent des puces RFID intégrées aux vêtements. Le miroir reconnaît l’article dès qu’il entre dans la cabine et affiche automatiquement les tailles disponibles en stock, sans que le client n’ait à sortir.

Le jeton en plastique numéroté a disparu au profit de capteurs de présence et de caméras discrètes, davantage destinées à la sécurité anti-vol qu’au comptage manuel. La confiance humaine a laissé place à la surveillance électronique.
L’éclairage, lui, est devenu un argument marketing à part entière. Certaines enseignes proposent des variateurs pour simuler une lumière du jour, une lumière de soirée ou une lumière de bureau, histoire de savoir comment le vêtement rendra dans différents contextes.
Le tabouret bancal a cédé la place à un banc capitonné, parfois avec chargeur de téléphone intégré. Le rideau à pois, quant à lui, a quasiment disparu au profit de portes coulissantes pleines, sans le moindre interstice.
Mais alors, comment est-on passé d’un jeton en plastique à une puce RFID en seulement une génération ?
Ce qui a vraiment provoqué cette transformation
Le premier facteur, c’est la faillite de Prisunic lui-même. L’enseigne, née en 1931 et rachetée par les Galeries Lafayette dans les années 90, a définitivement disparu du paysage commercial français au début des années 2000, absorbée par Monoprix.
La deuxième cause tient à l’essor de la fast fashion dans les années 2000. Zara et H&M ont imposé un rythme de renouvellement des collections qui a rendu le comptage manuel des vêtements totalement obsolète face aux volumes traités.
Le vol à l’étalage a aussi pesé lourd dans la balance. Selon plusieurs enseignes, les pertes liées au vol en cabine d’essayage représentaient jusqu’à 2% du chiffre d’affaires dans certains magasins avant l’installation de systèmes anti-tag sophistiqués.
La crise sanitaire de 2020 a accéléré une dernière mutation : les cabines sont devenues des espaces qu’on veut toucher le moins possible. Miroirs sans contact, essayage virtuel via réalité augmentée, tout a été pensé pour limiter les manipulations physiques.
Enfin, la data est devenue reine. Chaque essayage via une cabine connectée génère des informations précieuses sur les préférences de coloris ou de taille, revendues ensuite aux équipes marketing pour affiner les collections futures.
Ce basculement du jeton en plastique vers la puce RFID raconte, à sa façon, toute l’histoire du commerce français des cinquante dernières années.
Et dans 30 ans ?
Difficile d’imaginer aujourd’hui à quoi ressemblera une cabine d’essayage en 2056. Peut-être qu’on se contentera d’un scan corporel à la maison, sans jamais remettre les pieds dans un magasin physique.
Une chose est sûre : dans trente ans, quelqu’un écrira sans doute un article expliquant que nos miroirs connectés de 2026 semblaient d’un autre âge. L’histoire du commerce ne s’arrête jamais vraiment de tourner.