Le camping du bord de mer dans les années 60 : ces vacances bricolées ont totalement disparu de France
Il y a soixante ans, partir en vacances en France ne rimait pas avec réservation en ligne ni matelas gonflable en trois minutes. Ça rimait avec une bâche de toile, des piquets récalcitrants et une bonne dose de système D. Le camping français des années 60 avait un visage qu’on a totalement oublié.
Un terrain vague transformé en village de toile
En 1960, camper en bord de mer, c’est planter sa tente sur un simple champ loué par un paysan du coin. Pas de sanitaires modernes, pas d’emplacements numérotés, juste un robinet d’eau froide et des herbes hautes.
Les tentes elles-mêmes sont en toile de coton épaisse et lourde, souvent héritées de l’armée ou fabriquées maison. Il faut parfois deux personnes pour la monter, un maillet et beaucoup de patience.
Le camping-car français des années 70 restait encore un objet de luxe rare : la grande majorité des familles voyageait en 2CV ou en Simca, tente pliée sur la galerie.

La cuisine se fait au camping-gaz, sous une bâche
Pas de réfrigérateur, pas de kitchenette intégrée. La glacière est une simple boîte en métal garnie de pains de glace achetés chez l’épicier du village le plus proche.
Le repas se prépare sur un réchaud à deux feux, posé à même le sol ou sur une caisse en bois retournée. La vaisselle se lave dans une bassine en plastique, à l’eau tiède chauffée sur le même réchaud.
Les douches, quand elles existent, sont collectives et froides neuf fois sur dix. Beaucoup de campeurs préfèrent carrément se laver dans la mer et se rincer avec un seau d’eau douce.
Le camping comme lieu de sociabilité forcée
Sans intimité ni clôture entre les emplacements, le camping des années 60 impose une promiscuité que personne ne songerait à contester. On emprunte le tire-bouchon du voisin, on partage la table pliante, on écoute la radio à transistors du campement d’à côté.
Les enfants circulent librement d’une tente à l’autre toute la journée, sans surveillance particulière. C’est l’époque où l’on se fait des amis pour la vie en l’espace de quinze jours, sans jamais échanger de coordonnées écrites.

Le soir, les familles se retrouvent autour d’un feu ou d’une lampe à pétrole, loin de toute agitation urbaine. Cette ambiance improvisée va pourtant disparaître à une vitesse record dans les décennies suivantes.
Aujourd’hui, le camping version confort cinq étoiles
En 2026, le mobil-home a largement supplanté la tente dans les campings français, avec climatisation, terrasse en bois et parfois jacuzzi privatif. Certains établissements affichent même des tarifs proches de ceux d’un petit hôtel de bord de mer.
Les emplacements sont désormais délimités, engazonnés, équipés de branchements électriques et d’un accès Wi-Fi. Les sanitaires ressemblent à des salles de bains d’hôtel, avec eau chaude illimitée et cabines individuelles chauffées.
Le camping est devenu un secteur touristique structuré, avec parcs aquatiques, animations professionnelles et applications de réservation. La spontanéité d’antan a cédé la place à une offre standardisée, pensée pour le confort avant tout.
Ce qui a tout changé en quelques décennies
La démocratisation de l’automobile dans les années 60-70 a d’abord permis à des millions de familles d’accéder au camping, jusque-là réservé à une minorité équipée. Le boom des congés payés a fait le reste, poussant les Français vers le littoral chaque été.
Puis, dans les années 90, les grands groupes de loisirs ont investi massivement le secteur, rachetant des terrains familiaux pour y installer des infrastructures haut de gamme. Le camping est passé du bricolage individuel à une industrie du tourisme organisée et rentable.
La montée des exigences de confort, portée par une clientèle habituée à l’hôtellerie classique, a achevé la transformation. Le camping « aventure » a laissé place au camping « prestations », où l’on vient chercher une piscine à vagues plutôt qu’un feu de camp.
Et dans 30 ans ?
Le mobil-home connecté d’aujourd’hui, avec sa terrasse et son barbecue intégré, paraîtra sans doute aussi désuet que la tente en toile de coton d’hier. Les campeurs de 2056 riront peut-être de nos clés Wi-Fi et de nos emplacements limités à quelques mètres carrés.
Une chose est sûre : chaque génération pense avoir inventé le confort ultime, avant que la suivante ne la trouve un peu vintage. Le geste que 90% des Français de plus de 40 ans ont oublié en vacances rappelle à quel point nos habitudes évoluent vite.