Ce chirurgien vasculaire s’est fait amputer les deux jambes pour une raison inavouable

Il avait tout d’un médecin exemplaire. Neil Hopper était chirurgien vasculaire au sein du système de santé britannique, passé même à la télévision pour parler de son propre handicap. Sauf qu’il mentait depuis le début, et la vérité qui émerge aujourd’hui dans un documentaire glace le sang de tous ceux qui l’ont côtoyé.
Un chirurgien célèbre, une histoire inventée de toutes pièces
Neil Hopper avait construit toute sa notoriété sur un mensonge. Il expliquait publiquement, sur des plateaux comme This Morning, avoir perdu ses deux jambes à cause d’un sepsis, une infection généralisée grave. Le public y voyait un exemple inspirant : un homme amputé devenu lui-même spécialiste des amputations, ayant pratiqué des centaines d’opérations similaires sur d’autres patients.
Mais en mars 2023, tout s’effondre. Le chirurgien est arrêté, inculpé pour deux chefs de fraude et trois de détention de pornographie extrême. Son arrestation découle directement de celle de Marius Gustavson, surnommé « l’Eunuch Maker », impliqué dans la production de vidéos d’amputations et de castrations.
Cette affaire fait l’objet du documentaire An Amputation Obsession: The Monster and the Surgeon, disponible sur Prime Video, qui recueille notamment le témoignage de la victime ayant permis de démasquer Gustavson. Ce même scandale a d’ailleurs des échos jusque dans d’autres affaires récentes liées à des dérives numériques qui inquiètent les autorités.
L’ampleur de la manipulation orchestrée par Hopper reste, elle, sans équivalent connu dans le milieu médical.
Le trouble psychiatrique derrière le geste
La défense du chirurgien a évoqué, lors de son procès, un trouble psychiatrique extrêmement rare appelé body integrity identity disorder (BIID), parfois traduit par dysphorie de l’intégrité corporelle. Les personnes concernées ressentent un ou plusieurs de leurs membres comme une partie étrangère, presque intruse, de leur propre corps.
Le professeur Michael First, psychiatre clinicien interviewé dans le documentaire, affirme que le cas de Hopper correspond parfaitement à cette pathologie. Des transcriptions judiciaires citées dans le film rapportent que le chirurgien décrivait ses jambes comme un « ajout non désiré » à son propre corps.
Ce trouble reste si rare qu’il est documenté par une poignée de cas cliniques seulement, comme celui d’un homme de 51 ans qui s’était sectionné la main gauche à la hache en 2006, ou celui, plus récent, d’un homme de 24 ans ayant fait de même en 2022, décrivant « des sentiments profonds et persistants que cette main ne faisait pas partie de son corps ».
Un homme de 30 ans, interrogé par Vice en 2015 après s’être lui-même amputé une jambe, avait résumé ce vertige : « J’étais submergé de soulagement. C’était fini, j’étais libre. »

Comment il a berné son assurance et transformé son fétichisme en carrière
Une étude précise que ce trouble a longtemps porté un autre nom, plus clinique et plus cru : l’apotemnophilie, un fétichisme lié directement à l’excitation sexuelle provoquée par l’idée de l’amputation. Hopper a lui-même reconnu devant le tribunal éprouver une « fascination sexuelle » pour ce sujet.
Pour parvenir à ses fins, il a délibérément endommagé ses propres jambes avec de la glace sèche, jusqu’à rendre l’amputation médicalement inévitable, puis a menti à son employeur et à son assurance en prétendant avoir simplement été malade. Cette fraude lui a permis de toucher près de 500 000 livres sterling d’indemnités.
Une fois découvertes les vidéos produites par Gustavson, Hopper a admis qu’il lui était devenu « probablement impossible de résister » à l’envie d’en commander une. Il a même reconnu que l’existence de ce réseau avait constitué un « facteur majeur » dans sa décision de passer à l’acte sur son propre corps.
Harvey Chant, chirurgien vasculaire retraité ayant participé à la décision médicale d’amputer les jambes de Hopper, confie dans le documentaire son inquiétude pour tous les patients opérés par cet homme : beaucoup ignorent encore s’ils ont reçu un traitement adapté ou une opération biaisée par les obsessions de leur chirurgien.
Olivier Verngault, journaliste pour Cornwall Live qui a suivi l’affaire de près, rapporte lui aussi l’angoisse grandissante de nombreux patients amputés par Hopper, se demandant désormais si leur intervention répondait vraiment à une nécessité médicale ou à sa propre gratification.
L’avocat Mike Bird, du cabinet Enable Law, réclame désormais une enquête indépendante, tout en admettant que certaines questions resteront peut-être sans réponse.
Un homme censé réparer les corps a fini par en briser la confiance de centaines de patients pour satisfaire une pulsion secrète. L’affaire Hopper rouvre une question dérangeante : combien d’autres praticiens, derrière une vitrine irréprochable, cachent une vérité que personne n’a jamais osé questionner ?