Chupa Chups : le logo de la sucette a été dessiné par Salvador Dalí en moins d’une heure
Tu as sucé des centaines de Chupa Chups dans ta vie sans jamais lever les yeux sur l’emballage. Pourtant, la petite marguerite colorée qui orne chaque sucette n’est pas un simple gribouillage de graphiste. C’est une œuvre signée par l’un des artistes les plus célèbres du XXe siècle, dessinée dans des conditions complètement improbables.
Une sucette née pour ne plus salir les doigts des enfants
Tout commence en Espagne en 1958, quand l’homme d’affaires catalan Enric Bernat rachète une petite entreprise de confiture, la Granja Asturias.
En observant les enfants manger des bonbons, il remarque un problème tout bête : leurs mains finissent collantes, ce qui agace les parents. Sa solution est simple : planter le bonbon sur un bâtonnet.
Il baptise d’abord son invention « Gol », en référence au but marqué au football, comme un clin d’œil à la sucette qui atterrit dans la bouche. Le succès ne suit pas immédiatement, et Bernat doit vite trouver un nom plus accrocheur.

C’est une agence de publicité qui imagine le nom qui va traverser les décennies : Chupa Chups, tiré du verbe espagnol « chupar » qui signifie sucer, associé à l’onomatopée « chups » évoquant le bruit de la sucette qu’on retire de la bouche. Le nom est trouvé, mais l’identité visuelle de la marque, elle, va rester banale encore onze ans.
Au départ, les sucettes sont fabriquées à la main et vendues uniquement en Espagne, à une échelle presque artisanale. Le succès grandit si vite que Bernat automatise rapidement toute la production pour suivre la demande.
Un ami peintre convoqué à la terrasse d’un café
En 1969, Bernat veut redonner un coup de fouet à l’image de sa marque pour booster les ventes à l’international. Il a la chance d’être proche d’un certain Salvador Dalí, le maître du surréalisme, obsédé par la publicité et les images qui marquent les esprits.
L’histoire, racontée notamment par la BBC lors du décès de Bernat en 2003, tient en une scène presque trop belle pour être vraie. Attablé à la terrasse d’un café avec son ami, Dalí griffonne furieusement sur les pages d’un vieux journal.
En moins d’une heure, il revient avec le dessin d’une marguerite à huit pétales, le nom de la marque calligraphié en son centre. Le logo, simple et audacieux, est quasiment resté inchangé depuis cette scène de café.
Le détail que presque personne ne remarque
Mais Dalí ne s’arrête pas à un simple dessin. Il impose une condition à Bernat : le logo doit être imprimé sur le dessus de la sucette, jamais sur le côté.

La raison est purement stratégique. Placé sur le dessus, l’emballage replié laisse toujours apparaître la marguerite intacte, visible par le consommateur à chaque instant où il tient la sucette en main.
Ce genre de détail invisible pour le grand public mais calculé au millimètre, on le retrouve dans bien d’autres logos du quotidien. Le logo Toblerone cache lui aussi un ours que presque personne n’a jamais repéré dans sa montagne suisse.
Depuis, la marguerite de Dalí a traversé les continents sans prendre une ride. Chupa Chups s’est exportée en France, au Royaume-Uni, au Japon et aux États-Unis dans les années 1960, avant de conquérir la Russie, la Chine et le Mexique dans les décennies suivantes.
Le plus étonnant, c’est que ce logo n’a quasiment jamais été retouché depuis sa création. Dans un monde où les marques changent d’identité visuelle tous les cinq ou dix ans, la marguerite de Dalí a traversé plus d’un demi-siècle sans prendre une ride.
Une signature d’artiste qui vaut plus cher qu’on ne le pense
Ce qui rend l’anecdote encore plus folle, c’est le contraste des mondes qui se croisent. D’un côté, une sucette vendue quelques centimes dans n’importe quel bureau de tabac.
Personne ne sait précisément combien Dalí a été payé pour cette heure de gribouillage à la terrasse d’un café. Certains évoquent un simple geste d’amitié envers Bernat, d’autres une somme symbolique, mais aucun document officiel ne circule sur le montant exact.
De l’autre, un artiste dont les toiles s’arrachent aujourd’hui pour des millions dans les plus grandes ventes aux enchères du monde. Peu de marques peuvent se targuer d’avoir un logo signé par une pointure de cette envergure, au même titre que les créations les plus célèbres de l’histoire du branding.
D’autres marques du quotidien cachent elles aussi des origines qu’on n’imagine jamais en ouvrant le paquet, comme ce K-Way au nom si français qui vient en réalité d’Italie. La prochaine fois que tu déballes une Chupa Chups, regarde bien cette marguerite avant de la jeter à la poubelle.
Et si l’histoire des objets qu’on croit connaître par cœur te passionne, tu peux aussi découvrir pourquoi les semelles lisses des Converse All Star n’ont jamais été conçues pour marcher.
Maintenant, tu as une anecdote en or pour la prochaine soirée entre amis : raconte-la à un pote, il va halluciner que Dalí a bossé pour un fabricant de bonbons.