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Le cinéma de quartier des années 60 : ce rituel du samedi soir a totalement disparu de France

Publié par Elsa Fanjul le 17 Août 2026 à 18:01

Il y a 60 ans, aller au cinéma n’avait rien à voir avec réserver une place sur une appli et s’installer dans un fauteuil inclinable. C’était un événement de quartier, avec ses codes, ses odeurs et ses rituels immuables. Aujourd’hui, ce monde a presque entièrement disparu, remplacé par des multiplexes standardisés.

Retour sur cette époque où le cinéma de quartier rythmait la vie des Français, avant que les multiplexes ne rebattent complètement les cartes.

Le samedi soir, tout le quartier se retrouvait dans la même salle

Dans les années 60, chaque quartier ou presque avait son propre cinéma. Une salle unique, souvent baptisée d’un nom de star ou de lieu exotique : le Rex, l’Éden, le Régent.

La façade était souvent modeste, parfois une simple devanture coincée entre une boulangerie et un café. Mais à l’intérieur, le velours rouge et les moulures dorées donnaient l’illusion d’un petit palace.

On y allait en famille, entre voisins, parfois en bande de copains après l’école. Le cinéma de quartier faisait partie du tissu social, au même titre que le marché couvert ou la boulangerie du coin.

Façade d'un cinéma de quartier dans les années 1960

L’ouvreuse à la torche électrique, un métier disparu

Le personnage central de la séance, c’était l’ouvreuse. Une femme en uniforme, souvent âgée, qui accueillait chaque spectateur avec une lampe torche à la main.

Une fois les lumières éteintes, elle guidait les retardataires jusqu’à leur siège en faisant courir le faisceau lumineux sur le sol. Ce métier a totalement disparu des salles modernes.

Elle vendait aussi les esquimaux et les caramels à l’entracte, sur un plateau suspendu par une sangle autour du cou. Un commerce ambulant qui existait uniquement dans l’obscurité de la salle.

Les fauteuils, eux, étaient en bois massif recouvert de skaï, avec un système de relevage bruyant. Rien à voir avec le confort matelassé des salles actuelles.

Une seule séance, deux films et des pubs artisanales

Le programme d’une soirée cinéma ressemblait à un menu complet. On commençait par les actualités filmées, façon mini-journal télévisé projeté sur grand écran.

Venait ensuite une série de publicités tournées de manière artisanale, souvent avec des dessins animés simplistes pour vanter une marque de biscuits ou une lessive locale.

Puis, cerise sur le gâteau : deux films étaient projetés dans la même séance. Un grand film américain suivi d’un second, souvent français, sans supplément de prix.

L’entracte marquait une pause de dix minutes, où le public sortait fumer sur le trottoir avant de replonger dans le noir. Ce format généreux a lui aussi disparu du paysage.

Ouvreuse guidant des spectateurs avec sa lampe torche

Aujourd’hui : des multiplexes climatisés et des salles standardisées

Place désormais aux multiplexes, ces immenses complexes de 10, 15 voire 20 salles regroupées dans un même bâtiment, souvent en périphérie des villes.

Le confort a explosé : fauteuils inclinables, son numérique, écrans géants, parfois même des sièges massants dans les salles premium. Fini le bois qui grince.

Mais l’ouvreuse a disparu, remplacée par des bornes automatiques et des applications mobiles pour réserver sa place à l’avance. Le contact humain a laissé place à l’écran tactile.

Le programme aussi a changé radicalement : une seule projection par créneau, plus de pub artisanale, plus de deuxième film offert. Juste des bandes-annonces calibrées et le film choisi.

Pourquoi les cinémas de quartier ont-ils tous fermé ?

La cause principale, c’est l’arrivée massive de la télévision dans les foyers français à partir des années 70. Pourquoi sortir quand on peut regarder un film depuis son salon ?

Les multiplexes ont ensuite porté le coup de grâce dans les années 80-90. Leur offre pléthorique et leurs tarifs groupés ont siphonné le public des petites salles indépendantes.

Le prix du foncier urbain a fait le reste. Beaucoup de ces cinémas de quartier occupaient des emplacements devenus trop chers à entretenir pour une seule salle peu fréquentée.

Résultat : selon le CNC, la France comptait plus de 6 000 salles de cinéma dans les années 60, contre environ 2 000 aujourd’hui, mais réparties dans des complexes bien plus grands.

Et dans 30 ans, que dira-t-on de nos salles actuelles ?

Le streaming grignote déjà les habitudes de sortie cinéma, tout comme la télévision l’avait fait il y a 60 ans. L’histoire semble se répéter, à un autre rythme.

Peut-être que nos enfants trouveront un jour nos multiplexes tout aussi datés que nous trouvons aujourd’hui pittoresques les ouvreuses à la torche électrique.

Une chose est sûre : le rituel du samedi soir au cinéma continue d’évoluer, comme il n’a jamais cessé de le faire depuis 130 ans.

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