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Il voulait juste agrandir sa cave en 1963 : derrière le mur, 18 niveaux et une ville pour 20 000 personnes

Publié par Mathieu le 03 Oct 2026 à 18:23
Tunnel de tuf volcanique avec grande porte de pierre ronde

Un coup de masse, un mur qui cède, et un habitant de Derinkuyu, en Cappadoce, comprend qu’il vient de toucher à tout autre chose qu’une simple cave. Nous sommes en 1963, il voulait seulement gagner un peu de place. Derrière la cloison, selon Sciencepost, dormait une ville entière : sa profondeur, ses portes de pierre et sa capacité d’accueil donnent le vertige.

1963, un coup de masse à Derinkuyu : la cave qui n’avait pas de fond

En 1963, un habitant de Derinkuyu, village de Cappadoce, rénove sa maison troglodyte. Il décide d’abattre une cloison de sa cave pour gagner de la place. Rien d’héroïque, un chantier comme il en existe des milliers.

Derrière le mur, il tombe sur une pièce qu’il ne connaissait pas. Des fouilles supplémentaires révèlent ensuite l’accès à un réseau de galeries. Ce qu’il prenait pour un espace de rangement serait en réalité l’entrée d’une des plus vastes cités souterraines jamais construites par l’homme, d’après Sciencepost.

La scène a quelque chose de vertigineux. Une ville vieille de plusieurs siècles, enfouie sous les pieds des habitants, et personne dans le village n’en aurait soupçonné l’existence. Les autorités turques, alertées, auraient vite compris qu’elles n’avaient pas affaire à une simple cave oubliée.

Après quelques recherches, les chercheurs confirment l’identité du site : Derinkuyu, un nom qui signifie « puits profond » en turc. Difficile de trouver plus juste. Mais personne, à l’époque, n’imaginait à quel point ce puits allait se révéler profond.

Car les premières estimations des archéologues ont de quoi couper le souffle. Et la comparaison qu’on en fait est encore plus parlante que les chiffres eux-mêmes.

85 mètres sous terre, 18 niveaux et 52 puits d’air : l’immeuble enterré qui sidère les ingénieurs

La cité descendrait à environ 85 mètres de profondeur et s’organiserait sur au moins 18 niveaux. C’est l’équivalent d’un immeuble de 25 étages, creusé à rebours du ciel dans la roche volcanique. Autre image : la statue de la Liberté, piédestal compris, mais plantée à l’envers dans les entrailles de l’Anatolie centrale.

Tout cela a été rendu possible par le sous-sol cappadocien. Le tuf, une roche poreuse formée à partir de cendres, est assez tendre pour être travaillé avec des outils rudimentaires. Il reste pourtant assez stable pour soutenir de grandes cavités sans renfort supplémentaire.

Reste un problème de taille : respirer. À 85 mètres, l’air ne se renouvelle pas tout seul. La cité disposait pourtant d’un système d’aération remarquable, avec 52 puits de ventilation qui continuent d’étonner les ingénieurs actuels.

Ces conduits verticaux, taillés à la main avec une précision redoutable, renouvelaient l’air jusqu’aux niveaux les plus profonds. La cité bénéficiait aussi d’une rivière souterraine et de puits d’eau. Une vraie ville pensée pour durer, pas un trou de fortune.

La vie s’y organisait niveau par niveau, avec une logique presque urbaine. Écuries, caves, salles de stockage, cuisines, celliers, pressoirs à vin et à huile, réfectoires, chapelles : les visiteurs peuvent encore en voir les vestiges. L’étage le plus bas, lui, abrite une église.

Mais une question reste en suspens : combien de personnes tout cela pouvait-il abriter ? Selon la source, le chiffre est le plus impressionnant de tous. Derinkuyu, la plus grande cité souterraine de son genre, pourrait avoir hébergé 20 000 personnes, avec leur bétail, leurs réserves de vivres et leurs biens les plus précieux.

Une petite ville cachée sous une autre, capable de vivre en autarcie pendant des semaines. Un abri pensé pour la survie collective sur le long terme, pas un refuge de passage. Reste à savoir comment on se protégeait d’éventuels assaillants.

Mur de cave éventré ouvrant sur une galerie souterraine sombre

Des portes de pierre de 500 kilos et une origine que les spécialistes se disputent

La défense n’avait pas été négligée, loin de là. Les passages pouvaient être bloqués en plusieurs points stratégiques par des portes de pierre circulaires. Chacune mesure entre 1 et 1,5 mètre de hauteur, environ 50 centimètres de largeur, et pèse jusqu’à 500 kilos.

Le détail décisif tient à la manœuvre. Ces portes ne se roulaient que depuis l’intérieur, ce qui transformait chaque étage en bunker autonome. Chaque niveau disposait de sa propre porte, fermable indépendamment des autres.

Même en cas de percée d’un étage, les assaillants se retrouvaient donc bloqués avant d’atteindre le suivant. Les galeries d’accès étroites et en pente, qui ralentissent déjà la progression des visiteurs d’aujourd’hui, complétaient le dispositif. Un système redoutable d’efficacité.

Qui a creusé tout cela, et quand ? Les spécialistes ne sont pas d’accord. Les premières cavernes auraient été creusées par les Phrygiens, puis élargies à l’époque byzantine pour servir de refuge lors des raids des armées arabes.

La ville souterraine aurait ensuite été utilisée jusqu’au XXe siècle par les Grecs de Cappadoce et les Arméniens pour fuir les persécutions. D’autres théories évoquent une occupation encore plus ancienne, remontant potentiellement à l’époque hittite. Le débat reste ouvert.

Autre certitude : Derinkuyu ne fonctionnait pas seule. Elle était reliée à une autre cité souterraine, Kaymaklı, par 8 à 9 kilomètres de tunnels, ce qui dessine un système défensif régional coordonné. Et ce n’est que le début de l’histoire.

Seulement 10 % ouverts au public : ce que la Cappadoce cache encore sous ses pieds

Aujourd’hui, seulement 10 % de la cité est accessible aux touristes. Le reste est toujours en cours d’exploration. Autrement dit, la plus grande partie de ce que l’habitant de 1963 a découvert reste fermée au public.

Et Derinkuyu n’est pas un cas isolé. Plus de 360 sites souterrains anciens ont été géolocalisés en Cappadoce. C’est la preuve, selon la source, que toute une civilisation avait fait le choix de vivre sous terre, par périodes, plutôt qu’à l’air libre.

Le plus troublant est peut-être ailleurs. Derinkuyu pourrait perdre son titre de plus grande cité souterraine du monde. En 2013, des archéologues ont découvert une nouvelle cité cappadocienne sous un château byzantin à Nevşehir.

Les premières mesures indiquent qu’elle serait plus grande d’environ un tiers. Un record battu non pas par une expédition, mais par un sol qui continue de livrer ses secrets au détour d’un chantier.

La leçon tient en une image : en Cappadoce, le sol le plus banal peut cacher, à quelques mètres sous une cave anodine, l’équivalent souterrain d’une métropole oubliée. L’habitant de 1963 n’a rien cherché. Il a simplement donné le coup de masse au bon endroit, au bon moment.

Reste que cette cité n’a pas encore tout dit. Entre les niveaux fermés aux visiteurs, les tunnels vers Kaymaklı et la cité de Nevşehir à mesurer plus précisément, les archéologues ont de quoi s’occuper longtemps. Et la prochaine surprise pourrait bien se trouver derrière un autre mur de cave.

Un coup de masse, 85 mètres de galeries, et une ville pour 20 000 âmes sortie de nulle part : parfois, l’Histoire attend juste qu’on abatte une cloison. Et si vous aimez les histoires où un détail minuscule fait basculer tout un récit, la mise au point sur les débuts de Céline Dion et René Angélil vous réserve aussi son lot de surprises.

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