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Le drugstore parisien des années 80 : ce lieu ouvert la nuit a totalement disparu de la capitale

Publié par Elsa Fanjul le 01 Sep 2026 à 18:01

Minuit passé, boulevard Saint-Germain ou Champs-Élysées, les néons du drugstore restent allumés quand tout le quartier dort déjà. On y trouve des cigares cubains, un dernier roman en poche, des sandwichs et parfois une soirée qui se termine au comptoir du bar.

Ce lieu hybride, ni magasin ni café, a fasciné toute une génération de Parisiens avant de s’effacer presque sans bruit. Aujourd’hui, il n’en reste presque rien.

Enseigne lumineuse d'un drugstore parisien la nuit

Un magasin ouvert quand tout le reste ferme

Le premier drugstore français ouvre en 1958, avenue Matignon, importé du concept américain par le publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet. L’idée séduit immédiatement : un même lieu pour acheter des journaux, une bouteille de whisky, des médicaments de base et grignoter à toute heure.

Dans les années 80, Paris en compte une poignée, mais chacun devient un point de repère. Celui des Champs-Élysées, avec son enseigne lumineuse rouge et blanche, ne ferme jamais avant 2 heures du matin.

À l’intérieur, l’ambiance tranche avec les commerces classiques de l’époque. Rayons de presse internationale, comptoir à cigares, épicerie fine, tabac et même un service de photographie côtoient un bar où l’on croise noctambules, journalistes et touristes égarés.

Intérieur chaleureux d'un drugstore parisien dans les années 80

Le drugstore Publicis, à deux pas de l’Arc de Triomphe, devient un rendez-vous nocturne incontournable. On y va pour acheter une carte postale à 1 heure du matin, mais aussi pour voir et être vu.

Aujourd’hui, plus rien de cette formule n’existe à Paris

Le dernier grand drugstore parisien, celui des Champs-Élysées, ferme définitivement au début des années 2010. À sa place, des enseignes de mode internationales et des franchises de restauration rapide.

Impossible désormais d’acheter un cigare, un journal étranger et un sandwich au même comptoir à 3 heures du matin. Le concept a été remplacé par des solutions éclatées : supérettes de nuit, applications de livraison, tabac-presse classiques fermant à 20 heures.

Certaines enseignes ont tenté de perpétuer l’esprit du lieu sous d’autres formes, sans jamais retrouver cette formule si particulière mêlant commerce, presse et convivialité nocturne. Le mot « drugstore » a même perdu son sens d’origine en France, où il évoque aujourd’hui plutôt un supermarché de produits de beauté.

Ce qui frappe surtout, c’est la disparition de cette fonction sociale : un lieu où l’on pouvait traîner sans but précis, en pleine nuit, sans avoir besoin de consommer beaucoup. Mais qu’est-ce qui a vraiment tué ce modèle qui semblait pourtant increvable ?

Pourquoi ce modèle a disparu aussi vite qu’il était apparu

Plusieurs facteurs expliquent cette chute rapide. D’abord, la flambée des loyers commerciaux sur les grandes artères parisiennes, qui a rendu ces surfaces immenses économiquement intenables face à des enseignes de mode plus rentables au mètre carré.

Ensuite, l’évolution des habitudes de consommation nocturne. Internet et le streaming ont remplacé le besoin de sortir acheter un magazine ou un DVD à minuit, comme le montre déjà l’évolution du téléphone fixe face au smartphone.

La restauration rapide et les supérettes 24h/24, souvent tenues par des indépendants, ont aussi grignoté cette niche en proposant des prix plus attractifs sur l’essentiel : nourriture, boissons, tabac.

Enfin, la fréquentation touristique des Champs-Élysées a changé de nature. Les visiteurs cherchent désormais des boutiques de luxe ou des enseignes internationales reconnaissables, pas un concept franco-américain vieillissant des années 60.

Le drugstore Publicis a fini par rouvrir sous une forme largement transformée, plus proche du centre commercial classique que du repère nocturne d’antan. L’âme du lieu, elle, s’est bel et bien évaporée avec les néons d’origine.

Et dans 30 ans, que restera-t-il de nos habitudes actuelles ?

Cette disparition n’est pas isolée. Elle rejoint celle d’autres lieux mixtes qui mêlaient commerce et sociabilité, comme certains grands magasins parisiens dont les cabines d’essayage d’un autre temps ont elles aussi changé de visage.

Aujourd’hui, on commande son sandwich de nuit sur une application, on lit la presse sur un smartphone, on n’a plus besoin de sortir pour tuer le temps à minuit. Ce confort a un prix : la disparition de ces lieux hybrides où l’imprévu pouvait surgir.

Dans trente ans, nos petits-enfants trouveront probablement tout aussi dingue qu’on ait pu vivre sans livraison instantanée généralisée, ou qu’on ait eu besoin de sortir de chez soi pour la moindre envie nocturne. L’histoire du drugstore parisien rappelle simplement qu’aucun modèle de vie urbaine n’est éternel.

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