La Foire du Trône avant les manèges : une abbaye, du pain d’épices et un déménagement en 1964
Chaque printemps, la pelouse de Reuilly se couvre de néons, de nacelles et de hurlements joyeux. Pourtant, la Foire du Trône n’a pas toujours ressemblé à ça.
À l’origine, on y venait surtout pour acheter du pain d’épices, à deux pas de l’actuelle place de la Nation. Comment est-on passé de cette gourmandise à des tours vertigineuses ? Remontons le fil.
Quand la plus grande fête foraine de France sentait le pain d’épices
Selon la tradition, tout commence en 957. L’abbaye Saint-Antoine-des-Champs obtient alors le droit de vendre une sorte de pain d’épices pendant la Semaine sainte, en souvenir de son saint patron.
Précision utile : cette date relève d’une tradition tardive, et les historiens estiment que l’histoire de la foire a été reconstruite et mythifiée avec le temps. Le récit est beau, mais il faut le lire avec prudence.

Le lieu, lui, est bien identifié. La vente se tenait vers l’emplacement de l’actuelle place de la Nation, alors appelée place du Trône, ainsi que le long de l’avenue du Trône et du cours de Vincennes.
Au fil des siècles, la foire a porté plusieurs noms : foire Saint-Antoine, foire au pain d’épices, foire de Pâques, et plus rarement foire du Petit-Lendit. Le nom « Foire du Trône » ne s’est imposé que peu à peu. Au milieu du XIXe siècle, les deux appellations coexistaient encore.
Et ce n’est pas le seul détail que les Parisiens ont oublié : la foire a même failli quitter Paris pour une tout autre ville.
Le jour où Créteil a failli l’emporter
Dans les années 1960, la grande vedette de la foire est un circuit de montagnes russes, le Scenic Railway. Les parcs d’attractions sont encore rares en France, et les fêtes foraines gardent l’exclusivité des sensations fortes, jusque dans les années 1980.
Les montagnes russes métalliques remplacent peu à peu celles en bois. Le Rotor et le Tagada font aussi leur apparition. Tu les as peut-être connus, ces manèges qui plaquaient les gens contre les parois.

En 1963, le député du 12e arrondissement, Roger Frey, souhaite déplacer la foire de la place de la Nation vers Créteil. Les gens du voyage jugent ce déplacement trop lointain.
Marcel Campion mobilise alors les syndicats de forains. Ils réclament une installation dans le bois de Vincennes, et ils finissent par obtenir gain de cause. Mais que s’est-il passé une fois sur place ?
1964 : un bras de fer de 30 mètres
En 1964, la foire quitte donc Paris intra-muros pour s’installer sur la pelouse de Reuilly, porte Dorée. Elle y accueille un nouveau manège, le Skiliff.
Ses douze nacelles s’élèvent grâce à un énorme bras de fer et virevoltent à une hauteur impressionnante pour l’époque. Après les grands huit, il marque le début de l’ère des grandes attractions, qui montent jusqu’à 30 mètres de haut.
Voilà pour le passé. Mais à quoi ressemble la foire aujourd’hui, et que reste-t-il du pain d’épices ?
Aujourd’hui : un manège que tu ne verrais pas ailleurs
Désormais, la Foire du Trône est présentée comme la plus ancienne et la plus grande fête foraine itinérante de France. Elle se tient chaque année en avril et mai, sur une période de deux mois, et la mairie de Paris en est l’organisatrice.
En 2022, elle a rouvert du 1er avril au 6 juin, après l’annulation des éditions 2020 et 2021 à cause de la pandémie de Covid-19.
Les attractions affichent une tout autre ambition qu’en 1964. On y trouve Skyfall, présenté comme le plus haut manège transportable du monde, mais aussi des chaînes volantes, des grandes roues, des simulateurs 5D et des trains fantômes.
Les classiques n’ont pas disparu : auto-tamponneuses, palais des glaces et Tagada y côtoient encore les nouveautés. Le Rotor, qui date de 1949, est toujours de la partie.
Reste une question : pourquoi une fête née autour d’une gourmandise est-elle devenue un temple de l’adrénaline ?
Ce qui a tout fait basculer
D’abord, le lieu. Quitter les avenues de l’est parisien pour le bois de Vincennes a offert de l’espace, donc la possibilité d’installer des machines de plus en plus hautes et de plus en plus rapides.
Ensuite, la technologie. Les montagnes russes en bois ont cédé la place au métal, et les grands huit ont ouvert la voie à des manèges élevés jusqu’à 30 mètres dès les années 1960.
Enfin, la concurrence a changé de visage. Jusqu’aux années 1980, la fête foraine avait l’exclusivité des sensations fortes, avant que les parcs d’attractions ne se multiplient.
Et dans 30 ans ?
Dans 30 ans, nos enfants riront peut-être de nos nacelles. Ils trouveront notre époque tout aussi dingue que celle où l’on faisait la queue pour un pain d’épices.
Si ce voyage dans le temps t’a plu, plonge dans l’histoire du libre-service de 1963 qui a effrayé les Français. Ou découvre ce que les pavillons de fer des Halles sont devenus.