Les éclairs ne frappent jamais deux fois au même endroit : vrai ou faux ? La réponse de la NASA va te faire revoir tes classiques
« La foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit. » Tu l’as déjà entendue, cette phrase. Peut-être même que tu l’as utilisée pour rassurer quelqu’un pendant un orage. Elle est tellement ancrée dans le langage courant qu’on l’emploie même au sens figuré — pour dire qu’un malheur ne se reproduira pas. Le problème, c’est que des milliers d’impacts de foudre sont enregistrés chaque année. Et la science a un avis très tranché sur la question.

Le verdict est tombé — et il est sans appel ❌
FAUX. Complètement, radicalement, spectaculairement faux. La foudre adore frapper plusieurs fois au même endroit. Elle ne s’en prive absolument pas.
La NASA, via son réseau de détection Lightning Imaging Sensor (LIS) embarqué sur la Station spatiale internationale, a compilé des années de données entre 1998 et 2015. Résultat : sur Terre, la foudre frappe environ 8 millions de fois par jour, soit près de 100 éclairs par seconde. Avec un tel volume, l’idée qu’elle éviterait méthodiquement les endroits déjà touchés relève de la pensée magique.
Mieux encore : une étude publiée en 2017 dans Geophysical Research Letters par des chercheurs de l’Université de technologie d’Eindhoven a démontré que la majorité des éclairs nuage-sol produisent plusieurs points d’impact distincts lors du même flash. Autrement dit, non seulement la foudre peut revenir au même endroit, mais elle frappe souvent plusieurs endroits à la fois lors d’un seul éclair. Comme quoi, même les bases de ce mythe s’effondrent quand on y regarde de près.
Les preuves sont littéralement sous nos yeux
Tu veux du concret ? L’Empire State Building, à New York, est frappé en moyenne 25 fois par an. Certaines années, ce chiffre dépasse 100. Le bâtiment est même équipé d’instruments de mesure spécifiques depuis les années 1930, précisément parce que les scientifiques ont vite compris qu’il attirait la foudre de façon répétée.

La Tour CN de Toronto, au Canada, reçoit environ 75 impacts par an. La tour Eiffel, elle, est touchée une dizaine de fois chaque année en moyenne. Ces structures ne sont pas des exceptions : elles illustrent un principe physique fondamental.
La foudre cherche le chemin de moindre résistance entre le nuage et le sol. Un objet élevé, métallique ou pointu crée un canal conducteur privilégié. Une fois qu’un canal ionisé s’est formé dans l’air, il est plus facile pour le courant de le réemprunter que d’en créer un nouveau. C’est exactement le contraire du mythe : un endroit déjà frappé a statistiquement plus de chances d’être frappé à nouveau.
Des arbres isolés dans des champs sont frappés si souvent qu’on peut observer des cicatrices de foudre superposées sur leur tronc. Des paratonnerres — inventés par Benjamin Franklin au XVIIIe siècle — fonctionnent justement sur ce principe : attirer volontairement la foudre au même point, encore et encore, pour protéger les bâtiments alentour. Si le mythe était vrai, les paratonnerres seraient inutiles après un seul orage. Pourtant, comme le prouve l’histoire de certains mythes tenaces, la croyance populaire résiste souvent mieux que la logique.
Mais alors, d’où vient cette idée ?
L’origine exacte du mythe est floue, mais il est attesté en anglais dès le XIXe siècle sous la forme « lightning never strikes twice in the same place ». Il apparaît dans la littérature populaire américaine comme un proverbe de bon sens, sans aucune base scientifique.
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Plusieurs facteurs expliquent sa longévité. D’abord, un biais de raisonnement probabiliste. Notre cerveau est mauvais pour estimer les probabilités d’événements rares. Si la foudre frappe un point précis — disons un mètre carré — la probabilité qu’elle retouche exactement ce point semble infinitésimale. Sauf qu’on confond « un point précis au hasard » et « un point qui possède des caractéristiques physiques qui attirent la foudre ». Ce n’est pas le hasard qui décide, c’est la physique.
Ensuite, le mythe a une fonction rassurante. « Si la foudre est déjà tombée ici, on est en sécurité maintenant. » C’est le même type de pensée magique qui pousse certains joueurs de loto à éviter les numéros récemment sortis — alors que chaque tirage est indépendant. Ce biais cognitif porte un nom : le sophisme du joueur (ou gambler’s fallacy).
Enfin, la foudre reste un phénomène que la plupart des gens n’observent que de loin. Rares sont ceux qui assistent à deux impacts au même endroit. L’absence d’observation directe renforce la croyance. C’est un mécanisme qu’on retrouve dans d’autres mythes populaires : ce qu’on ne voit pas, on le croit facilement.
Et les humains dans tout ça ?
Le cas le plus célèbre est celui de Roy Sullivan, garde forestier américain dans le parc national de Shenandoah, en Virginie. Entre 1942 et 1977, cet homme a été frappé par la foudre sept fois. Sept. Il a survécu à chaque impact, ce qui lui a valu une entrée dans le Livre Guinness des records.
Sullivan a perdu un ongle d’orteil lors du premier impact, ses sourcils lors du deuxième, et a subi des brûlures à l’épaule, aux jambes et à la poitrine lors des suivants. Sa femme a elle-même été frappée une fois alors qu’ils étendaient du linge ensemble. Les probabilités qu’une seule personne soit touchée sept fois sont estimées à environ 1 sur 10²⁸ — un chiffre tellement absurde qu’il est difficile à concevoir.
Mais Sullivan passait la majeure partie de ses journées en extérieur, dans des zones boisées et montagneuses, pendant des orages. Son cas illustre parfaitement le principe : ce ne sont pas les probabilités brutes qui comptent, mais l’exposition et les conditions physiques. Exactement comme d’autres phénomènes du corps humain, la réalité est bien plus nuancée que le raccourci qu’on en fait.
Maintenant, tu sais quoi répondre
La prochaine fois que quelqu’un sort la fameuse phrase pendant un orage, tu pourras lui rappeler que l’Empire State Building encaisse 25 éclairs par an, qu’un garde forestier en a pris sept dans sa vie, et que la NASA surveille 8 millions d’impacts quotidiens sur la planète.
La foudre ne frappe pas au hasard. Elle suit la physique. Et la physique, elle, n’a aucun problème à repasser deux fois — ou vingt-cinq fois — au même endroit. Si ça t’a surpris, sache que le mythe du poisson rouge est tout aussi faux. Décidément, les idées reçues ont la vie dure.