Grand Palais : hôpital de guerre, incendie en 1944, menacé de démolition par Le Corbusier
En 1897, les Parisiens passent devant un champ de ruines : le vieux palais de l’Industrie est en train d’être abattu. À sa place, il faut bâtir en trois ans un géant de pierre, d’acier et de verre.
Plus d’un siècle plus tard, le Grand Palais accueille les épreuves des Jeux olympiques. Entre les deux, il a servi d’hôpital, a brûlé, et a bien failli être rayé de la carte.
Paris, 1897 : un chantier fou, des pieux de chêne et des chevaux
Remonte à la fin du XIXe siècle. Paris prépare l’Exposition universelle de 1900 et l’avenue qui doit relier les Champs-Élysées aux Invalides. Le palais de l’Industrie, bâti en 1855, est jugé trop massif et gêne le projet.
On le démolit. Certains blocs de pierre sont récupérés et retaillés pour le nouveau bâtiment.

Le terrain pose problème, car les fondations ne tiennent pas. Les ouvriers enfoncent donc dans le sol des pieux de chêne de 10 mètres de long et de 30 centimètres de diamètre.
Au plus fort des travaux, près de 1 500 ouvriers s’activent. Les grues géantes et les ponts roulants font la une de la presse, mais les pierres arrivent de la Seine au chantier tirées par des animaux.
Le matériel arrive lui aussi par bateau, car la capitale entière est en chantier. Un peu comme à l’époque où le premier hypermarché Carrefour bousculait les habitudes, Paris découvre alors une modernité qui inquiète autant qu’elle fascine.
Mais que reste-t-il de ce décor une fois la fête terminée ?
1900 : 51 millions de visiteurs sous une verrière jamais vue
Le Grand Palais ouvre ses portes au public le 16 mai 1900, quelques jours après l’inauguration de l’Exposition universelle. L’événement attire 51 millions de visiteurs, soit 21 millions de plus que l’édition de 1889, celle qui avait révélé la tour Eiffel.
Pour mesurer l’écart, rappelle-toi qu’on parle d’une époque sans voiture ni télévision. Plus tard, Disney World attirera les foules avec ses attractions, mais le Grand Palais, lui, a d’abord fait voyager avec du verre et du métal.

Sa nef mesure 13 500 m² sur 200 mètres de long. Elle est coiffée d’une verrière de 17 500 m², la plus grande d’Europe.
Une coupole culmine à 60 mètres. Le choix d’un toit de verre n’est pas un caprice : il laisse entrer un maximum de lumière naturelle dans les halls d’exposition.
Après l’Expo, le palais devient un centre de la vie culturelle de Paris. En 1905, il est même au cœur du scandale du Salon d’Automne.
Et ce n’est pas la dernière tempête qu’il va traverser.
Caserne, hôpital, flammes : les années noires du monument
Pendant la Première Guerre mondiale, le Grand Palais ne reçoit plus d’expositions. Il sert d’abord de caserne, où les troupes se rassemblent avant le front, puis d’hôpital militaire et de centre de rééducation.
L’hôpital ferme en juin 1919. Les galeries où l’on admirait des tableaux ont accueilli des blessés pendant des mois.
L’épreuve suivante est plus violente encore. Le 23 août 1944, pendant la Libération de Paris, des policiers résistants retranchés dans l’édifice échangent des tirs avec des soldats allemands.
L’échange déclenche un incendie qui ravage le bâtiment. La verrière, elle, finira par s’assombrir : certaines parois de verre ont été peintes en noir au fil du temps, ce qui a cloisonné le lieu.
Mais le pire danger ne venait ni de la guerre ni du feu.
Le plan qui aurait pu l’effacer de Paris
Dans les années 1960, André Malraux est ministre des Affaires culturelles. Il confie à l’architecte Le Corbusier un projet de musée du XXe siècle.
Le Corbusier veut l’implanter à l’endroit même du Grand Palais, ce qui suppose de le détruire. Le projet, d’abord pensé pour le quartier de la Défense, aurait changé le visage de Paris.
Il n’a jamais vu le jour. La nef et sa verrière sont classées monuments historiques en 1975, puis tout le bâtiment est protégé en 2000, pour le centenaire de l’Exposition de 1900.
Ce statut a sécurisé son avenir face aux investisseurs privés qui lorgnaient cet emplacement en plein cœur de Paris. Restait un détail : le monument n’avait jamais été rénové dans son ensemble.
Aujourd’hui : plus de lumière, presque deux fois plus de monde
En décembre 2020, tous les espaces d’exposition ferment pour une rénovation avant les Jeux de Paris 2024. Le chantier démarre en mars 2021 et vise à retrouver la transparence d’origine.
L’architecte en chef des monuments historiques François Châtillon explique que l’idée n’est pas de retrouver un état figé de 1900. Il s’agit de rendre au lieu sa clarté, en supprimant ce qui l’avait cloisonné et assombri.
Le monument peut désormais accueillir près de 9 000 personnes, contre 5 600 auparavant. Des ouvertures dans les axes nord-sud et est-ouest redonnent aussi au lieu son allure de promenade, voulue en 1900.
En 2024, Chanel y organise de nouveau son défilé de la Fashion Week sous la verrière. Les platanes plantés en 1900 ont même reçu en 2015 le label « Arbres remarquables de France ».
Et dans 30 ans, que dira-t-on de nous ?
En 1897, on abattait un palais jugé trop lourd. En 2020, on fermait le suivant pour lui rendre sa lumière. Chaque époque croit bien faire.
Dans trente ans, on trouvera sans doute notre époque tout aussi étonnante : nos rénovations, nos défilés sous verrière, nos Jeux dans un palais de 1900.
Si tu aimes ces lieux dont le décor a tout changé, plonge dans l’histoire de ces parcs d’attractions disparus qui faisaient rêver tes parents. Tu peux aussi retrouver ces jouets introuvables aujourd’hui qui ont marqué l’enfance de toute une génération.