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1932 : quand l’armée australienne a déclaré la guerre à 20 000 émeus et a perdu

Publié par Elsa Fanjul le 25 Juil 2026 à 5:39

Imaginez la scène : des soldats aguerris, fraîchement sortis des tranchées de la Première Guerre mondiale, armés de mitrailleuses Lewis. En face ? Des oiseaux. Et pourtant, en 1932, cette armée a fini par plier bagage devant ses adversaires à plumes.

Direction l’Australie-Occidentale, dans la région de Campion. Cette histoire vraie, aussi absurde que fascinante, mérite d’être racontée comme il se doit.

Des vétérans de guerre contre des fermiers désespérés

Après la Première Guerre mondiale, le gouvernement australien avait installé des vétérans démobilisés sur des terres agricoles dans l’ouest du pays. L’idée : leur offrir une nouvelle vie en tant que fermiers.

Sauf que la Grande Dépression frappe de plein fouet, et ces agriculteurs peinent déjà à s’en sortir. C’est là qu’un autre problème débarque, littéralement en masse.

Chaque année, environ 20 000 émeus migrent vers ces terres agricoles à la recherche d’eau et de nourriture. Ces oiseaux, qui peuvent mesurer près de 2 mètres, ravagent les cultures de blé sur leur passage.

Les clôtures ne suffisent plus à les arrêter. Les récoltes sont détruites, les fermiers sont ruinés, et la colère monte.

Émeus sauvages courant dans les champs australiens

Quand l’armée décide de sortir l’artillerie lourde

Face à la détresse des agriculteurs, une délégation obtient gain de cause auprès du ministre de la Défense de l’époque, Sir George Pearce. Sa réponse ? Envoyer l’armée, rien que ça.

Le major G.P.W. Meredith est chargé de l’opération, accompagné de deux soldats et surtout, de deux mitrailleuses Lewis et 10 000 cartouches. L’objectif est clair sur le papier : exterminer un maximum d’émeus.

Cette opération militaire contre des oiseaux a des allures de blague, mais elle est bien réelle. Des journalistes sont même présents pour couvrir l’événement, certains y voyant l’occasion de filmer les émeus pour l’exportation de leurs plumes.

Le 2 novembre 1932, les soldats repèrent enfin leur cible : environ 50 émeus. Le moment tant attendu arrive.

Le fiasco absolu qui a humilié l’armée australienne

Les soldats ouvrent le feu… et c’est la catastrophe. Les émeus, terrifiés mais loin d’être stupides, se dispersent dans toutes les directions, rendant les tirs de groupe totalement inefficaces.

Pire encore : ces oiseaux se révèlent capables de courir jusqu’à 50 km/h, et leur robustesse est impressionnante. Plusieurs témoignages rapportent que même touchés, certains émeus continuaient de courir comme si de rien n’était.

Le major Meredith tente une nouvelle tactique quelques jours plus tard : monter une mitrailleuse sur un camion pour poursuivre les oiseaux en mouvement. Résultat ? Le terrain trop cahoteux empêche toute précision de tir, et l’arme finit même par s’enrayer.

Soldat australien avec mitrailleuse pourchassant des émeus en 1932

Au bout de six jours d’opération, le bilan est accablant. Sur environ 2 500 cartouches tirées, seuls quelques centaines d’émeus auraient été abattus, les estimations variant selon les sources entre 50 et 500 oiseaux.

Le major Meredith lui-même aurait comparé les émeus à des zoulous, notant leur capacité à encaisser les balles comme des blindés. Une phrase qui résume bien l’humiliation subie par l’armée.

La retraite honteuse et la légende qui perdure

Face à cet échec cuisant, l’armée finit par abandonner l’opération le 8 novembre 1932. Les autorités retirent officiellement leurs troupes, laissant les émeus victorieux sur le terrain.

Cette défaite militaire face à des oiseaux a rapidement fait le tour du monde, tournant en dérision les forces armées australiennes. Le Parlement australien lui-même a débattu de l’affaire, certains élus se moquant ouvertement de la situation.

Cette histoire insolite illustre à quel point la nature peut parfois déjouer les plans les mieux pensés. Un peu comme ces découvertes surprenantes qui continuent de fasciner les scientifiques en Australie, à l’image de ce prédateur vieux de 26 millions d’années récemment déterré sous une plage.

Aujourd’hui encore, la « Grande Guerre des émeus » reste un cas d’école cité dans les manuels d’histoire militaire pour illustrer les limites de la puissance de feu face à un adversaire imprévisible. Les fermiers, eux, ont fini par se tourner vers des solutions plus efficaces : des clôtures renforcées et des primes à la capture.

Quant aux émeus, ils continuent de prospérer en Australie, symbole malgré eux d’une victoire improbable contre l’une des plus grandes puissances militaires de leur époque. Une revanche de la nature qui n’a rien à envier aux autres anecdotes insolites venues du pays.

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