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Il court 4 km sur un urinoir juste pour agacer les fans de Strava, et ça marche

Publié par Mathieu le 11 Août 2026 à 9:05
Il court 4 km sur un urinoir juste pour agacer les fans de Strava, et ça marche

Sur Strava, tout le monde connaît ce petit frisson de fierté quand une sortie s’affiche en kilomètres et en records. Mais un créateur néerlandais a décidé de retourner cette culture du chiffre contre elle-même, d’une manière aussi absurde que jubilatoire. Il court sur place, pendant de longues minutes, sur des objets où personne n’aurait jamais l’idée d’enfiler des baskets. Et le plus fou, c’est que son compteur affiche bel et bien des kilomètres.

Un urinoir, un lavabo, et des kilomètres qui n’existent pas vraiment

Le compte Instagram JOSSA (@jossa.42195) a bâti tout son succès sur un concept aussi simple que grinçant : piétiner sur place dans des lieux improbables tout en affichant une distance sur Strava. Urinoir, machine à café, lavabo : le décor change, mais le principe reste identique. On le voit trottiner sans bouger, et l’appli affiche 4,02 km comme s’il venait de boucler un jogging classique.

Ses vidéos circulent aujourd’hui bien au-delà des Pays-Bas, reprises en France où certains y voient une moquerie directe des utilisateurs de Strava. Le concept, baptisé « rennen op random plekken » (« courir dans des endroits aléatoires »), s’inscrit dans une tendance plus large de contenus insolites qui détournent des habitudes numériques bien ancrées, un peu comme ces internautes qui interrogent une intelligence artificielle pour des usages qu’elle n’a jamais été conçue à gérer.

Comment un GPS peut afficher 4 km sans qu’on ait vraiment bougé

La question qui revient sans cesse dans les commentaires est simple : comment une activité peut-elle afficher plusieurs kilomètres quand le coureur reste dans quelques dizaines de centimètres carrés ? Une activité Strava ne dépend pas uniquement du GPS d’un smartphone. Elle peut provenir d’une montre connectée ou d’une autre application compatible, avec ses propres méthodes de calcul.

En intérieur, le signal satellite devient souvent imprécis. Une position qui dérive légèrement peut suffire à ajouter artificiellement de la distance, sans que le coureur ait réellement avancé. Impossible donc, avec les seules vidéos publiées, de confirmer que les chiffres affichés sont exacts ou entièrement fabriqués. Ce flou entretient justement la polémique, un peu comme d’autres phénomènes viraux qui jouent sur l’ambiguïté des contenus difficiles à vérifier qui circulent aujourd’hui en ligne.

Ce qui agace vraiment, ce n’est pas tant l’endroit choisi que le détournement du sérieux propre à ces indicateurs. Sur Strava, une distance ou une allure sont censées traduire un effort réel. En affichant 4 km depuis un urinoir, JOSSA prive ces chiffres de leur crédibilité, et touche à une culture où la performance affichée compte parfois presque autant que la sensation vécue.

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La vraie mécanique derrière ses vidéos n’a rien à voir avec Strava

Montre connectée et smartphone affichant une carte de course

Présenter son projet comme une attaque frontale contre Strava serait pourtant une erreur. Le concept de JOSSA est d’abord pensé pour Instagram : chaque nouvel abonné ajoute quelques mètres à la distance qu’il devra parcourir lors de sa prochaine vidéo. Une règle qui transforme sa popularité numérique en contrainte physique bien réelle, un mécanisme aussi malin que celui de ces créateurs qui transforment des défis absurdes en machines à engagement.

Le système s’auto-alimente à merveille. Plus ses vidéos paraissent absurdes, plus elles sont regardées et partagées. Plus elles circulent, plus il gagne d’abonnés. Et plus il gagne d’abonnés, plus il devra courir longtemps la fois suivante. La course à pied devient alors un simple accessoire de mise en scène, loin de tout objectif de record ou de compétition.

Le plus ironique, c’est que les internautes qui s’indignent et calculent sérieusement son allure participent malgré eux à cette boucle. Chaque commentaire, même négatif, augmente la visibilité de la publication. Ceux qui veulent démontrer l’absurdité du défi finissent par nourrir exactement le mécanisme qu’ils dénoncent, un piège viral que l’on retrouve régulièrement dès qu’un contenu clivant capte l’attention des réseaux sociaux.

JOSSA se moque d’une course à pied réduite à des chiffres et à une validation sociale, mais il utilise exactement les mêmes ressorts pour faire grossir son propre compte. Il ne sort donc jamais vraiment de la logique qu’il détourne : il la déplace simplement de Strava vers Instagram.

Au fond, ses vidéos ne racontent pas seulement un urinoir transformé en piste de course. Elles mettent le doigt sur une obsession bien réelle du running connecté : celle qui pousse à mesurer, publier et faire valider presque chaque kilomètre parcouru, même quand ce kilomètre n’existe pas vraiment. Et vous, seriez-vous capable de reconnaître un chiffre trafiqué sur votre propre appli de course ?

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