Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Insolite

Le Wi-Fi de ton hôtel s’appelle « Linksys » par défaut — et l’histoire derrière ce nom vaut le détour

Publié par le 11 Juin 2026 à 10:01

Tu as déjà cherché un réseau Wi-Fi dans un hôtel, un Airbnb ou chez tes parents et tu es tombé sur « Linksys » ? Ce nom, tu l’as vu des dizaines de fois sans jamais te demander d’où il venait. Pourtant, derrière ces sept lettres, il y a deux immigrés taïwanais, un garage en Californie et un coup de poker à 500 millions de dollars.

Un couple d’immigrés dans un garage de Californie

En 1988, Janie et Victor Tsao débarquent aux États-Unis depuis Taïwan avec une idée simple : connecter des ordinateurs entre eux. À l’époque, Internet n’existe pas encore pour le grand public. Les PC sont des machines isolées, incapables de communiquer sans câbles spéciaux hors de prix.

Couple taïwanais travaillant dans un garage californien en 1988

Le couple s’installe dans le garage de leur maison à Irvine, en Californie. Leur premier produit est un petit boîtier qui permet de relier deux ordinateurs entre eux. Rien de spectaculaire, mais c’est exactement ce dont les petites entreprises ont besoin.

Le nom « Linksys » est une contraction brutale de deux mots : « Link » (lien) et « Sys » (système). Pas de brainstorming avec une agence de pub, pas de focus group. Juste deux syllabes qui décrivent ce que le produit fait. Connecter des systèmes entre eux. Mais le plus fou, c’est que ce nom de garage allait devenir l’un des mots les plus affichés sur les écrans du monde entier.

Le bluff qui a tout changé

Pendant les années 1990, Linksys reste une micro-entreprise. Victor et Janie fabriquent des hubs, des switches, du matériel réseau que seuls les geeks connaissent. Le chiffre d’affaires tourne autour de quelques millions de dollars. Rien de comparable avec les mastodontes comme Cisco ou 3Com.

Routeur Linksys WRT54G bleu iconique sur un bureau

Puis arrive l’an 2000 et l’explosion d’Internet dans les foyers. Les gens veulent du Wi-Fi chez eux, mais personne ne comprend comment ça marche. Linksys fait un pari risqué : vendre des routeurs directement aux particuliers, pas aux entreprises.

À l’époque, c’est presque absurde. Les routeurs coûtent une fortune et sont réservés aux professionnels. Linksys sort le WRT54G, un petit boîtier bleu avec deux antennes ridicules. Prix : moins de 70 dollars. C’est trois fois moins cher que la concurrence.

Le produit explose. Best Buy, Walmart, toutes les grandes surfaces américaines le veulent en rayon. En deux ans, Linksys passe de PME de garage à leader mondial du routeur domestique. Ce petit boîtier bleu devient l’objet le plus vendu de l’histoire du réseau grand public. Et c’est précisément ce succès fulgurant qui va attirer un prédateur.

Cisco sort le chéquier : 500 millions cash

En 2003, Cisco Systems — le géant mondial des réseaux d’entreprise — frappe à la porte. Le mastodonte de San José ne s’intéresse pas aux petites entreprises. Son truc, ce sont les data centers, les infrastructures de multinationales, les contrats à plusieurs zéros.

Mais Cisco a un problème : le marché grand public lui échappe totalement. Les gens achètent Linksys sans même savoir que Cisco existe. Alors Cisco fait ce que Cisco fait : racheter. Le prix ? 500 millions de dollars. Cash.

Pour un couple parti d’un garage quinze ans plus tôt, c’est un jackpot vertigineux. Victor et Janie Tsao acceptent. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, loin de là.

Le routeur qui a failli détruire Cisco en justice

Voilà le twist que presque personne ne connaît. Le fameux WRT54G, le petit routeur bleu, fonctionnait grâce à un logiciel basé sur Linux — un système open source, donc gratuit et libre. Le problème, c’est que la licence Linux (appelée GPL) oblige quiconque l’utilise à publier le code source.

Linksys ne l’a jamais fait. Et quand Cisco a racheté la boîte, le géant a hérité du problème. La communauté des développeurs open source a hurlé. Des poursuites ont été envisagées. Cisco, d’habitude intouchable, s’est retrouvé dans une situation absurde : menacé par des bénévoles en T-shirt.

Sous la pression, Cisco a fini par publier le code. Et là, coup de théâtre : des milliers de développeurs dans le monde se sont jetés dessus. Ils ont créé des versions améliorées du logiciel du routeur, transformant le petit boîtier bleu à 70 dollars en machine surpuissante. Le WRT54G est devenu le routeur le plus hacké, le plus modifié et le plus culte de l’histoire de l’informatique.

Pourquoi tu vois encore « Linksys » partout en 2025

Cisco a revendu Linksys en 2013 à Belkin, un autre fabricant californien, pour un montant jamais officiellement confirmé mais estimé à environ 200 millions. Soit moins de la moitié du prix d’achat. Une belle perte sèche pour le géant.

Mais le nom, lui, a survécu à tout. À Cisco, à Belkin, à l’arrivée des Google Wifi et autres Amazon Eero. Si tu vois encore « Linksys » quand tu cherches un réseau, c’est souvent parce que le propriétaire du routeur n’a jamais changé le nom par défaut. C’est devenu un réflexe, comme ces logos qu’on voit sans jamais les questionner.

Le WRT54G original, celui du garage, se vend aujourd’hui sur eBay entre 50 et 150 euros comme objet de collection. Des ingénieurs l’achètent par nostalgie. D’autres pour le hacker, encore et toujours, vingt ans après.

La prochaine fois que ton téléphone affiche « Linksys » dans la liste des réseaux Wi-Fi, tu sauras que derrière ce nom se cachent un garage à Irvine, un demi-milliard de dollars et le routeur le plus rebelle de l’histoire d’Internet. De quoi briller au prochain dîner — ou au moins impressionner ton beau-frère qui galère avec sa box.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *