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Il se déclare golfeur pro à 46 ans sans avoir jamais joué et signe 121 coups à l’Open : un club du Michigan crée un tournoi à son nom

Publié par Hannah Maline le 06 Nov 2026 à 8:31

Vous pensez que votre dernier raté au bureau était gênant ? Attendez de découvrir l’histoire de Maurice Flitcroft. Un grutier, un manuel emprunté à la bibliothèque, et le plus vieux tournoi de golf de la planète.

Ce qui s’est passé ensuite a fait de lui une légende. Et pas pour les raisons qu’il imaginait.

Un grutier de Barrow-in-Furness qui rêve trop grand

Maurice Gerald Flitcroft naît le 23 novembre 1929 à Manchester. Gamin, il est évacué à Kendal pendant la guerre, puis il s’engage dans la marine marchande. Il finit par s’installer à Barrow-in-Furness, dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Là, il travaille comme grutier au chantier naval Vickers-Armstrongs. Il enchaîne aussi les petits boulots : vendeur de cirage, plongeur de haut vol, marchand de glaces. Un CV qui ne laisse rien présager de golfique.

Selon ses mémoires inédits, tout démarre en 1974. Il regarde à la télévision le Piccadilly World Match Play Championship et attrape le virus. Problème : son niveau réel se résume à quelques coups tapés sur des terrains vagues près de chez lui.

Alors, comment passer de la pelouse du quartier au plus prestigieux tournoi du monde ? Sa méthode est simple, et un peu folle.

Le plan le plus culotté de l’histoire du golf

Grutier anglais sur un parcours de golf avec son sac rouge

Flitcroft s’inspire d’un précédent. En 1965, Walter Danecki, un postier de Milwaukee, s’était inscrit à l’Open en se présentant comme professionnel. Il avait rendu 221 coups sur deux tours de qualification.

Maurice découvre alors un obstacle de taille. Les amateurs doivent justifier d’un handicap officiel, et lui n’en a aucun. Sa solution tient en une ligne : il se déclare tout simplement golfeur professionnel.

Pour se préparer, il étudie un manuel d’instruction signé Peter Alliss, emprunté à la bibliothèque municipale. Pas de coach, pas de stage, pas de driving range. Juste un livre et beaucoup de confiance.

Ça passe. Il décroche une place au tour de qualification de l’Open 1976, sur le parcours de Formby. Il a 46 ans, un sac en imitation cuir rouge et des clubs bon marché. Vous voyez où ça va se gâter ?

121 coups : le jour où le par s’est évaporé

Le jour J, Flitcroft joue son tout premier parcours officiel de golf. Au bout des 18 trous, la carte affiche 121 coups, soit 49 au-dessus du par. C’est le pire score jamais enregistré dans l’histoire du tournoi.

Les organisateurs, eux, ne rient pas. La R&A, l’instance qui gère le golf, tente de lui interdire de rejouer. Le règlement de l’Open est même modifié pour l’empêcher de se réinscrire.

Maurice, lui, n’a aucune intention de raccrocher. La presse s’empare du personnage et le baptise « le pire golfeur du monde ». Une étiquette qu’il porte avec un sourire désarmant.

La vraie question, désormais, c’est de savoir jusqu’où il ira pour revenir. Et la réponse dépasse tout ce qu’on peut imaginer.

Moustaches, perruques et faux noms : l’obstination d’un fantôme

Homme lisant un manuel de golf à la bibliothèque

Interdit de tournoi ? Flitcroft contourne. Pendant près de deux décennies, il s’inscrit sous des pseudonymes. Il lui arrive de se déguiser avec fausses moustaches, perruques ou casquette de chasseur pour tromper la vigilance des organisateurs.

Son niveau ne progresse jamais vraiment vers le professionnalisme. Mais sa passion, elle, ne faiblit pas. Il dispute l’Open pour la dernière fois en 1990.

Ce que beaucoup prenaient pour de la bouffonnerie ressemble plutôt à de la ténacité pure. Un homme ordinaire qui refuse de renoncer à un rêve, même ridicule aux yeux des autres.

Et pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, des golfeurs ont décidé de lui offrir une revanche inattendue.

Le Michigan lui offre ce que l’Open lui refuse

En 1978, le Blythefield Country Club de Grand Rapids, dans le Michigan, crée un événement à son nom : le « Maurice Gerald Flitcroft Member-Guest Tournament ». Un tournoi annuel, rien que pour lui.

Dix ans plus tard, en 1988, les organisateurs l’invitent à jouer la 10e édition. Il a 58 ans, et c’est sa première partie aux États-Unis. Le banni de l’Open devient l’invité d’honneur d’un club américain.

L’ironie est savoureuse. Celui que les instances voulaient écarter est célébré par des golfeurs qui voient en lui l’esprit même du jeu : y aller, juste pour le plaisir d’essayer.

Maurice Flitcroft est mort le 24 mars 2007. Mais son histoire, elle, a continué de voyager.

De la honte au grand écran

Golfeur anglais accueilli dans un club du Michigan

En 2022, sa vie devient un film : The Phantom of the Open, avec Mark Rylance dans le rôle principal. Le projet a mûri pendant 14 ans, depuis qu’un duo de producteurs a eu l’idée de raconter ce destin hors norme.

Son fils James a témoigné de ce que c’était, d’avoir pour père le pire golfeur du monde. Le film, sorti en salles en mars 2022, lui offre une consécration que son swing n’aurait jamais permise.

Au fond, que retenir de cette histoire ? Qu’on peut échouer de façon spectaculaire et devenir plus célèbre que bien des vainqueurs. Et si vous aimez les destins qui défient la logique, cette éphéméride du 6 novembre réserve elle aussi quelques surprises.

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