Mondial de l’auto en 1898 : aux Tuileries, 140 000 curieux et un test imposé aux voitures
Juin 1898, Paris. Sur la terrasse du jardin des Tuileries, des voitures sans chevaux attirent des foules entières. Plus de 120 ans plus tard, le même rendez-vous remplit les halls de la porte de Versailles.
Entre les deux, une envolée jusqu’à un record à sept chiffres, puis une chute. Et la voiture la plus applaudie de l’histoire du salon n’est peut-être pas celle que tu crois.
Des voitures sous les arbres, et un examen avant d’entrer
C’est l’Automobile Club de France qui organise en 1898 la première exposition internationale d’automobiles. Le décor n’a rien d’un hall high-tech : une terrasse du jardin des Tuileries, en plein air, à deux pas du Louvre.
Pas question d’y exposer n’importe quoi. Pour être admises, les voitures devaient d’abord réussir un aller-retour Paris-Versailles. Un vrai test de fiabilité, à une époque où les pannes faisaient partie du voyage.
Au final, 232 exposants ont franchi l’épreuve. Ils ont présenté leurs modèles à environ 140 000 visiteurs, d’après l’histoire du salon retracée par Motorlegend. L’enthousiasme était déjà général.

Une seconde édition suit aux Tuileries dès juin 1899. Mais le plus beau décor restait à venir, et il portait un nom prestigieux.
Le Grand Palais, puis le trop-plein
En 1900, l’Exposition universelle fait annuler le salon. Il revient en 1901 au Grand Palais, en bordure des Champs-Élysées, un cadre jugé digne du prestige de cette industrie naissante.
En 1902, on compte 230 000 visiteurs. Le salon mise sur l’électricité, avec un spectacle d’images et de lumière où figure le cinématographe de Gaumont. Les Fiat italiennes, les Mercedes allemandes et les Napier anglaises font sensation.
Dès 1904, le Grand Palais devient trop petit. Les camions sont envoyés Cours la Reine, dans les serres de la Ville de Paris. Une idée à garder en tête pour comparer avec aujourd’hui.
En 1919, l’exposition prend pour la première fois le nom de « Salon de l’Auto ». Citroën y impose sa type A, présentée comme la première voiture « démocratique » européenne, construite à 100 unités par jour. Comme le premier Carrefour de 1963, elle annonce une France qui consomme en masse.
Du record à 1,46 million à la chute
Après la guerre, la foule revient : 809 000 visiteurs, le double de l’avant-guerre. Ils viennent admirer la Dyna Panhard et la 4 CV Renault, devenue le symbole du redressement français.
En 1988, le salon prend le nom de « Mondial de l’Automobile ». Il déménage depuis longtemps à la porte de Versailles, où il s’installe pour les éditions les plus récentes.

Le sommet arrive en 2004 : 1 460 803 visiteurs, record absolu. Ce chiffre est dix fois supérieur à celui de 1898 et tient toujours.
Ensuite, la fréquentation n’a cessé de baisser, comme celle des autres salons internationaux. L’édition 2022 a laissé un souvenir mitigé aux visiteurs, qui trouvaient la grand-messe en dessous de ses promesses.
2024 : la surprise du retour
Du 15 au 20 octobre 2024, le Mondial a rouvert ses portes à Paris. Il a attiré 508 007 visiteurs en six jours. Les organisateurs, Hopscotch et la Plateforme automobile, y voient un retour progressif à la croissance.
Le salon a retrouvé des groupes comme BMW ou Volkswagen. Il propose aussi une plus grande variété d’exposants qu’en 2022. De quoi relancer la machine, même si le chiffre reste loin des 1,46 million de 2004.
Compare : en 1898, on devait prouver qu’une voiture savait rouler 2 fois 20 km environ pour entrer. En 2024, l’enjeu est d’expliquer l’électrification et la concurrence chinoise. Le pari de la transition climatique a remplacé celui de la fiabilité.
Pourquoi un salon change autant en 126 ans
D’abord, la voiture a quitté son statut de curiosité. En 1898, elle fascinait comme une machine étrange. Au fil des décennies, elle est devenue un produit de masse, puis un objet du quotidien.
Ensuite, les salons ont perdu le monopole de la nouveauté. Autrefois, il fallait venir pour voir. Aujourd’hui, une présentation se regarde en vidéo, comme on suit le ticket de Disney World de 1971 en trois clics.
Enfin, le décor a changé avec la foule. Des Tuileries au Grand Palais, puis aux halls de la porte de Versailles : chaque lieu est devenu trop petit pour le salon, ou le salon trop grand pour le lieu.
La voiture reste un rêve d’enfant, comme ces jouets disparus des rayons. Et le monde d’avant le téléphone fixe paraît déjà lointain.
Dans 30 ans, on trouvera sans doute notre époque tout aussi étrange. Quelqu’un s’étonnera qu’on ait fait la queue pour regarder des voitures dans un hall. Un détail de l’histoire française se cache aussi sous nos pieds : 48 000 tonnes d’or dorment sous la France. Et un autre jour a changé le pays plus vite encore, quand la France a aboli la royauté en 1792.