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Le Monopoly copie un jeu féministe de 1904 que son inventeur a effacé de l’histoire

Publié par Elsa Fanjul le 24 Juil 2026 à 10:02

Pendant des décennies, Parker Brothers a raconté la même histoire : Charles Darrow, chômeur pendant la Grande Dépression, invente le Monopoly sur sa table de cuisine et devient millionnaire. Sauf que cette version est un mensonge total.

Le vrai jeu existait déjà 30 ans avant, déposé par une femme que l’industrie du jouet a soigneusement rayée des mémoires. Son nom : Elizabeth Magie.

Portrait d'une inventrice de jeu de société début 1900

Une femme dépose un brevet en 1904, bien avant Darrow

Elizabeth Magie était une actrice, écrivaine et ingénieure autodidacte, engagée politiquement à une époque où les femmes n’avaient même pas le droit de vote aux États-Unis. En 1904, elle dépose le brevet du « Landlord’s Game », littéralement « le jeu du propriétaire ».

Le plateau ressemble déjà étrangement à celui qu’on connaît : des cases à acheter, des loyers à payer, une case prison. Mais le but du jeu, lui, n’a rien à voir avec ce qu’est devenu le Monopoly.

Magie voulait illustrer les théories économiques de Henry George, un penseur qui dénonçait la concentration des richesses entre les mains de quelques propriétaires fonciers. Son jeu devait faire comprendre, en s’amusant, pourquoi le monopole était un problème de société.

Un jeu pensé pour dénoncer les riches, pas pour les imiter

Le détail le plus fou : le « Landlord’s Game » avait deux règles possibles. La première, monopolistique, où un seul joueur écrase tous les autres en rachetant tout. La seconde, anti-monopolistique, où les richesses générées par les loyers étaient redistribuées équitablement à tous.

Magie espérait que les joueurs, en testant les deux versions, réaliseraient à quel point le capitalisme sans limite était injuste. Elle voulait un outil pédagogique, presque un manifeste politique déguisé en jeu de société familial.

Famille jouant à un jeu de société vintage autour d'une table

Le jeu circule pendant des années dans des cercles universitaires et des communautés quakers, notamment en Pennsylvanie. Chacun y va de sa propre variante, ajoute des noms de rues locales, modifie les règles à sa sauce. C’est exactement ce bricolage collectif qui va tout changer.

Comment Darrow a récupéré le jeu d’une communauté entière

Charles Darrow découvre une version du jeu chez des amis quakers dans les années 1930, avec des noms de rues d’Atlantic City déjà inscrits dessus. Il ne l’invente pas : il le recopie, le peaufine visuellement, et le propose à Parker Brothers.

L’entreprise flaire le potentiel commercial énorme et rachète les droits à Darrow, qui touchera des royalties à vie et deviendra millionnaire. Mais Parker Brothers découvre vite que le jeu existe déjà sous d’autres formes, brevet à l’appui.

Pour sécuriser leur投 investissement, ils retrouvent Elizabeth Magie et lui rachètent son brevet original… pour 500 dollars. Sans aucune royaltie. Sans jamais mentionner son nom dans le packaging du jeu qui allait devenir l’un des plus vendus de l’histoire.

Le twist que personne ne raconte

Le plus ironique dans cette histoire : Elizabeth Magie a vu son message politique totalement retourné. Elle voulait dénoncer les monopoles et l’accumulation de richesse par quelques-uns. Le jeu qui porte son héritage est devenu la célébration ultime de cette même accumulation.

Il a fallu attendre les années 1970 pour que la vérité éclate, lors d’un procès entre Parker Brothers et un professeur d’économie qui avait créé un jeu concurrent nommé « Anti-Monopoly ». Les recherches menées pour ce procès ont exhumé le brevet original de Magie.

Aujourd’hui encore, la boîte de Monopoly vendue en supermarché ne mentionne jamais Elizabeth Magie. Le mythe de Darrow, l’inventeur solitaire miraculeusement enrichi pendant la crise de 1929, reste l’histoire officielle racontée aux enfants.

La prochaine fois que tu joues au Monopoly en famille, tu sauras que le jeu a été volé à une femme qui voulait dénoncer exactement ce que tu es en train de faire : ruiner tes proches en accumulant des hôtels sur la rue de la Paix. De quoi briller en soirée avec cette anecdote.

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