La salle de bal du Moulin Rouge dans les années 1900 : ce qu’elle est devenue va vous surprendre
En 1889, une gigantesque enseigne rouge s’allume boulevard de Clichy. À l’intérieur, des ouvrières, des cochers et quelques bourgeois en goguette se pressent pour voir des danseuses lever la jambe plus haut que la décence ne l’autorise.
Aujourd’hui, le même bâtiment accueille chaque soir des touristes venus de Tokyo, New York ou Dubaï, prêts à débourser plusieurs centaines d’euros pour un dîner-spectacle. Entre les deux, cent trente-cinq ans d’histoire ininterrompue.
Le cabaret populaire qui scandalisait le Paris bourgeois
À l’ouverture, le Moulin Rouge n’a rien d’un lieu chic. C’est un cabaret populaire où l’on vient boire, danser et surtout regarder le french cancan, cette danse jugée obscène par une partie de la bonne société parisienne.

Les danseuses les plus célèbres, comme La Goulue ou Jane Avril, deviennent de véritables stars locales. Elles lèvent la jambe à plus de 90 degrés, dévoilant jupons et dessous dans un tourbillon de dentelle qui fait scandale et attire les foules.
Le peintre Henri de Toulouse-Lautrec fréquente assidûment l’établissement dans les années 1890. Il en fait le sujet de dizaines d’affiches et de tableaux, contribuant malgré lui à populariser le lieu bien au-delà de Montmartre.
La salle originale brûle entièrement en 1915, pendant la Première Guerre mondiale. Le cabaret reste fermé plusieurs années avant de rouvrir dans les années 1920, avec une programmation déjà plus tournée vers le grand spectacle.
Mais ce Moulin Rouge du début du siècle, populaire et sulfureux, n’a presque plus rien à voir avec l’institution touristique que l’on connaît aujourd’hui.
Le music-hall à 200 euros le couvert qui affiche complet chaque soir
En 2026, le Moulin Rouge propose deux revues par soir, à 21h et 23h, presque tous les jours de l’année. Le spectacle actuel, baptisé Féerie, mobilise une soixantaine d’artistes sur scène.

Les costumes sont couverts de plumes, de strass et de paillettes, certains pesant plusieurs kilos. Le french cancan reste au cœur du show, mais entouré de numéros de patinage artistique, de dressage de pythons ou d’acrobaties aériennes.
Côté prix, le ticket d’entrée avec une coupe de champagne démarre autour de 90 euros. Pour un dîner-spectacle complet, comptez facilement entre 200 et 250 euros par personne, boissons comprises.
Le public a totalement changé de visage. Environ 90% des spectateurs sont aujourd’hui des touristes étrangers, principalement américains, japonais et originaires du Golfe, venus cocher une étape obligée de leur séjour parisien.
Comment un cabaret populaire pour ouvriers parisiens s’est-il transformé en vitrine du luxe à la française pour visiteurs fortunés ?
Comment un cabaret de quartier est devenu une vitrine du luxe français
Le tournant se joue dans l’entre-deux-guerres. Le Moulin Rouge abandonne progressivement son image sulfureuse pour se repositionner comme un music-hall haut de gamme, à la manière du Lido ou des Folies Bergère.
L’après-guerre accélère la mue. Avec l’essor du tourisme international dans les années 1950-1960, Paris devient une destination mondiale et le cabaret capitalise sur son image forgée par Toulouse-Lautrec, devenue un argument marketing en soi.
La revue Frou-Frou en 1963 marque un jalon : c’est la première à intégrer des décors mécanisés et des jeux de lumière sophistiqués, préfigurant les shows à grand spectacle actuels.
Le film Moulin Rouge de Baz Luhrmann en 2001, avec Nicole Kidman, offre un coup de projecteur planétaire inattendu. Les réservations depuis l’étranger explosent dans les années qui suivent sa sortie.
Aujourd’hui, l’établissement emploie plus de 400 personnes et reste une entreprise familiale, dirigée par les descendants de Joseph Oller, l’un des deux fondateurs de 1889.
Dans 30 ans, nos spectacles d’aujourd’hui feront sourire
Le french cancan scandaleux d’hier est devenu un patrimoine culturel protégé, presque muséifié. Les jupons qui choquaient la bourgeoisie parisienne ornent aujourd’hui des affiches vendues comme souvenirs de luxe.
Difficile d’imaginer ce que deviendra le divertissement parisien dans trois décennies. Peut-être que nos revues à paillettes actuelles sembleront alors aussi datées que les danseuses de 1900 nous paraissent aujourd’hui pittoresques.
Une chose est sûre : depuis 135 ans, ce même bâtiment du boulevard de Clichy n’a jamais cessé de faire tourner ses spectacles, traversant guerres, incendies et modes sans jamais fermer durablement ses portes.