Napoléon buvait du café empoisonné : le mythe qui a survécu 200 ans à l’autopsie
Sainte-Hélène, 5 mai 1821. Napoléon Bonaparte s’éteint après six ans d’exil sur ce caillou perdu au milieu de l’Atlantique Sud. Depuis, une théorie circule inlassablement : il aurait été empoisonné à l’arsenic par ses geôliers britanniques, ou par un proche à sa solde.
Cette histoire a même été confirmée par des analyses scientifiques dans les années 1960, ce qui l’a rendue quasi indiscutable pour des générations entières. Sauf que la science a depuis fait marche arrière, et le verdict final va surprendre tous ceux qui y croyaient dur comme fer.
Le verdict : FAUX ❌, et les preuves sont accablantes
Non, Napoléon n’a pas été empoisonné à l’arsenic. Les études toxicologiques les plus récentes et les plus rigoureuses convergent toutes vers la même conclusion : un cancer de l’estomac, probablement aggravé par un ulcère et une hémorragie interne.
L’idée de l’empoisonnement repose sur un fait réel mal interprété : on a retrouvé des taux d’arsenic élevés dans les cheveux de l’Empereur. Le problème, c’est que ce chiffre seul ne prouve absolument rien.
Car à l’époque, l’arsenic était partout. Dans les pigments verts des papiers peints, dans les médicaments, dans les cosmétiques, dans les pesticides. Une exposition chronique et involontaire était monnaie courante au XIXe siècle.
Ce que révèlent vraiment les cheveux de Napoléon
En 2008, une équipe de chercheurs franco-italienne a mené l’étude la plus poussée jamais réalisée sur le sujet. Ils ont analysé des mèches de cheveux prélevées à différentes périodes de la vie de Napoléon, pas seulement à Sainte-Hélène.

Résultat : les taux d’arsenic étaient déjà élevés dès son enfance en Corse, bien avant tout exil. Un empoisonnement volontaire n’explique donc rien, puisque l’exposition était constante toute sa vie durant.
Une autre étude, publiée dans la revue Foundations of Chemistry, a comparé ces taux à ceux retrouvés chez des momies égyptiennes et des personnes du XXe siècle. Les niveaux mesurés chez Napoléon n’avaient rien d’exceptionnel pour son époque.
Le vrai coupable identifié par les experts, c’est un cancer gastrique. Son père et plusieurs membres de sa famille sont morts de la même pathologie, un indice génétique qui pèse lourd dans la balance.
L’autopsie pratiquée sur son corps en 1821 avait d’ailleurs déjà révélé un ulcère perforé et une tumeur à l’estomac. Le médecin qui l’a réalisée, François Carlo Antommarchi, avait noté des lésions correspondant à un cancer avancé, bien avant que quiconque ne parle de poison.
D’où vient cette théorie du complot so British ?
L’histoire de l’empoisonnement n’est pas née d’un coup. Elle a émergé dans les années 1950, portée par un dentiste suédois passionné d’histoire napoléonienne, Sten Forshufvud.
En analysant des mèches de cheveux, il détecte des taux d’arsenic qui lui semblent anormaux. Son livre publié en 1961 fait sensation et relance une théorie qui colle parfaitement au contexte géopolitique de l’époque.
Car l’idée séduit particulièrement en France : un empereur assassiné par perfide Albion, ça a de la gueule. L’Angleterre, qui détenait Napoléon prisonnier et avait tout intérêt à ce qu’il ne revienne jamais, devient le suspect idéal.
Le scénario tient d’autant plus la route qu’un homme de l’entourage de Napoléon, le comte de Montholon, est parfois accusé d’avoir été payé pour l’empoisonner lentement. Une intrigue de palais digne d’un roman, mais sans aucune preuve matérielle sérieuse.

Le souci, c’est que cette théorie repose sur une méconnaissance de la toxicologie de l’époque. On ne savait pas encore, dans les années 1960, à quel point l’arsenic était omniprésent dans l’environnement quotidien du XIXe siècle.
Les techniques d’analyse ont depuis énormément progressé, permettant de dater précisément les périodes d’exposition à partir de la pousse des cheveux. C’est cette précision qui a fini par démonter le mythe, plus de 150 ans après les faits.
Un mythe increvable malgré les preuves
Aujourd’hui, la communauté scientifique est unanime : Napoléon est mort d’un cancer de l’estomac, pas d’un empoisonnement orchestré. Les analyses toxicologiques modernes, croisées avec les rapports d’autopsie de 1821, ne laissent que peu de place au doute.
Pourtant, la théorie du complot continue de circuler, portée par son potentiel romanesque. Un empereur déchu, exilé sur une île perdue, assassiné en silence : l’histoire est trop belle pour mourir facilement.
La prochaine fois qu’un ami te ressort la théorie de l’empoisonnement à l’arsenic devant un café, tu sauras quoi répondre. Le vrai tueur de Napoléon, c’est son propre estomac, pas une tasse trafiquée par les Anglais.