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Attraper une otite en nageant à cause de l’eau dans les oreilles : vrai ou faux ?

Publié par Elsa Fanjul le 24 Août 2026 à 13:00

Tu sors de la piscine, la tête penchée sur le côté, en sautillant sur un pied pour faire couler l’eau coincée dans ton oreille. Ta mère te criait déjà « sèche-toi bien les oreilles sinon tu vas attraper une otite » quand tu étais gamin. Cette phrase, des générations entières de parents l’ont répétée au bord des piscines et des plages.

Sauf que la vérité est un peu plus tordue que ce simple lien de cause à effet. Spoiler : l’eau seule ne suffit presque jamais à provoquer une otite. Il faut un ingrédient supplémentaire, et ce n’est pas celui qu’on croit.

Le verdict : plutôt FAUX, et l’explication va te surprendre

Non, l’eau qui stagne dans ton conduit auditif après la baignade ne cause pas directement une otite moyenne, celle qui touche l’oreille interne et donne mal en profondeur. Cette otite-là vient généralement d’une infection ORL, d’un rhume ou d’une angine qui remonte vers l’oreille par la trompe d’Eustache.

En revanche, il existe bien une vraie otite liée à la baignade : l’otite externe, surnommée « l’oreille du nageur ». Elle touche le conduit auditif externe, pas l’oreille interne, et c’est là que le mythe populaire a un fond de vérité.

Le mécanisme est simple à comprendre. L’humidité prolongée ramollit la peau fine du conduit auditif et crée un terrain humide et chaud, parfait pour les bactéries et champignons.

Ce que disent vraiment les études sur l’oreille du nageur

Selon les données de l’Institut Pasteur, l’otite externe touche environ 10% de la population au moins une fois dans sa vie, avec un pic très net chez les nageurs réguliers et les enfants en été. Le Centers for Disease Control and Prevention américain estime que ce chiffre grimpe à un baigneur sur cinq chez les personnes qui fréquentent piscines et lacs plusieurs fois par semaine.

Le vrai coupable n’est donc pas l’eau en elle-même, mais sa stagnation combinée à d’autres facteurs aggravants. Se gratter l’oreille avec un coton-tige juste après la baignade, par exemple, abîme la fine barrière protectrice de cérumen et ouvre la porte aux bactéries comme le Pseudomonas aeruginosa.

Une étude publiée dans la revue Clinical Infectious Diseases a même montré que l’eau de piscine chlorée est statistiquement moins risquée que l’eau de mer ou de lac pour ce type d’infection. Le chlore, en tuant une partie des bactéries, réduirait paradoxalement le risque comparé à une baignade en eau naturelle.

Autre donnée intéressante : les personnes qui portent des bouchons d’oreille en silicone pendant la baignade réduisent le risque d’otite externe de près de 50%, selon plusieurs études ORL relayées par des cliniques spécialisées. Ce n’est donc pas l’eau qui est l’ennemie, c’est sa persistance dans un conduit déjà fragilisé.

Alors pourquoi tant de parents ont-ils raison de s’inquiéter au bord du bassin ? Parce que le vrai risque grimpe surtout chez les enfants qui ont déjà eu une otite moyenne récente ou un rhume qui traîne.

D’où vient cette confusion entre les deux otites ?

Le mythe vient d’un raccourci logique presque universel : eau + oreille + douleur = otite, point final. Sauf que le mot « otite » regroupe en réalité plusieurs pathologies très différentes, et le grand public les confond depuis toujours.

L’otite moyenne, la plus fréquente chez les jeunes enfants, est presque toujours liée à une infection virale ou bactérienne qui remonte du nez et de la gorge. Selon l’Assurance Maladie, elle touche près de 60% des enfants avant l’âge de deux ans, indépendamment de toute activité aquatique.

L’otite externe, elle, est bien mécanique et liée à l’humidité, mais elle ne provoque presque jamais les fièvres élevées ni les douleurs lancinantes de l’otite moyenne classique. La confusion entre les deux a permis au mythe de survivre intact depuis des décennies, chaque génération renforçant la croyance sans distinguer les mécanismes.

Ce flou entretenu par le langage courant explique aussi pourquoi certains parents jurent que « ça marche » quand ils sèchent soigneusement les oreilles de leurs enfants après la piscine. Ce n’est pas faux en soi : cela limite bien le risque d’otite externe, juste pas celui de l’otite moyenne qu’on redoute le plus.

Ce qu’il faut vraiment retenir avant ta prochaine baignade

L’eau seule ne cause pas l’otite qu’on redoute le plus, celle qui fait vraiment mal et donne de la fièvre. Mais elle peut déclencher sa cousine moins connue, l’otite externe, surtout si le conduit auditif reste humide plusieurs heures et si on le gratte ensuite.

La bonne nouvelle, c’est que le geste réflexe de secouer la tête et de sécher ses oreilles après la piscine reste une habitude utile, même s’il ne protège pas contre tout. Un sèche-cheveux à basse température, à bonne distance, fait aussi très bien l’affaire selon les ORL.

Maintenant tu sais faire la différence entre les deux otites et tu peux enfin corriger ta mère au bord de la piscine, avec les vraies études à l’appui.

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