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Le parking souterrain français d’il y a 50 ans : ce monde enfoui que les moins de 30 ans ne reconnaîtraient pas

Publié par le 15 Juin 2026 à 18:02

Dans les années 70, garer sa voiture sous terre en France relevait de l’aventure urbaine. Béton brut, néons blafards, odeur de gas-oil et silence pesant : le parking souterrain était un univers à part, presque hostile. Cinquante ans plus tard, ces mêmes espaces sont devenus méconnaissables — et la raison de cette métamorphose ne tient pas qu’à l’esthétique.

Béton nu et néons grésillants : bienvenue sous terre en 1975

Le parking souterrain des années 70, c’est d’abord une sensation physique. Tu descends une rampe étroite en colimaçon, les pneus crissent sur le béton poli, et tes phares balaient des murs gris sans le moindre revêtement. L’air est lourd, chargé de monoxyde de carbone.

Parking souterrain français des années 70 en béton brut

L’éclairage se résume à des tubes fluorescents espacés de plusieurs mètres, dont un sur trois clignote ou ne fonctionne plus. Entre deux zones de lumière blême, des poches d’obscurité complète. Les places ne sont souvent délimitées que par des traits de peinture blanche à moitié effacés.

Pas de caméra, pas de borne automatique, pas de barrière électronique dans la plupart des cas. À l’entrée, un gardien dans une guérite vitrée te tend un ticket cartonné tamponné à la main. Tu paies en liquide au retour — la carte bancaire n’existe pas encore pour ce genre de transaction.

Les premiers parkings souterrains français datent des années 60, construits dans l’urgence pour absorber l’explosion du parc automobile. Entre 1960 et 1975, le nombre de voitures en France a triplé, passant de 6 à 18 millions. Les centres-villes étouffaient littéralement sous la tôle.

La solution, c’était de creuser. Lyon, Marseille, Paris, Bordeaux : toutes les grandes villes ont percé leur sous-sol à coups de béton armé. Le parc des Célestins à Lyon, ouvert en 1994, fait figure d’exception tardive — dans les années 70, comme sur les autoroutes de l’époque, le fonctionnel primait sur tout le reste.

Les sols étaient en béton brut, jamais lavés ou presque. Les flaques d’huile formaient des taches noires permanentes. Les colonnes de soutènement, massives et anguleuses, réduisaient la visibilité à quelques mètres. Retrouver sa voiture pouvait prendre dix minutes de déambulation dans un labyrinthe grisâtre.

Le confort de l’usager n’entrait tout simplement pas dans l’équation. Ces parkings n’avaient qu’un seul objectif : stocker un maximum de véhicules au mètre carré. Mais cette philosophie du « trou à voitures » allait se heurter à un problème que personne n’avait anticipé.

Quand le souterrain est devenu une zone de non-droit

Dès la fin des années 70, les parkings souterrains français ont acquis une réputation désastreuse. Agressions, vols à la roulotte, vandalisme : ces espaces clos, mal surveillés et déserts la nuit, attiraient toutes les formes de délinquance urbaine.

Femme seule dans un parking souterrain sombre des années 80

En 1985, une étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France révélait que 67 % des femmes évitaient les parkings souterrains après la tombée de la nuit. Le chiffre n’a pas vraiment surpris — tout le monde connaissait quelqu’un qui s’était fait casser une vitre ou arracher un autoradio sous terre.

Les escaliers de secours sentaient l’urine. Les ascenseurs, quand ils fonctionnaient, étaient tagués du sol au plafond. Certains niveaux entiers restaient plongés dans le noir complet pendant des semaines, faute de maintenance. Le parking des Halles à Paris, ouvert en 1971, est longtemps resté un symbole de cette décrépitude.

Cette insécurité a fini par avoir un impact économique direct. Les taux de remplissage ont chuté dans les années 80 et 90. Des parkings construits pour 800 places tournaient à 40 % de leur capacité. Les exploitants perdaient de l’argent — et les municipalités qui avaient investi dans ces infrastructures aussi.

Il a fallu attendre la fin des années 90 pour qu’une prise de conscience s’opère. Et le déclencheur n’est pas venu de l’urbanisme, mais d’un endroit totalement inattendu.

La révolution silencieuse partie d’un label méconnu

En 1995, un label baptisé « Park+ » est créé en France sur le modèle du « Secured Car Park » britannique. Son principe : imposer des critères de sécurité, de propreté et de confort pour les parkings souterrains. Éclairage minimum de 150 lux partout, caméras de vidéosurveillance, peinture claire sur les murs et les sols.

L’effet a été progressif mais radical. Les exploitants qui obtenaient le label voyaient leur fréquentation grimper de 15 à 25 % en moyenne. La preuve par les chiffres a convaincu les plus réticents. En parallèle, comme d’autres équipements du quotidien, le parking souterrain est entré dans l’ère numérique.

Les barrières à ticket cartonné ont cédé la place aux lecteurs de plaques d’immatriculation. Les gardiens en guérite ont été remplacés par des centres de télésurveillance. Les bornes de paiement acceptent désormais le sans-contact, et certains parkings permettent de réserver sa place par application mobile.

Mais la vraie rupture est venue de l’arrivée de la voiture électrique. En 2023, la loi Climat et Résilience a imposé le pré-équipement en bornes de recharge pour tous les parkings de plus de 20 places. Du jour au lendemain, ces « trous à voitures » des années 70 sont devenus des infrastructures énergétiques.

2026 : des cathédrales souterraines à des années-lumière du béton brut

Aujourd’hui, entrer dans un parking souterrain récent ou rénové en France, c’est une expérience radicalement différente. Les murs sont peints en blanc ou en couleurs vives. Le sol est recouvert de résine époxy lisse et brillante. L’éclairage LED s’adapte automatiquement à la présence humaine.

Des capteurs au-dessus de chaque place indiquent en temps réel si elle est libre — vert — ou occupée — rouge. Des panneaux numériques à chaque intersection affichent le nombre de places disponibles par niveau. Tu ne cherches plus ta voiture : l’application te guide jusqu’à elle.

Le parking des Célestins à Lyon, avec sa rampe hélicoïdale et son puits de lumière naturelle signé par l’artiste Daniel Buren, est devenu une attraction touristique. Celui de la gare Saint-Roch à Montpellier ressemble à un hall d’aéroport. Comme certains chantiers architecturaux mythiques, ces espaces ont fini par transcender leur fonction première.

Le contraste avec les années 70 se mesure aussi en chiffres. Un parking souterrain standard consommait environ 35 kWh par place et par an dans les années 80. Aujourd’hui, grâce à l’éclairage LED et à la ventilation intelligente, ce chiffre est tombé à 8 kWh. La facture énergétique a été divisée par quatre.

Côté sécurité, les agressions en parking souterrain ont chuté de 72 % entre 2000 et 2022 selon les données du ministère de l’Intérieur. La vidéosurveillance, les interphones d’urgence et surtout la lumière omniprésente ont transformé ces lieux autrefois anxiogènes en espaces presque banals.

Certains parkings vont encore plus loin. À Paris, le parking Indigo de la place Vendôme propose un service de conciergerie automobile. À Bordeaux, des espaces de coworking ont été aménagés dans d’anciens niveaux désaffectés. Pendant que d’autres équipements urbains disparaissaient, le parking souterrain, lui, s’est réinventé.

Et dans trente ans ? Les urbanistes parlent déjà de reconvertir certains parkings en fermes urbaines souterraines ou en centres de données refroidis naturellement par le sous-sol. Le « trou à voitures » de nos grands-parents n’a peut-être pas fini sa métamorphose.

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