Le photomaton des gares françaises dans les années 60 : ce rideau que plus personne ne tire aujourd’hui
Il y a 60 ans, chaque gare française cachait une cabine mystérieuse dans un coin du hall. Un rideau élimé, une lumière blafarde, et quatre poses qui décidaient de ton visage officiel pour des années. Aujourd’hui, cette cabine a presque disparu, remplacée par un écran tactile froid et anonyme.
Le rituel oublié du rideau et des quatre poses
Dans les années 60, le photomaton trônait dans le hall des gares, entre le kiosque à journaux et le guichet SNCF. Une cabine en bois ou en métal, souvent peinte en gris ou en bordeaux, avec un rideau en tissu épais pour préserver l’intimité.
On s’installait sur un petit tabouret pivotant, on ajustait la hauteur, on glissait une pièce dans la fente. Puis on attendait le flash, quatre fois de suite, avec quelques secondes entre chaque déclenchement.
Le résultat sortait sur une bande de papier humide, encore chargée de produits chimiques. Il fallait l’agiter dans l’air pour la faire sécher, un geste que 90% des Français de plus de 40 ans ont oublié.

L’attente, le flash, et cette angoisse du résultat
Le vrai suspense, c’était l’attente. Impossible de voir la photo avant qu’elle ne sorte, contrairement à aujourd’hui où l’écran affiche l’aperçu en temps réel.
Beaucoup ratent leur pose à cause du clignement d’œil ou d’un sourire figé. Pas de retouche possible, pas de seconde chance sans repayer une pièce entière.
Ces photos servaient à tout : carte d’identité, passeport, carte de bibliothèque, ou simplement à s’amuser entre amis dans la cabine. Certaines familles conservent encore ces bandes jaunies au fond d’un tiroir, comme un instantané d’une époque révolue.
La technologie numérique a tout changé en 20 ans
Le grand tournant arrive dans les années 2000, avec la généralisation de la photo numérique. Les cabines Photomaton historiques, marque déposée depuis 1928, se modernisent radicalement.
Exit le tissu et le mécanisme mécanique : place à un boîtier lisse, un écran tactile, et un capteur numérique haute définition. Le paiement par carte bancaire remplace la pièce de monnaie, et l’impression se fait en quelques secondes seulement.

Les normes se sont aussi durcies. Depuis 2010, les photos d’identité doivent respecter des critères stricts : fond neutre, expression neutre, éclairage calibré au millimètre près. La machine vérifie désormais elle-même la conformité de la photo avant l’impression.
Pourquoi les cabines ont quitté les gares
La raison de cette disparition progressive tient d’abord à l’immobilier. Les gares françaises ont réaménagé leurs halls pour privilégier les commerces et les espaces de restauration, plus rentables au mètre carré.
Ensuite, la concurrence des smartphones a porté un coup dur au secteur. Pourquoi payer 5 à 8 euros en cabine quand une application peut générer une photo conforme depuis chez soi, avant de l’imprimer en pharmacie ou en supermarché ?
Le groupe Photomaton a dû se réinventer en misant sur les centres commerciaux et les mairies plutôt que sur les gares, jugées moins fréquentées pour ce type de démarche administrative.
Et dans 30 ans, on trouvera nos selfies tout aussi datés
Cette mutation du photomaton illustre une règle simple : chaque génération invente son propre rituel, avant de le voir disparaître à son tour. Le rideau en tissu et les quatre poses appartiennent désormais à une mémoire collective, un peu comme le téléphone fixe à cadran ou le Minitel.
Dans trois décennies, nos enfants regarderont sans doute nos selfies filtrés et nos photos d’identité biométriques avec le même sourire amusé que nous face à ces vieilles bandes de papier jaunies. L’histoire se répète, seul le support change.