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Cette piscine mythique de Paris a coulé dans la Seine en seulement 40 minutes

Publié par Elsa Fanjul le 27 Sep 2026 à 18:04

Il y a plus de trente ans, un lieu culte de la capitale a disparu en moins d’une heure, sous les yeux médusés des Parisiens. Une piscine flottante amarrée sur la Seine, fréquentée par des rois puis par le Tout-Paris des années folles jusqu’aux seventies, a sombré corps et biens un jour d’été 1993. Ce que peu de gens savent, c’est pourquoi cette institution bicentenaire a fini par couler aussi vite.

Un bassin flottant où l’on venait draguer plus que nager

La piscine Deligny, ou bains Deligny, était une piscine flottante amarrée sur la rive gauche de la Seine à Paris, quai Anatole-France, dans le 7e arrondissement. Le site existait bien avant la piscine elle-même : des bains sur pilotis y sont créés dès 1785.

La piscine comprenait un restaurant et des salons privés, et en 1801, le maître-nageur Deligny y fonde une école royale de natation. L’endroit devient vite un rendez-vous mondain, prisé par une clientèle qui vient autant se montrer que se baigner.

Sur les vieilles gravures et les premières photographies, on y croise des silhouettes qui n’ont rien à voir avec une piscine municipale. C’est un peu le même choc que de comparer le tout premier hypermarché Carrefour à un supermarché d’aujourd’hui : un monde entier a changé de visage.

Piscine flottante Deligny sur la Seine au début du XXe siècle

La consécration olympique arrive en 1900 : les épreuves de natation des Jeux olympiques de Paris se déroulent à la piscine Deligny. Vingt ans plus tard, un souci bien plus terre à terre est enfin réglé.

En 1919, un système de filtrage des dépôts boueux qui incommodaient les baigneurs est mis en place. Nager dans l’eau de la Seine, même filtrée, reste pourtant une expérience que plus aucun Parisien n’imaginerait vivre aujourd’hui.

Dans les années 70, le lieu le plus chaud de Paris

Passé les Trente Glorieuses, Deligny change complètement d’ambiance. Dans les années 1960, des défilés de mode en maillots de bain y sont organisés, transformant le solarium en podium à ciel ouvert.

À partir des années 1970, le solarium supérieur de la piscine devient un haut lieu d’exposition des seins nus à Paris. La scène est si connue qu’elle finit par déranger jusqu’aux couloirs du pouvoir.

Un député de la 8e circonscription du Rhône écrit une lettre de protestation au ministère de l’Intérieur en août 1973, en raison de la proximité de la piscine avec l’Assemblée nationale. Depuis un point précis du pont de la Concorde, on pouvait en effet apercevoir l’intérieur du bassin.

La réclamation reste sans effet direct, mais le directeur de la piscine réserve un secteur du solarium aux adeptes du monokini, dont l’entrée est interdite aux enfants. Un compromis très années 70, entre pudeur officielle et liberté des corps.

Cette ambiance particulière traverse aussi le cinéma français : la piscine apparaît notamment dans un film d’Éric Rohmer et dans un autre long-métrage du début des années 80. Mais l’histoire, elle, ne va pas s’arrêter sur une bonne note.

Solarium de la piscine Deligny dans les années 1970 à Paris

Un jour de juillet, tout bascule en quarante minutes

Trois ans avant le drame, un premier signal d’alarme aurait dû inquiéter tout le monde. En 1990, une péniche amarrée au pont de Tolbiac heurte la piscine.

Le choc fragilise la structure vieille de deux siècles, sans que personne ne mesure vraiment la gravité des dégâts. Trois étés passent encore, comme si de rien n’était.

Le 8 juillet 1993, en quarante minutes, la piscine coule dans la Seine. Une institution qui avait traversé la Révolution, l’Empire et deux guerres mondiales disparaît en moins de temps qu’il n’en faut pour faire quelques longueurs.

Autant dire que personne n’a eu le temps de s’organiser. La nouvelle fait l’effet d’une bombe dans tout Paris, du quartier des ministères jusqu’aux quais populaires.

Pourquoi les Parisiens ont fini par se tourner vers autre chose

Après le naufrage, il n’y a plus de piscine à reconstruire : le site n’a jamais rouvert sous cette forme. Deux siècles de baignade dans l’eau de la Seine s’achèvent d’un coup, sans successeur direct.

Les grosses chaleurs estivales, elles, continuent forcément d’arriver chaque année. C’est justement ce qui rendait Deligny si populaire : s’y ruer dès que le thermomètre grimpait, un réflexe qu’on retrouve encore aujourd’hui quand une nouvelle canicule menace la France.

Faute de bassin flottant, les Parisiens se rabattent alors sur des complexes payants construits à la même époque, où l’on nage sous toit plutôt qu’à ciel ouvert sur la Seine. Le rituel de la baignade en plein Paris change complètement de forme.

Ce basculement n’a d’ailleurs rien d’isolé : toute une génération d’objets et de lieux du quotidien a connu le même sort en quelques décennies, de l’ancien téléphone fixe familial aux jouets que l’on trouvait autrefois sous le sapin, comme le racontent ces catalogues de jouets disparus des rayons.

Et si Paris renouait avec la Seine ?

Depuis quelques années, la question de nager de nouveau dans le fleuve revient régulièrement sur la table, portée par des projets de baignade encadrée. Il faudra sans doute encore composer avec la météo, entre les pics de chaleur qui dépassent 30°C et les orages soudains qui s’abattent sur certaines régions.

Reste que l’image d’un bassin flottant amarré au cœur de Paris, avec vue sur l’Assemblée nationale, paraît aujourd’hui presque irréelle. Dans trente ans, nos petits-enfants trouveront sans doute tout aussi dingue notre façon de se baigner en 2026.

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