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Popeye mangeait des épinards pour ses muscles : l’arnaque a une origine bien plus bête qu’on le croit

Publié par Elsa Fanjul le 14 Sep 2026 à 13:17

Tout le monde a grandi avec cette image : Popeye avale sa boîte d’épinards, ses biceps explosent, et il envoie Brutus au tapis en trois secondes. Résultat, des générations d’enfants ont été forcées d’avaler ce légume vert à la cantine « parce que ça donne des muscles ». Sauf que cette histoire repose sur une erreur qui n’a jamais été corrigée.

Spoiler : les épinards n’ont jamais été la bombe de fer qu’on t’a vendue. Et l’origine du mythe est encore plus absurde que le mythe lui-même.

Le verdict : FAUX, et l’erreur est presque comique

Homme musclé perplexe devant un bol d'épinards

Non, les épinards ne contiennent pas une quantité exceptionnelle de fer capable de transformer un marin chétif en armoire à glace. C’est un mythe pur et simple, entretenu pendant près d’un siècle par une erreur scientifique jamais vraiment démentie auprès du grand public.

Les épinards contiennent bien du fer, environ 2,7 mg pour 100 grammes cuits. C’est correct, mais loin d’être exceptionnel : les lentilles, les moules ou le boudin noir en contiennent largement plus, sans jamais avoir eu droit à leur propre dessin animé.

Pire encore : le fer contenu dans les épinards est très mal absorbé par l’organisme humain. Il s’agit de fer non-héminique, celui d’origine végétale, que le corps assimile beaucoup moins bien que le fer héminique présent dans la viande rouge.

D’où vient vraiment cette histoire de super-fer

L’histoire la plus répandue attribue l’origine du mythe à un chimiste allemand du XIXe siècle, Erich von Wolf, qui aurait publié en 1870 une étude sur la teneur en fer des épinards.

Selon la légende scientifique, une erreur de virgule décimale dans ses travaux aurait multiplié la teneur réelle en fer par dix. Résultat : les épinards seraient passés, sur le papier, de « légume correct » à « aliment miracle ».

Cette version, popularisée dans de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, a été nuancée par des historiens des sciences ces dernières décennies. Certains chercheurs estiment que l’erreur de virgule n’a jamais existé telle qu’on la raconte, et que la confusion viendrait plutôt d’analyses effectuées sur des épinards séchés plutôt que frais.

Chimiste du 19e siècle étudiant les épinards séchés

Dans les épinards séchés, l’eau ayant disparu, la concentration en minéraux au gramme grimpe mécaniquement. Un chercheur pressé aurait alors reporté cette valeur comme s’il s’agissait d’épinards frais, gonflant artificiellement le chiffre de fer sans faire exprès.

Peu importe la version exacte de l’erreur : le résultat a été le même. Un chiffre erroné a circulé pendant des décennies dans les manuels de nutrition, sans que personne ne prenne la peine de le vérifier.

Et Popeye, dans tout ça ?

Le personnage créé par Elzie Crisler Segar apparaît pour la première fois en 1929 dans le comic strip Thimble Theatre. Très vite, ses épinards deviennent sa signature, son carburant magique avant chaque combat.

Certains historiens de la BD affirment que les scénaristes se seraient directement appuyés sur la fausse réputation des épinards riches en fer pour justifier leur choix de légume héroïque. D’autres pensent plutôt que Segar cherchait simplement un aliment sain à promouvoir auprès des enfants américains, dans un contexte où la consommation de légumes verts restait faible.

Quoi qu’il en soit, l’effet a été spectaculaire outre-Atlantique. Plusieurs récits, popularisés notamment par des associations de producteurs américains, évoquent une hausse significative de la consommation d’épinards dans les foyers avec enfants après le succès du dessin animé dans les années 1930.

Une ville texane, Crystal City, est même allée jusqu’à ériger une statue de Popeye en 1937 pour remercier le personnage d’avoir dopé les ventes locales d’épinards. Le marketing d’un dessin animé a littéralement sauvé une filière agricole entière.

Ce que la science dit vraiment sur les épinards et les muscles

Les épinards ne sont pas inutiles pour autant, loin de là. Ils apportent de la vitamine K, du magnésium, des antioxydants et des nitrates naturels qui peuvent légèrement améliorer l’endurance musculaire selon certaines études sportives récentes.

Mais construire du muscle nécessite avant tout des protéines et un apport calorique suffisant, pas un légume vert pauvre en calories et en acides aminés essentiels. Comme pour le piment et la perte de poids, la réalité nutritionnelle est toujours plus nuancée que la légende populaire.

Pour prendre du muscle façon Popeye, il vaudrait mieux miser sur des œufs, de la viande, du poisson ou des légumineuses. D’ailleurs, l’idée que manger des œufs crus accélère la prise de muscle relève elle aussi davantage du folklore hollywoodien que de la science, comme l’a montré la légende Rocky.

Une erreur increvable, comme tant d’autres

Ce mythe illustre à merveille comment une donnée scientifique mal vérifiée peut voyager pendant plus d’un siècle sans être remise en question. Le fer des épinards n’a jamais été divisé par dix dans la réalité, seulement sur le papier d’un chercheur pressé.

Un peu comme le mythe du sang bleu dans les veines ou celui du fromage qui donne des cauchemars, cette fausse info a survécu grâce à la répétition, pas grâce aux preuves.

Alors la prochaine fois que quelqu’un te ressert la légende des épinards musclés à table, tu sauras quoi répondre : une virgule mal placée, un marin dessiné et un siècle de malentendu nutritionnel.

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